{"id":260,"date":"2019-03-10T21:09:01","date_gmt":"2019-03-10T20:09:01","guid":{"rendered":"https:\/\/solidarites.ch\/neu\/2019\/03\/10\/la-greve-generale-de-1918-dans-son-contexte-economique-et-social-2\/"},"modified":"2019-03-10T21:09:01","modified_gmt":"2019-03-10T20:09:01","slug":"la-greve-generale-de-1918-dans-son-contexte-economique-et-social-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/solidarites.ch\/ne\/2019\/03\/10\/la-greve-generale-de-1918-dans-son-contexte-economique-et-social-2\/","title":{"rendered":"La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918 dans son contexte \u00e9conomique et social"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> La situation \u00e9conomique<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>La premi\u00e8re Loi f\u00e9d\u00e9rale sur les fabriques, celle de 1877, fut r\u00e9vis\u00e9e et remplac\u00e9e par une nouvelle loi, en 1914, qui pr\u00e9voyait une dur\u00e9e de travail hebdomadaire de 59 heures.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans les entreprises de transports et les fabriques touch\u00e9es par la loi, la journ\u00e9e moyenne oscillait ainsi entre 10 et 11 heures&nbsp;; dans les autres fabriques (non soumises \u00e0 la loi f\u00e9d\u00e9rale), la dur\u00e9e de travail journali\u00e8re atteignait souvent 15 heures. Seules certaines industries li\u00e9es \u00e0 la production du mat\u00e9riel de guerre admirent les 8 heures d\u00e8s 1917.<\/p>\n<p>De 1901 \u00e0 1910, 300.000 personnes pass\u00e8rent de l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019industrie et 200.000 de la campagne \u00e0 la ville. La population citadine repr\u00e9sentait environ 25 % du total. L\u2019agriculture, avec une population de 1.150.000 personnes, occupait 33 % de la main-d\u2019\u0153uvre et l\u2019industrie 47 %, soit un demi-million d\u2019ouvriers correspondant \u00e0 environ 1.500.000 habitants. Trois cent mille personnes \u00e9taient en outre occup\u00e9es dans le commerce, 180.000 dans les transports et 200.000 dans les professions lib\u00e9rales.<\/p>\n<p>Le revenu moyen annuel d\u2019un gros paysan \u00e9tait, en 1910, de 6.600 francs. \u00ab&nbsp;Si la position du paysan \u00e0 forte exploitation est excellente, celle du petit paysan est m\u00e9diocre mais tend \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer. Ce dernier est certainement une victime \u00e9conomique, mais une victime sur le pain de laquelle on a laiss\u00e9 une bonne couche de beurre. Et puis il sait se d\u00e9fendre, car il est, en Suisse, la grosse puissance politique \u00e9lectorale et il sait, dans les trait\u00e9s de commerce, utiliser au mieux sa puissance&nbsp;\u00bb, \u00e9crit P. Sublet dans son ouvrage <em>La Situation sociale en<\/em> <em>Suisse<\/em>, publi\u00e9 en 1914.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Salaires de mis\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Que dire alors du sort de la victime qu\u2019\u00e9tait l\u2019ouvrier. Les salaires variaient, suivant les m\u00e9tiers, de 3 \u00e0 10 francs par jour ouvrage, soit une moyenne annuelle, sans ch\u00f4mage, de 1.500 francs. De ce fait, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9conomiser se faisait sentir jusque dans la nourriture et les effets de la sous-alimentation n\u2019\u00e9taient malheureusement pas rares. Le loyer annuel moyen par pi\u00e8ce \u00e9tait de 179 francs \u00e0 Zurich, 190 \u00e0 Vevey, 203 \u00e0 Berne et 217 francs \u00e0 Lausanne. Dans l\u2019ensemble, le m\u00e8tre cube d\u2019air des maisons les plus mis\u00e9rables co\u00fbtait deux fois plus cher que celui d\u2019une villa de luxe.<\/p>\n<p>Rien d\u2019\u00e9tonnant si le logement de l\u2019ouvrier (sauf dans les villages industriels de la Suisse al\u00e9manique) \u00e9tait des plus exigus&nbsp;: \u00e0 Fribourg 35 % des appartements n\u2019avaient qu\u2019une chambre&nbsp;; \u00e0 Berne 36 % des 5.500 logements ouvriers n\u2019avaient pas de cuisine suffisante, 86 % pas de toilettes hygi\u00e9niques, 56 % pas d\u2019eau courante, 16 % pas de chauffage&nbsp;; \u00e0 Lausanne, l\u2019enqu\u00eate municipale de 1894 d\u00e9montra que le logement absorbait un quart du salaire de l\u2019ouvrir et ceci pour des appartements humides dans une proportion de 7,6 % (36 % en 1912) et manquant totalement d\u2019hygi\u00e8ne&nbsp;; en 1913, le loyer repr\u00e9sentait un tiers, parfois la moiti\u00e9 du salaire. A Gen\u00e8ve, c\u2019\u00e9tait encore pire.<\/p>\n<p>La \u00ab&nbsp;solution&nbsp;\u00bb adopt\u00e9e fr\u00e9quemment \u00e9tait la sous-location, au d\u00e9triment de la sant\u00e9 et de la moralit\u00e9. \u00ab&nbsp;Rien n\u2019est plus commun qu de voir une famille d\u2019ouvriers louer deux chambres sur trois et s\u2019entasser dans une pi\u00e8ce unique, la moins belle et la moins bien expos\u00e9e de l\u2019appartement&nbsp;\u00bb, \u00e9crivait Ch. Naine en 1913. Il ne faut d\u00e8s lors pas s\u2019\u00e9tonner si, \u00e0 Lausanne, la mortalit\u00e9 infantile \u00e9tait de 10 % dans les quartiers riches et de 36 % dans les quartiers pauvres (1).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ch\u00f4mage end\u00e9mique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comme si les bas salaires ne suffisaient pas, le travail n\u2019\u00e9tait pas assur\u00e9 pour tout le monde et le ch\u00f4mage (sans indemnit\u00e9) frappait en moyenne 5 % des ouvriers, c\u2019est-\u00e0-dire environ 20.000 travailleurs&nbsp;; ce qui signifiait 100.000 personnes sans pain. Les caisses de pensions \u00e9taient, en outre, inexistantes ou rares et lors de la votation populaire de 1912 on parlait encore de l\u2019encouragement \u00e0 l\u2019assurance maladie &#8211; par des subventions vers\u00e9es aux caisses, par la libert\u00e9 laiss\u00e9e aux cantons de la rendre obligatoire \u2013 et de la cr\u00e9ation d\u2019une assurance nationale en cas d\u2019accidents de travail.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le grand nombre de caisses de secours communales ou priv\u00e9es \u2013 ces derni\u00e8res au nombre de 3.700 \u2013 et leur richesse (la Bourse des pauvres de Neuch\u00e2tel g\u00e9rait 21 millions, celle du canton de Vaud 15, celle de Gen\u00e8ve 6), la demande d\u2019aide \u00e9tait telle qu\u2019elles ne suffisaient pas aux besoins. Le total des assist\u00e9s \u00e9tait en effet \u00e9norme&nbsp;: 12.000, en 1913, pour la seule ville de Gen\u00e8ve. Il s\u2019agissait de ch\u00f4meurs, bien s\u00fbr, mais aussi de travailleurs vraiment trop mal pay\u00e9s&nbsp;: surtout ceux qui travaillaient \u00e0 domicile (55.000 pour les industries horlog\u00e8re, textile et de l\u2019habillement) et qui repr\u00e9sentaient la derni\u00e8re cat\u00e9gorie prol\u00e9tarienne avec des salaires atteignant un maximum de 1 franc 50, par jour pour les femmes et 2 francs 50 pour les hommes, et des minima de 12 centimes l\u2019heure dans la ganterie et le tricotage.<\/p>\n<p>Et pourtant la Suisse d\u2019avant 1914 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un pays riche avec une fortune \u00e9valu\u00e9e \u00e0 32 milliards. Seulement cette fortune \u00e9tait fort mal r\u00e9partie&nbsp;: \u00e0 Zurich, par exemple, pour 64.000 personnes sans fortune aucune, 767 poss\u00e9daient 100.000 \u00e0 200.000 francs, 149 de 500.000 \u00e0 1 million de francs, et 98 plus d\u2019un million&nbsp;; sur le plan national, 24 milliards appartenaient \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 dite individuelle, concentr\u00e9e cependant dans les mains d\u2019un petit cinqui\u00e8me de la population helv\u00e9tique.<\/p>\n<p>Cette situation n\u2019\u00e9tait pas, et ne pouvait pas \u00eatre, accept\u00e9e passivement par tout e monde&nbsp;; en 1914, les associations ouvri\u00e8res groupaient 250.000 membres, dont 160.000 affili\u00e9s soit aux diff\u00e9rentes caisses mutuelles, soit \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 du Gr\u00fctli, le reste se r\u00e9partissant entre l\u2019Union syndicale suisse (65.000 membres) et les syndicats catholiques (25.000).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les \u00ab&nbsp;listes noires&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La proportion des travailleurs organis\u00e9s \u00e9tait donc trop faible, cette faiblesse \u00e9tant \u00e0 la fois la cause et l\u2019effet de l\u2019existence des ignobles \u00ab&nbsp;listes noires&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce auxquelles les patrons refusaient le travail aux ouvriers compromis par leur activit\u00e9 syndicale ou leur participation aux gr\u00e8ves.<\/p>\n<p>Car les gr\u00e8ves \u00e9taient fr\u00e9quentes, m\u00eame si les r\u00e9sultats atteints n\u2019\u00e9taient que rarement valable par \u00ab&nbsp;manque de solidarit\u00e9, mais aussi en raison de la pression des autorit\u00e9s qui se mettaient r\u00e9guli\u00e8rement du c\u00f4t\u00e9 des patrons&nbsp;: quand les gr\u00e8ves prenaient de l\u2019extension, on levait non seulement la gendarmerie, mais aussi la troupe, soi-disant pour maintenir l\u2019ordre, en r\u00e9alit\u00e9 pour faire peur aux ouvriers et jeter la crainte dans leurs familles&nbsp;\u00bb (P. Perrin, <em>La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de<\/em> <em>1918<\/em>, p. 332).<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la mobilisation et le d\u00e9part des ouvriers \u00e9trangers, le ch\u00f4mage devint de plus en plus grave (sur 9 % des travailleurs non mobilis\u00e9s, 22 % n\u2019\u00e9taient occup\u00e9s que partiellement), des milliers d\u2019ouvriers furent brusquement cong\u00e9di\u00e9s et ceux qui rest\u00e8rent dans les usines durent consentir \u00e0 des r\u00e9ductions de salaire et de leur journ\u00e9e de travail&nbsp;; le renvoi des domestiques priv\u00e9s et la fermeture des h\u00f4tels provoqu\u00e8rent une recrudescence du ch\u00f4mage f\u00e9minin. Apr\u00e8s plusieurs mois seulement, une certaine am\u00e9lioration se fit sentir sur le march\u00e9 du travail, ceci surtout \u00e0 la suite de la reconversion vers l\u2019industrie de guerre de pas mal d\u2019entreprises m\u00e9tallurgiques et horlog\u00e8res (la main-d\u2019\u0153uvre sp\u00e9cialis\u00e9e \u2013 devenue rare \u00e0 cause de la mobilisation \u2013 fut alors particuli\u00e8rement recherch\u00e9e). Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral ayant suspendu l\u2019application de la loi sur les fabriques et les intern\u00e9s travaillant pour peu de chose, les salaires rest\u00e8rent cependant nettement inf\u00e9rieurs, n\u2019atteignant parfois que 50 % de ceux, d\u00e9j\u00e0 bas, de 1914. En 1917 ils avaient \u00e0 peine augment\u00e9 d\u2019un quart.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Renvois de personnel \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1915, le personnel f\u00e9d\u00e9ral se vit supprimer les augmentations triennales et interdire toute promotion aux postes devenus vacants. En outre, des milliers d\u2019employ\u00e9s auxiliaires furent licenci\u00e9s et tous les apprentis des CFF renvoy\u00e9s. Dans les compagnies de chemin de fer priv\u00e9es, qui \u00e9taient au nombre de cent environ, les salaires avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits de 25 \u00e0 50 % au d\u00e9but de la guerre et la mis\u00e8re \u00e9tait si grande que les cheminots f\u00e9d\u00e9raux organis\u00e8rent, malgr\u00e9 leurs propres difficult\u00e9s, une collecte pour les plus malheureux.<\/p>\n<p>La crise fut particuli\u00e8rement sensible dans le b\u00e2timent, un nombre consid\u00e9rable d\u2019appartements devenant vacants \u00e0 la suite du d\u00e9part des travailleurs \u00e9trangers mobilis\u00e9s et aussi du retour \u00e0 la campagne de nombreuses familles de mobilis\u00e9s suisses. En effet, pour les familles paysannes la mobilisation, quoique grave, puisqu\u2019elle signifia le d\u00e9part des hommes valides ainsi que la r\u00e9quisition des animaux de trait avec les inconv\u00e9nients qui en r\u00e9sult\u00e8rent dans les travaux agricoles, ne se r\u00e9percuta pas aussi f\u00e2cheusement qu\u2019\u00e0 la ville sur le logement et la nourriture (il n\u2019y avait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque de caisses de compensation et les familles des mobilis\u00e9s vivaient de quelques maigres subsides et de bons de pain et de lait).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La p\u00e9nurie d\u00e9clenche la sp\u00e9culation et un rench\u00e9rissement catastrophique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au moment de l\u2019\u00e9clatement de la guerre, les entraves apport\u00e9es aux exportations et au transit g\u00ean\u00e8rent l\u2019\u00e9conomie suisse davantage que la mobilisation&nbsp;; le ravitaillement du pays n\u2019\u00e9tait presque pas organis\u00e9 et laiss\u00e9 pratiquement en main des gros importateurs, \u00e0 l\u2019exclusion du bl\u00e9 dont le prix augmenta n\u00e9anmoins de 73 % en un an. M. Aubert \u00e9crivait en 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les interm\u00e9diaires qui ont pu s\u2019assurer un certain stock ne le c\u00e8dent qu\u2019avec une marge de b\u00e9n\u00e9fice bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle dont ils se seraient satisfaits en temps normal&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Les importations ayant cess\u00e9, le march\u00e9 manqua souvent de charbon et m\u00eame de pommes de terre et l\u2019indice des prix (sans contr\u00f4le) passa de 132 en 1916 \u00e0 169 en 1917 et 220 en 1918. La brusque p\u00e9nurie de moyens de transports et leur rench\u00e9rissement (les frets maritimes sextupl\u00e8rent) ne facilita pas les choses et l\u2019ordonnance du Conseil f\u00e9d\u00e9ral contre l\u2019usure resta pratiquement sans effet. La situation devint au contraire plus grave quand des sp\u00e9culateurs mirent la main sur les produits alimentaires suisses pour leur faire passer la fronti\u00e8re par toutes sortes de voies d\u00e9tourn\u00e9es, voire par contrebande, ce qui contribua encore \u00e0 la hausse des prix et \u00e0 la p\u00e9nurie de vivres.<\/p>\n<p>A la suite de l\u2019octroi par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral du monopole exclusif de vente \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 l\u2019Union suisse des exportateurs de fromage en juillet 1915, le prix du lait monta, le mois suivant \u00e0 26 centimes, l\u2019exportation de fromage et de lait condens\u00e9 d\u00e9passant les chiffres d\u2019avant-guerre. L\u2019\u00e9tranger payant le gros prix, le peuple suisse n\u2019avait qu\u2019\u00e0 se priver de ses produits&nbsp;; bien plus, pour se chauffer, il fut oblig\u00e9 de payer cher le charbon allemand dont le co\u00fbt avait augment\u00e9 en proportion de la sp\u00e9culation alimentaire helv\u00e9tique. En 1916, en plus du fromage et du lait condens\u00e9, la bourgeoisie marchande suisse exporta aussi 158.000 quintaux de lait frais, 200.000 quintaux de chocolat et 60.000 t\u00eates de b\u00e9tail.<\/p>\n<p>Le rench\u00e9rissement frappa donc particuli\u00e8rement les produits agricoles, les gros paysans b\u00e9n\u00e9ficiant souvent aussi de la sp\u00e9culation&nbsp;; quant aux petits, ils pay\u00e8rent au contraire leur part par le biais de la forte hausse du prix des terrains.<\/p>\n<p>Si tous les produits destin\u00e9s \u00e0 l\u2019industrie rench\u00e9rirent fortement (charbon 10 \u00e0 15 %, p\u00e9trole 40 %, cuivre 36 %, aluminium 100 %, plomb 20 %, \u00e9tain 13 %, zinc 300 %), la hausse fut de 15 \u00e0 35 % pour la viande, de 25 % pour les farines, de 10 % pour les produits laitiers, de 50 % pour les \u0153ufs, de 30 \u00e0 40 % pour les p\u00e2tes, de 20 % pour le riz, de 20 % pour le sucre, de 40 % pour le cacao.<\/p>\n<p>De 1914 \u00e0 1918, le prix du porc passa de 2 francs 40 \u00e0 9 francs le kg, celui du lard de 2 francs 60 \u00e0 12 francs, du saindoux de 2 \u00e0 5 francs, du b\u0153uf de 2 francs \u00e0 4 francs 60, du pain de 35 \u00e0 75 centimes, de la farine de 45 \u00e0 84 centimes, du riez de 80 centimes \u00e0 1 franc 05, du lait de 23 \u00e0 32 centimes, du beurre de 3 francs 60 \u00e0 7 francs 80, de l\u2019huile de 1 franc 80 \u00e0 5 francs 75, du fromage de 2 francs 20 \u00e0 4 francs 20, des \u0153ufs de 10 \u00e0 50 centimes la douzaine, de la farine de ma\u00efs de 30 \u00e0 80 centimes, des p\u00e2tes de 55 centimes \u00e0 1 franc 42, du sucre de 55 centimes \u00e0 1 franc 48, des pommes de terre de 10 \u00e0 30 centimes. Le prix de cent kilos de coke monta de 4 francs 80 \u00e0 25 francs, les briquettes de 4 \u00e0 20 francs, les boulets d\u2019anthracite de 5 \u00e0 28. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas si les protestations contre la vie ch\u00e8re devinrent de plus en plus fr\u00e9quentes (une des plus importantes fut celle organis\u00e9e en ao\u00fbt 1917).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le peuple sous-aliment\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, \u00ab&nbsp;tandis que la sous-alimentation, la faim m\u00eame, s\u2019\u00e9tendaient \u00e0 d\u2019autres milieux que la classe ouvri\u00e8re proprement dite, c\u2019est-\u00e0-dire aux employ\u00e9s et aux fonctionnaires, dans l\u2019agriculture, les gros paysans, surtout, firent de bonnes affaires et certaines industries r\u00e9alis\u00e8rent des b\u00e9n\u00e9fices consid\u00e9rables et versaient des dividendes jusqu\u2019\u00e0 25 %&nbsp;\u00bb (P. Perrin, \u00ab&nbsp;La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918&nbsp;\u00bb, <em>Revue syndicale<\/em>, p. 333).<\/p>\n<p>D\u00e8s 1916, une \u00ab&nbsp;carte bleue&nbsp;\u00bb donna droit \u00e0 l\u2019achat de denr\u00e9es alimentaires \u00e0 prix r\u00e9duits (en 1918, les b\u00e9n\u00e9ficiaires de cette mesure s\u2019\u00e9levaient \u00e0 692.000), le rationnement du sucre, du riz et de la viande n\u2019intervint qu\u2019en janvier 1917, celui du pain en octobre 1917 et celui de la graisse, du fromage et du lait entre mars et juillet 1918. C\u2019est dire que le march\u00e9 noir, l\u2019accaparement et la sp\u00e9culation eurent trop longtemps beau jeu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> La situation politique<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vers le milieu du si\u00e8cle pass\u00e9 il \u00e9tait possible de se proclamer socialiste tout en \u00e9tant membre du parti radical. (\u2026)<\/p>\n<p>En septembre 1864, voit le jour \u00e0 Londres l\u2019Association internationale des travailleurs, dont la premi\u00e8re section suisse est celle de Gen\u00e8ve (d\u00e9but de 1865), suivie, la m\u00eame ann\u00e9e, par celles de Lausanne, Vevey et Montreux (en avril aura lieu dans le canton de Vaud la gr\u00e8ve du b\u00e2timent).<\/p>\n<p>Le premier congr\u00e8s de l\u2019AIT se tient du reste \u00e0 Gen\u00e8ve en septembre 1866 et le deuxi\u00e8me, \u00e0 Lausanne, en septembre 1867 (entre temps des sections AIT se cr\u00e9ent \u00e0 Nyon et Rolle)&nbsp;; le congr\u00e8s de 1868 aura lieu \u00e0 B\u00e2le.<\/p>\n<p>Mais, bient\u00f4t, le conflit entre internationalistes autoritaires (marxistes) et libertaires (bakouninistes) s\u2019aggrave et scinde le mouvement internationaliste suisse entre Genevois et Jurassiens. A la suite du congr\u00e8s de la F\u00e9d\u00e9ration romande de la Premi\u00e8re Internationale (La Chaux-de-Fonds, avril 1870), la scission devient effective entre socialistes et anarchistes et ces derniers fondent, sous l\u2019impulsion de James Guillaume, la F\u00e9d\u00e9ration jurassienne, dont l\u2019existence, en tant que mouvement anarchiste organis\u00e9, se terminera en 1880.<\/p>\n<p>Cette tendance s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e d\u00e8s 1867 surtout dans le Jura (Le Locle, La Chaux-de-Fonds et le Vallon de Saint-Imier)&nbsp;; dans le reste de la Suisse, son influence, quoique favoris\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e des r\u00e9fugi\u00e9s de la Commune de Paris, se limite aux localit\u00e9s de Gen\u00e8ve, Lausanne, Vevey, Berne (o\u00f9 parut jusqu\u2019en 1877 l\u2019organe al\u00e9manique <em>Arbeiter Zeitung<\/em>), Zurich et B\u00e2le. Cependant, \u00e0 l\u2019exclusion peut-\u00eatre de Vevey, l\u2019anarchisme ne fut jamais majoritaire dans la classe ouvri\u00e8re, dont les dirigeants rest\u00e8rent fid\u00e8les \u00e0 Marx. Dans le Jura m\u00eame, la F\u00e9d\u00e9ration devint peu \u00e0 peu minoritaire, d\u00e9pass\u00e9e par le syndicalisme de tendance socialiste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Des soci\u00e9t\u00e9s du Gr\u00fctli au PSS<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1887, le Vaudois Aloys Fauquez fonde une F\u00e9d\u00e9ration des Soci\u00e9t\u00e9s du Gr\u00fctli (la premi\u00e8re de ces soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tant celle de Gen\u00e8ve, cr\u00e9\u00e9e en 1835 par des Al\u00e9maniques comme soci\u00e9t\u00e9 de chant et devenue, d\u00e8s 1838, un groupement pour l\u2019\u00e9ducation radicale parmi les ouvriers)&nbsp;; les membres sont recrut\u00e9s surtout parmi les enseignants et les ouvriers et il est ind\u00e9niable que les ouvriers \u00ab&nbsp;grutl\u00e9ens&nbsp;\u00bb forment \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019\u00e9lite du prol\u00e9tariat suisse non-anarchiste (localement les soci\u00e9t\u00e9s adh\u00e8rent \u00e0 l\u2019Union ouvri\u00e8re). Deux ans plus tard na\u00eet \u00e0 Lausanne le journal <em>Le Gr\u00fctli<\/em>, \u00e9quivalent romand de l\u2019al\u00e9manique <em>Gr\u00fctlianer <\/em>qui para\u00eet depuis 1851.<\/p>\n<p>Mais, peu \u00e0 peu, la distinction des grutl\u00e9ens entre radicaux et socialistes se fait de plus en plus nette et, quand en 1888 se cr\u00e9e le Parti socialiste suisse, de nombreux membres des soci\u00e9t\u00e9s du Gr\u00fctli y adh\u00e8rent en attendant la fusion du Gr\u00fctli avec le PSS en 1901&nbsp;; en Suisse romande aussi Le Gr\u00fctl\u00e9en deviendra (de 1909 \u00e0 1917) l\u2019organe du Parti socialiste. Les grutl\u00e9ens formeront cependant, au sein du Parti socialiste, l\u2019aile droite qui se concr\u00e9tisera de fa\u00e7on irr\u00e9versible d\u00e8s 1914 et aboutira, en 1916, \u00e0 la scission&nbsp;: les \u00ab&nbsp;social-patriotes&nbsp;\u00bb, ralli\u00e9s \u00e0 la politique militaire de la Suisse, formeront ce Gr\u00fctli-Verein que L\u00e9nine d\u00e9finira (dans son travail \u00ab&nbsp;La t\u00e2che des repr\u00e9sentants de la gauche de Zimmerwald dans le Parti socialiste suisse&nbsp;\u00bb) comme \u00ab&nbsp;une des manifestations de la tendance de politique ouvri\u00e8re bourgeoise&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019influence, sur le terrain des luttes du travail de l\u2019anarchisme n\u2019a du reste pas compl\u00e8tement disparu et, au moment de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale vaudoise de 1907, elle ne sera pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la manifestation de solidarit\u00e9 dont b\u00e9n\u00e9ficient les ouvriers chocolatiers d\u2019Orbe et de Vevey.<\/p>\n<p>Vers la m\u00eame \u00e9poque, la puissante F\u00e9d\u00e9ration des Unions ouvri\u00e8res de la Suisse romande repr\u00e9sente le syndicalisme r\u00e9volutionnaire d\u2019origine fran\u00e7aise eet son organe <em>La Voix du Peuple<\/em> (1906-1911), qui para\u00eet jusqu\u2019en 1910 \u00e0 Lausanne et ensuite \u00e0 Gen\u00e8ve, publie des articles de James Guillaume. Malheureusement, apr\u00e8s une vaine tentative d\u2019alliance avec l\u2019Union syndicale (qui avait remplac\u00e9 en 1880 l\u2019Union ouvri\u00e8re, fond\u00e9e, elle, en 1873, par H. Greulich avec un certain esprit antibakouniniste) \u00e0 laquelle est affili\u00e9e la majorit\u00e9 des syndiqu\u00e9s al\u00e9maniques, la F\u00e9d\u00e9ration romande est min\u00e9e, d\u00e8s 1911, par des querelles internes qui feront, en d\u00e9finitive, le jeu des socialistes nationalistes suisses (d\u00e8s 1910 on lui oppose avec succ\u00e8s une Conf\u00e9d\u00e9ration romande du travail, absorb\u00e9e en 1918 par l\u2019USS).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tendances antimilitaristes<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les tendances antimilitaristes continuent cependant \u00e0 influencer les masses ouvri\u00e8res, surtout en Suisse romande, car \u2013 comme l\u2019\u00e9crit P. Reymond-Sauvain \u2013 \u00ab&nbsp;l\u2019antimilitarisme \u00e9tait favoris\u00e9 par le fait que, tr\u00e8s souvent au cours d\u2019un si\u00e8cle, l\u2019arm\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e contrer les ouvriers lors des conflits qui les opposaient au patronat.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1900, des gr\u00e8ves ont lieu avec toujours plus de fr\u00e9quence et sous le pr\u00e9texte de pr\u00e9venir d\u2019\u00e9ventuelles violences, fruits d\u2019agitateurs \u00e9trangers, presque chaque fois des soldats sont mobilis\u00e9s&nbsp;; dans certains cantons (B\u00e2le-ville, Berne, Zurich et Vaud) des lois sp\u00e9ciales sont \u00e9dict\u00e9es pour \u00ab&nbsp;d\u00e9fendre la cause de l\u2019ordre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, de 1860 \u00e0 1918, l\u2019arm\u00e9e suisse est mobilis\u00e9e contre les ouvriers en lutte, c\u2019est-\u00e0-dire pour sauver les int\u00e9r\u00eats capitalistes, au moins dix-sept fois (2).<\/p>\n<p>Aussi la tendance antimilitariste des socialistes suisses va-t-elle devenir toujours plus importante (au niveau des dirigeants, nommons Affolter, Nobs, Schmid et surtout Naine et Graber) et lors du congr\u00e8s d\u2019Aarau (novembre 1915), la proposition des sections de Zurich et de Neuch\u00e2tel \u2013 pr\u00e9cisant que \u00ab&nbsp;la paix ne peut \u00eatre obtenue par la continuation de la guerre, mais seulement par l\u2019action r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb &#8211; sera adopt\u00e9e par 330 voix contre 51.<\/p>\n<p>Les milieux bourgeois suisses ont fait avec exag\u00e9ration de Zimmerwald (septembre 1915) une r\u00e9union de diables alors qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une dizaine de l\u00e9ninistes il y avait une forte majorit\u00e9 de socialistes d\u00e9mocratiques et m\u00eame des socialistes pacifistes&nbsp;; les socialistes suisses Grimm, Naine, Graber et Platten particip\u00e8rent \u00e0 la rencontre \u00e0 titre personnel, ce qui n\u2019emp\u00eacha pas la bourgeoisie helv\u00e9tique de s\u2019en prendre \u00e0 certains dirigeants socialistes coupables d\u2019\u00eatre des Allemands naturalis\u00e9s suisses.<\/p>\n<p>Le fait est que la mode d\u2019alors \u00e9tait \u00e0 la socialistophobie, dont un triste \u00e9chantillon est le suivant, d\u00fb \u00e0 la plume de Gonzague de Reynold&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avant 1914, nos universit\u00e9s \u00e9taient encombr\u00e9es d\u2019\u00e9tudiants \u2013 parfois m\u00eame de privat-docents et de professeurs \u2013 russes, isra\u00e9lites&nbsp;; il y avait dans plusieurs de nos villes des nids d\u2019anarchistes. En 1914, au lieu de proc\u00e9der imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019\u00e9puration n\u00e9cessaire, on garda, on laissa m\u00eame entrer des r\u00e9fugi\u00e9s trop nombreux. Ainsi la Suisse devint l\u2019observatoire central du bolchevisme\u2026 R\u00e9sultat&nbsp;: la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918 qui \u00e9choua tout juste, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9nergie de l\u2019\u00e9tat-major, des Romands, des paysans et des catholiques&nbsp;\u00bb (<em>La D\u00e9mocratie et<\/em> <em>la Suisse<\/em>, p, 287).<\/p>\n<p>La tension sociale \u00e9tait donc suffisamment \u00e9lev\u00e9e quand, en 1915, \u00e9clata le \u00ab&nbsp;scandale des colonels&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s qui s\u2019ensuivit fut rendu n\u00e9cessaire afin de calmer les esprits de la population, sp\u00e9cialement romande, car on passait par une r\u00e9elle germanisation de la Suisse, ce qui explique aussi un peu la ridicule association que l\u2019on fera tr\u00e8s souvent ensuite entre les adjectifs \u00ab&nbsp;communiste&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;allemand&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>En avril 1917, L\u00e9nine quitte la Suisse et \u00e9crit sa \u00ab&nbsp;Lettre d\u2019adieu aux ouvriers suisses&nbsp;\u00bb. Dans la r\u00e9alit\u00e9, le mouvement v\u00e9ritablement l\u00e9niniste se limitait \u00e0 une section zurichoise de jeunes (3) dont les effectifs sont \u00e9valu\u00e9s par <em>La Tribune de<\/em> <em>Lausanne<\/em> du 9 novembre 1918 \u00e0 environ 400, sans compter quelques \u00e9l\u00e9ments \u00e0 La Chaux-de-Fonds et \u00e0 Gen\u00e8ve (o\u00f9 para\u00eet <em>La Nouvelle Internationale<\/em> et o\u00f9 le Fran\u00e7ais Guilbeaux \u2013 qui sera expuls\u00e9 en d\u00e9cembre 1918 \u2013 publie la revue <em>Demain<\/em>). Les travailleurs suisses sont bien loin d\u2019\u00e9couter les rares appels \u00e0 la r\u00e9volution violente et tous les journaux socialistes importants \u2013 <em>La Sentinelle<\/em> de La Chaux-de-Fonds, la <em>Tagwacht <\/em>de Berne, le <em>Volksrecht <\/em>de Zurich et le <em>Vorw\u00e4rts <\/em>de B\u00e2le \u2013 sont des journaux mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La Troisi\u00e8me Internationale<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Du reste, si lors du congr\u00e8s extraordinaire du PSS qui eut lieu en 1919 la d\u00e9mission du parti de la Deuxi\u00e8me Internationale et son adh\u00e9sion \u00e0 la Troisi\u00e8me dite communiste fut vot\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 des deux tiers, les votations au sein des sections pour confirmer \u00e0 la base la d\u00e9cision du congr\u00e8s donn\u00e8rent \u2013 malgr\u00e9 toute la charge affective que repr\u00e9sentait pour beaucoup, au-del\u00e0 de toute consid\u00e9ration id\u00e9ologique, la R\u00e9volution russe \u2013 une nette majorit\u00e9 contraire \u00e0 cette adh\u00e9sion qui fut ainsi repouss\u00e9e par 13.975 voix contre 8.280 et 13.000 abstentions. Dans le canton de Vaud seules les petites sections de Leysin, Lucens et Montreux donn\u00e8rent une majorit\u00e9 favorable&nbsp;; les cantons qui vot\u00e8rent pour la Troisi\u00e8me Internationale furent B\u00e2le-Ville (75 %), Schaffhouse (75 %) Tessin, Zurich (28.000 contre 2366), B\u00e2le-Campagne (415 contre 385) et Gen\u00e8ve (94 contre 54). Et en 1921 d\u00e9j\u00e0, au moment de la scission parti socialiste &#8211; parti communiste, la majorit\u00e9 n\u00e9gative est plus forte encore, et seules les sections de B\u00e2le-Ville et de Schaffhouse approuvent les \u00ab&nbsp;21 points de Moscou&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Pour compliquer les choses et augmenter la tension sociale, survint, vers la fin de 1917, l\u2019ordonnance du Conseil f\u00e9d\u00e9ral astreignant les d\u00e9serteurs et r\u00e9fractaires \u00e9trangers (30.000 environ, parmi lesquels de nombreux Italiens) \u00e0 des travaux d\u2019utilit\u00e9 publique (\u00e0 Zurich par exemple ils seront employ\u00e9s \u00e0 la correction du cours de la Limmat et \u00e0 des travaux agricoles dans les communes limitrophes) en \u00e9change de la nourriture, du logement et d\u2019une solde de 1 franc 50 par jour, plus 50 centimes \u00e0 titre d\u2019indemnit\u00e9 d\u2019habillement. A l\u2019insuffisance du salaire s\u2019ajoutait surtout le fait que les hommes ainsi mobilis\u00e9s \u00e9taient soumis \u00e0 une discipline toute militaire, ce qui les privait de toute possibilit\u00e9 de discuter de leur \u00e9tat, cr\u00e9ant ainsi de force une importante masse qui concurren\u00e7ait la main-d\u2019\u0153uvre \u00ab&nbsp;normalement&nbsp;\u00bb r\u00e9tribu\u00e9e (P. Reymond-Sauvain, p. 70).<\/p>\n<p>Les socialistes ne pouvaient en aucun cas accepter une telle situation, d\u2019autant plus que l\u2019on parlait dans les milieux ouvriers, avec toujours plus d\u2019insistance, d\u2019un projet de loi f\u00e9d\u00e9rale sur un pr\u00e9tendu service civil pr\u00e9voyant la mobilisation de toute personne valide des deux sexes, \u00e2g\u00e9es de 14 \u00e0 60 ans (\u00e0 l\u2019exception des employ\u00e9s de l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale, des h\u00f4pitaux, du commerce alimentaire et les enseignants), ceci dans le but d\u2019augmenter la production industrielle, mais sans qu\u2019il soit question de payer les d\u00e9placements, d\u2019assurer cette main-d\u2019\u0153uvre mobilis\u00e9e contre les accidents et la maladie, ni de lui donner un salaire convenable.<\/p>\n<p>De telles prises de position r\u00e9actionnaires montrent que les responsables politiques du pays n\u2019avaient pas tir\u00e9 les enseignements de la premi\u00e8re le\u00e7on issue des \u00e9lections de l\u2019automne 1917, o\u00f9 une avance socialiste importante se produisit dans les cantons de Soleure, Zurich et Berne (la capitale f\u00e9d\u00e9rale elle-m\u00eame eut une majorit\u00e9 socialiste).<\/p>\n<p>Parmi les \u00e9lus socialistes, notons au passage les noms de Sigg, Affolter, Rimath\u00e9, Schenkel, Pfluger, Ryser, Muller G., Greulich, Wulfschleger, Studer, J\u00e4ggi, D\u00fcby, Graber, Grimm, Grospierre, Naine, Platten, Schmid et Huggler&nbsp;; les \u00e9lus romands ne sont qu\u2019une courageuse minorit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le \u00ab&nbsp;Soviet d\u2019Olten&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 4 f\u00e9vrier 1918 a lieu \u00e0 la Maison du peuple d\u2019Olten la r\u00e9union commune des repr\u00e9sentants de l\u2019USS et du PSS et l\u2019on d\u00e9cide la nomination d\u2019un Comit\u00e9 d\u2019action, imm\u00e9diatement baptis\u00e9 \u00ab&nbsp;Soviet d\u2019Olten&nbsp;\u00bb par la presse bourgeoise, dans lequel entrent Grimm, D\u00fcurr, Ilg et Schurch pour l\u2019USS, Platten (le seul qui deviendra communiste), Schneider, Nobs, Grospierre et Graber pour le PSS, D\u00fcby, Huggler et Woker pour les organisations du personnel ferroviaire.<\/p>\n<p>Le programme \u00e9conomique \u00e9bauch\u00e9 par le Comit\u00e9 d\u2019action d\u2019Olten est examin\u00e9 en d\u00e9tail lors de la conf\u00e9rence syndicale de Berne au moins de mars suivant. \u00ab&nbsp;Le m\u00e9contentement des travailleurs augmentait sans cesse en proportion de la situation toujours plus difficile. Non seulement le rench\u00e9rissement des vivres persistait, mais les rations devenaient toujours plus maigres, si bien qu\u2019un bon nombre de membres des organisations syndicales commen\u00e7ait \u00e0 r\u00e9clamer l\u2019emploi de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb (<em>L\u2019Union syndicale suisse de 1880 \u00e0 1930<\/em>, p. 157).<\/p>\n<p>Sur ces entrefaites, l\u2019agitation populaires (d\u00e8s 1916, l\u2019action syndicale, paralys\u00e9e au cours des premiers mois de la guerre, avait repris) devient telle qu\u2019en f\u00e9vrier 1918 d\u00e9j\u00e0 l\u2019on mobilise 6.000 soldats, tant il est vrai que \u00ab&nbsp;pour un gouvernement muni des pleins pouvoirs, rien n\u2019est plus simple que de faire appel \u00e0 l\u2019arm\u00e9e pour se sortir d\u2019embarras&nbsp;\u00bb (Perrin P., p. 336).<\/p>\n<p>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral r\u00e9pond aux revendications des organisations ouvri\u00e8res en augmentant le prix du lait de 32\u00e0 40 centimes le litre. L\u2019indignation populaire est telle, cependant, que les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales doivent c\u00e9der et mettre les huit centimes d\u2019augmentation \u00e0 la charge des cantons, qui vont subir \u00e0 leur tour la pression des travailleurs avant que la d\u00e9cision ne soit appliqu\u00e9e pratiquement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le postulat de la journ\u00e9e de huit heures.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce programme \u00e9conomique est approuv\u00e9 les 27 et 28 juillet suivants lors du Premier Congr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral ouvrier de B\u00e2le (convoqu\u00e9 par le Comit\u00e9 d\u2019Olten avec un seul point \u00e0 l\u2019ordre du jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Situation de la classe ouvri\u00e8re et les moyens de d\u00e9fense). Il r\u00e9unit 329 repr\u00e9sentants du PSS, de l\u2019USS et de l\u2019Union f\u00e9d\u00e9rative des fonctionnaires, employ\u00e9s et ouvriers de la Conf\u00e9d\u00e9ration, qui d\u00e9cident en outre de revendiquer la journ\u00e9e de huit heures pour l\u2019ensemble de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce congr\u00e8s n\u2019est pas encore clos qu\u2019arrive la r\u00e9ponse n\u00e9gative du Conseil f\u00e9d\u00e9ral qui refuse toutes les revendications. Il est alors d\u00e9cid\u00e9 \u2013 par 325 voix contre 4 \u2013 que le Comit\u00e9 d\u2019Olten entrera \u00e0 nouveau en pourparlers avec le Conseil f\u00e9d\u00e9ral \u00ab&nbsp;pour obtenir des d\u00e9clarations positives&nbsp;\u00bb. La r\u00e9solution finale se conclut ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour le cas o\u00f9 le Conseil f\u00e9d\u00e9ral ne donnerait pas, \u00e0 bref d\u00e9lai, satisfaction suffisante, le congr\u00e8s d\u00e9cide d\u2019organiser la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale nationale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>La proposition suivante du Comit\u00e9 d\u2019Olten est aussi adopt\u00e9e par 239 voix sur 329&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le congr\u00e8s manifeste sa volont\u00e9 de recourir \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale avec discipline et coh\u00e9sion et en \u00e9vitant tout exc\u00e8s. Il invite le personnel des entreprises militaris\u00e9es et les soldats auxquels on ordonnerait des mesures de violence de refuser l\u2019ob\u00e9issance&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Ce texte rappelle bien celui d\u2019un tract qu\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es auparavant l\u2019USS et le PSS avaient publi\u00e9 pour protester contre l\u2019emploi syst\u00e9matique de la troupe pendant les gr\u00e8ves (\u00ab&nbsp;Nous consid\u00e9rons du devoir de chaque soldat de refuser de tirer sur ses camarades de travail, de ne pas se servir de ses armes contre eux, de refuser l\u2019ob\u00e9issance dans une telle situation et d\u2019emp\u00eacher un tel crime par tous les moyens&nbsp;\u00bb) et d\u00e9montre bien que \u2013 malgr\u00e9 le renvoi ind\u00e9fini de la part de la Direction du PSS (Grimm) du congr\u00e8s extraordinaire dont l\u2019assembl\u00e9e du PSS de novembre 1916 \u00e0 Zurich avait pr\u00e9vu la convocation pour janvier 1917, et qui devait discuter de la position du parti \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la guerre \u2013 les sentiments antimilitaristes restent vivaces au sein de la classe ouvri\u00e8re (un exemple&nbsp;: les manifestations de La Chaux-de-Fonds en mai 1917 et de Zurich en novembre 1917).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les onze points du Comit\u00e9 d\u2019Olten<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 22 juillet le Comit\u00e9 d\u2019Olten formule, \u00e0 l\u2019intention du Conseil f\u00e9d\u00e9ral, les onze revendications suivantes&nbsp;:<\/p>\n<ol>\n<li>Abrogation de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du Conseil f\u00e9d\u00e9ral du 12 juillet 1918 soumettant le droit de r\u00e9union et de d\u00e9monstration, ainsi que la libert\u00e9 de la presse, au contr\u00f4le de la police des cantons.<\/li>\n<li>Abrogation de l\u2019arr\u00eat\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral ordonnant que les d\u00e9serteurs soient repouss\u00e9s de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re.<\/li>\n<li>Institution d\u2019un Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019alimentation en rapport avec une commission dans laquelle la classe ouvri\u00e8re serait repr\u00e9sent\u00e9e en proportion de son importance.<\/li>\n<li>Meilleur rationnement et meilleure r\u00e9partition des denr\u00e9es alimentaires, en tenant compte des difficult\u00e9s sp\u00e9ciales de ravitaillement de la classe ouvri\u00e8re.<\/li>\n<li>R\u00e9glementation des approvisionnements en denr\u00e9es alimentaires et des objets de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, par la cr\u00e9ation de marchandises-types uniformes et par la fixation de prix uniques.<\/li>\n<li>Soumission du commerce priv\u00e9 de gros \u00e0 une concession et contr\u00f4le de la fixation des prix avec la collaboration de la classe ouvri\u00e8re.<\/li>\n<li>Ravitaillement de la population en charbon par un office d\u2019importation et de r\u00e9partition g\u00e9r\u00e9 par la classe ouvri\u00e8re.<\/li>\n<li>Institution d\u2019offices de salaires paritaires ayant la comp\u00e9tence de r\u00e9gulariser les salaires dans les industries importantes et le commerce par r\u00e9gion ou canton.<\/li>\n<li>R\u00e9duction des heures de travail par un arr\u00eat\u00e9 du Conseil f\u00e9d\u00e9ral pour tenir compte de la diminution de la capacit\u00e9 physique de travail provenant des difficult\u00e9s de se nourrir.<\/li>\n<li>Encouragement \u00e0 la construction de logements d\u2019ouvriers, par les communes ou les coop\u00e9ratives, moyennant avance par la Conf\u00e9d\u00e9ration de capitaux \u00e0 un taux mod\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<li>Allocation suppl\u00e9mentaire de rench\u00e9rissement pour le personnel f\u00e9d\u00e9ral et introduction de la journ\u00e9e de huit heures dans les exploitations f\u00e9d\u00e9rales et les entreprises de transport.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9solution du congr\u00e8s syndical de Berne<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est vrai que la conf\u00e9rence des organisations syndicales int\u00e9ress\u00e9es, r\u00e9unie les 7 et 8 ao\u00fbt, revient quelque peu en arri\u00e8re, car on admet le danger que pourrait repr\u00e9senter une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Mais apr\u00e8s de s\u00e9rieuses discussions \u00e0 ce sujet au sein des f\u00e9d\u00e9rations, le Congr\u00e8s syndical, r\u00e9uni \u00e0 Berne, adopte la r\u00e9solution suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le congr\u00e8s syndical suisse constate que les mesures prises jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent par l\u2019Etat pour parer \u00e0 la situation mis\u00e9rable des travailleurs en Suisse sont absolument insuffisantes et que malgr\u00e9 les longues ann\u00e9es de guerre, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral poursuit sa politique exclusive de classe Le Comit\u00e9 syndical est autoris\u00e9 \u00e0 continuer de vouer toute son attentions aux questions \u00e9conomiques et, de concert avec la Commission syndicale, de prendre imm\u00e9diatement des mesures pour d\u00e9fendre la classe ouvri\u00e8re contre l\u2019aggravation des conditions d\u2019existence, contre les infractions aux clauses de la protection du travail, contre la menace d\u2019expulsion de fonctionnaires syndicaux et contre la mobilisation d\u2019ouvriers gr\u00e9vistes, tout cela \u00e9ventuellement au moyen de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral avait d\u00e9cid\u00e9, entre-temps, la cr\u00e9ation d\u2019une Commission f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019alimentation, un organisme de plus qui n\u2019aboutit \u00e0 aucun changement concret.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9cret du Conseil f\u00e9d\u00e9ral imposait, depuis juillet, aux organisateurs de cort\u00e8ges et r\u00e9unions ouvri\u00e8res le contr\u00f4le de la police, sous peine de dissolution&nbsp;: les participants \u00e0 une manifestation non autoris\u00e9e sont passibles de prison. C\u2019est Zurich \u2013 o\u00f9, avant la mobilisation, il y a d\u00e9j\u00e0 15.000 soldats \u2013 qui est surtout vis\u00e9e, et \u00e0 Zurich la prison prend le nom significatif de \u00ab&nbsp;Totenhaus&nbsp;\u00bb, car on y est soumis au \u00ab&nbsp;Dunkelearrest&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019isolement dans une cellule obscure et humide de deux m\u00e8tres sur deux, en compagnie de rats, avec une ration quotidienne de 100 grammes de pain et un verre d\u2019eau. Bien des prisonniers ont essay\u00e9 de se suicider pour \u00e9chapper \u00e0 la folie&nbsp;; ceux qui auront la chance de ne pas \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 deux ans de prison, s\u2019en sortiront avec une amande de 5.000 francs, alors que les \u00e9trangers sont expuls\u00e9s (Robbiani, pp. 73-74).&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les milieux militaires s\u2019alarment<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Entre-temps aussi, alors que des gr\u00e8ves ont lieu \u00e0 Winterthour, Lugano et Zurich (o\u00f9 les employ\u00e9s de banque ont l\u2019appui des ouvriers), les milieux militaires s\u2019alarment et la <em>Revue Militaire Suisse<\/em> \u00e9crit, dans son num\u00e9ro de juillet 1918, que \u00ab&nbsp;l\u2019organisation de comit\u00e9s de soldats\u2026 est une manifestation sans \u00e9quivoque d\u2019insubordination collective. Cette insubordination s\u2019affirme ouvertement dans deux r\u00e9gimes de la 4<sup>e<\/sup> division (4) qui font brigade, mais il y a longtemps qu\u2019on croit savoir que des organisations analogues ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9es tr\u00e8s loin dans la 5<sup>e<\/sup> division (5)&nbsp;; ailleurs on a fait le silence sur des mutineries d\u2019unit\u00e9s subalternes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>En effet, en 1917 d\u00e9j\u00e0, une \u00ab&nbsp;p\u00e9tition pour la d\u00e9mocratisation de l\u2019arm\u00e9e&nbsp;\u00bb circule parmi la troupe et une \u00ab&nbsp;Soci\u00e9t\u00e9 de soldats&nbsp;\u00bb est cr\u00e9\u00e9e dans le cadre du bataillon schaffhousois 61. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1918, une \u00ab&nbsp;F\u00e9d\u00e9ration de soldats&nbsp;\u00bb na\u00eet dans la 4<sup>e<\/sup> et la 5<sup>e<\/sup> division et, peu apr\u00e8s, une grave mutinerie doit \u00eatre \u00ab&nbsp;s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9e&nbsp;\u00bb dans un r\u00e9giment de la 12<sup>e<\/sup> brigade d\u2019infanterie cantonn\u00e9e \u00e0 Zurich. Rien d\u2019\u00e9tonnant si le 27 juin le g\u00e9n\u00e9ral Wille ordonne la dissolution de toute association de troupe non officielle.<\/p>\n<p>Le 10 ao\u00fbt 1918, d\u2019autre part, l\u2019Union suisse des paysans \u2013 donnant en cela raison au pessimisme d\u2019un r\u00e9volutionnaire \u00e9tranger disant qu\u2019\u00ab&nbsp;avec les paysans suisses il n\u2019y a rien \u00e0 faire, car ils sont tous propri\u00e9taires&nbsp;\u00bb &#8211; adresse au Conseil f\u00e9d\u00e9ral une protestation dans laquelle on s\u2019\u00e9tonne \u00ab&nbsp;qu\u2019en pr\u00e9sence des menaces de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et apr\u00e8s avoir r\u00e9pondu \u00e0 deux reprises au Comit\u00e9 d\u2019Olten, celui-ci [c\u2019est-\u00e0-dire le Conseil f\u00e9d\u00e9ral] ait consenti \u00e0 n\u00e9gocier \u00e0 nouveau&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cho de Brugg arrive jusqu\u2019\u00e0 Lausanne o\u00f9 <em>La Gazette<\/em> du 21 ao\u00fbt n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pi\u00e9tiner ses principes lib\u00e9raux en \u00e9crivant que si on avait mis d\u2019embl\u00e9e les bandits d\u2019Olten sous les verrous, avec leurs complices, le mouvement aurait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 court.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> Les \u00e9v\u00e9nements<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Brusquement, vers la fin du mois d\u2019octobre 1918 \u2013 dans une ambiance d\u00e9j\u00e0 suffisamment remu\u00e9e par les \u00e9chos de la R\u00e9volution russe, par l\u2019affaire dite des explosifs (6) et par des troubles p\u00e9riodiques (d\u00e8s f\u00e9vrier la brigade d\u2019infanterie 12 du canton d\u2019Argovie \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 intervenir depuis la banlieue zurichoise) \u2013 des bruits commencent \u00e0 circuler \u00e0 Zurich sur la pr\u00e9tendue imminence d\u2019une insurrection (7).<\/p>\n<p>Pris de panique, le Conseil d\u2019Etat zurichois demanda le 31 octobre au Conseil f\u00e9d\u00e9ral l\u2019autorisation de mobiliser un r\u00e9giment parmi les paysans de la campagne zurichoise afin d\u2019assurer l\u2019ordre en ville.<\/p>\n<p>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral (compos\u00e9 de cinq radicaux, d\u2019un lib\u00e9ral et d\u2019un catholique-conservateur&nbsp;: Muller, Haab, Decoppet, Schulthess, Calonder, Ador et Motta) refuse cette autorisation mais il charge le g\u00e9n\u00e9ral Wille d\u2019une enqu\u00eate qui aboutit au rapport \u00e9nergique du 4 novembre, dans lequel le g\u00e9n\u00e9ral, tout en d\u00e9non\u00e7ant \u00ab&nbsp;l\u2019inaction coupable du Conseil d\u2019Etat zurichois&nbsp;\u00bb, propose au chef du D\u00e9partement militaire Decoppet la mobilisation de quatre brigades de cavalerie, \u00ab&nbsp;cette arme&nbsp;\u00bb &#8211; pour reprendre les propres mots de P. Perrin \u2013 \u00ab&nbsp;comprenant moins de citadins, contamin\u00e9s par les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Lev\u00e9e de troupes<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sans s\u2019en r\u00e9f\u00e9rer aux Chambres, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral d\u00e9cide, dans la nuit du 5 au 6 novembre, de mobiliser pur Zurich quelque 8.000 soldats (le total des soldats aux fronti\u00e8res ne d\u00e9passe pas 80.000 hommes). Le rapport du Comit\u00e9 d\u2019Olten parle d\u2019une \u00ab&nbsp;pression secr\u00e8te de l\u2019\u00e9tranger qui d\u00e9termina la mobilisation&nbsp;\u00bb&nbsp;; il semble en tout cas que la crainte d\u2019une intervention \u00e9trang\u00e8re ait \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e par les conseillers f\u00e9d\u00e9raux Ador et Motta et il faut se demander \u2013 avec B. Antenen (p. 27 de son ouvrage <em>La Presse romande et la Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918<\/em>) \u2013 s\u2019il n\u2019y a pas eu des contacts entre le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et les puissances victorieuses.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, le 6 novembre, le Comit\u00e9 d\u2019Olten se r\u00e9unit d\u2019urgence et envoie une d\u00e9l\u00e9gation aupr\u00e8s du Conseil f\u00e9d\u00e9ral afin de protester \u00ab&nbsp;contre cette mobilisation inutile&nbsp;\u00bb et de la prier de retirer les troupes dans les environs de Zurich ou au moins, pour \u00e9viter des heurts, de les consigner dans les casernes.<\/p>\n<p>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral refuse et intensifie m\u00eame la mobilisation puisque, le soir du 6, le tocsin des villages rassemble les hommes du Landsturm dans les cantons de Zurich, Lucerne, Schwyz, Uri et Unterwald, tandis que (comme en Finlande une ann\u00e9e auparavant, pr\u00e9c\u00e9dant la terreur blanche) se forment des unit\u00e9s de gardes civiques. Simultan\u00e9ment, dans la nuit du 6 au 7, quatre compagnies de Landsturm bernoises occupent le Palais f\u00e9d\u00e9ral, les arsenaux et les banques de la capitale. Du 7 au 9, toute la cavalerie et les r\u00e9giments d\u2019infanterie 7 (Fribourg) et 16 (Emmenthal) sont mobilis\u00e9s, l\u2019infanterie \u00e9tant cantonn\u00e9e dans les faubourgs de Berne.<\/p>\n<p>Zurich \u2013 qui a vu arriver le 19<sup>e<\/sup> et le 31<sup>e<\/sup> r\u00e9giments d\u2019infanterie (Lucerne et Thurgovie), le bataillon grison 90 (ramen\u00e9 de la fronti\u00e8re nord-est), les brigades de cavalerie 3 et 4, deux compagnies cyclistes, des pionniers t\u00e9l\u00e9graphistes, deux compagnies sanitaires et diverses compagnies de Landsturm, presque toutes form\u00e9es de paysans qui d\u00e9sirent rentrer au plus vite chez eux et accusent les ouvriers d\u2019\u00eatre la cause de leur mobilisation \u2013 a d\u00e9sormais l\u2019air d\u2019une ville occup\u00e9e&nbsp;; tous les b\u00e2timents officiels, les banques et les ponts sont gard\u00e9s militairement, des patrouilles parcourent les rues, des mitrailleuses sont en position dans les carrefours, des soldats, casqu\u00e9s et ba\u00efonnette au canon, occupent les plates-formes des trains. Tout ceci n\u2019emp\u00eache pas une intense propagande antimilitariste de se d\u00e9velopper sous forme de papillons et brochures jusque dans les cours des casernes et chaque jour la cavalerie doit intervenir pour disperser manifestations et cort\u00e8ges dans le quartier de la Paradeplatz. Par contre, la preuve que des coups de feu aient \u00e9t\u00e9 vraiment tir\u00e9s des fen\u00eatres sur la troupe n\u2019a jamais pu \u00eatre apport\u00e9e.<\/p>\n<p>Une gr\u00e8ve d\u2019avertissement de vingt-quatre heures qui doit toucher vingt des localit\u00e9s suisses les plus importantes est alors d\u00e9cid\u00e9e, par un appel du Comit\u00e9 d\u2019Olten (8), pour le samedi 9 novembre et elle est suivie avec enthousiasme&nbsp;; en Suisse romande cependant, o\u00f9 les localit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e9taient Le Locle, La Chaux-de-Fonds, Lausanne et Gen\u00e8ve, les deux derni\u00e8res furent avis\u00e9es trop tard et ne purent ainsi pas r\u00e9agir. Saint-Imier, par contre, s\u2019associa spontan\u00e9ment au mouvement de protestation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Appel de l\u2019Union ouvri\u00e8re de Zurich \u00e0 la population<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A Zurich, le comit\u00e9 de l\u2019Union ouvri\u00e8re distribue l\u2019appel suivant \u00e0 la population&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Aujourd\u2019hui le travail doit ch\u00f4mer. C\u2019est votre t\u00e2che de veiller \u00e0 ce que le ch\u00f4mage soit complet. La gr\u00e8ve doit \u00eatre men\u00e9e avec solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ouvriers, le Conseil d\u2019Etat du canton de Zurich vous a provoqu\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re inou\u00efe. Il sent chanceler ses fauteuils et essaie de s\u2019appuyer sur les ba\u00efonnettes. Ne vous laissez pas provoquer. L\u2019association des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es de l\u2019Union ouvri\u00e8re est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 mener la gr\u00e8ve de fa\u00e7on solidaire et elle prend la responsabilit\u00e9 de la faire d\u2019une fa\u00e7on qui corresponde \u00e0 l\u2019importance et \u00e0 l\u2019honneur de la classe ouvri\u00e8re de Zurich. Il faut \u00e9viter toute rencontre avec la force arm\u00e9e, mais opposez-vous \u00e9nergiquement \u00e0 toute provocation d\u2019\u00e9l\u00e9ments irresponsables.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Les services suivants seront maintenus&nbsp;: 1) le gaz, l\u2019eau et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9&nbsp;; 2) les \u00e9tablissements pour le s\u00e9chage des fruits&nbsp;; 3) le transport des services sanitaires&nbsp;; 4) le paiement des subsides pour les n\u00e9cessiteux&nbsp;; 5) le service de voirie&nbsp;; 6) les restaurants sans alcool.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Les restaurants peuvent \u00eatre ouverts jusqu\u2019\u00e0 9 heures du matin, de 11 heures et demie \u00e0 2 heures et de 6 \u00e0 8 heures du soir&nbsp;; il est interdit de vendre de l\u2019alcool. Tous les autres caf\u00e9s et restaurants sont ferm\u00e9s. Tous les services seront soumis au contr\u00f4le des ouvriers. Les propri\u00e9taires sont invit\u00e9s \u00e0 fermer les \u00e9tablissements et les magasins et \u00e0 se soumettre sans h\u00e9sitation aux ordres de la direction de la gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ouvriers de Zurich, venez protester&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le commandant de la place de Zurich, le colonel Sonderegger \u2013 un gros industriel d\u2019Herisau qui passait pour un homme violent et pour un patron payant particuli\u00e8rement mal ses ouvriers (il passera au nazisme dans les ann\u00e9es 30&nbsp;: cf. P. Perrin, La Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918, p. 339) \u2013 prend en outre, le m\u00eame 9 novembre \u2013 lui qui se vante d\u00e9j\u00e0 de conseiller aux citoyens de \u00ab&nbsp;fermer les oreilles aux chants prometteurs des sir\u00e8nes slaves&nbsp;\u00bb &#8211; la malheureuse d\u00e9cision d\u2019interdire la comm\u00e9moration de la r\u00e9volution russe pr\u00e9vue depuis une semaine pour l\u2019apr\u00e8s-midi du dimanche 10 novembre. En vain, une d\u00e9l\u00e9gation du Comit\u00e9 d\u2019Olten s\u2019\u00e9tant rendue aupr\u00e8s du Conseil f\u00e9d\u00e9ral (et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des conseillers Calonder, Schulthess, Muller et Decoppet) demande, le dimanche matin, d\u2019autoriser la manifestation. Le pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration Calonder ne veut pas d\u00e9savouer le colonel Sonderegger qui avait, en plus, fait arr\u00eater par ses troupes les postes de gr\u00e8ve. La seule chose que le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Calonder s promet est d\u2019examiner la possibilit\u00e9 de retirer les troupes dans les villages aux alentours de Zurich. En r\u00e9alit\u00e9, lors d\u2019une nouvelle entrevue qui a lieu le dimanche apr\u00e8s-midi, Calonder communique que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral entend rompre toute relation avec le Comit\u00e9 d\u2019Olten&nbsp;; d\u2019apr\u00e8s D. Robbiani, voici les termes exacts du conseiller f\u00e9d\u00e9ral&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avec ces messieurs de la gr\u00e8ve il est impossible de traiter ou de prendre des accords. Ils doivent uniquement retourner au travail, capituler sans conditions. Sans cela nous ne reculerons m\u00eame pas devant le danger d\u2019une guerre civile&nbsp;\u00bb. Au moment m\u00eame o\u00f9 ces paroles sont prononc\u00e9es, la population zurichoise, dans sa grande majorit\u00e9, ignore l\u2019interdiction du colonel Sonderegger (pour la simple et bonne raison qu\u2019aucun journal, sauf le <em>Volksrecht<\/em>, n\u2019a paru \u00e0 cause de la gr\u00e8ve, qu\u2019aucun avis n\u2019a \u00e9t\u00e9 placard\u00e9 et que les rues conduisant \u00e0 la Fraum\u00fcnsterplatz ne sont pas barr\u00e9es \u2013 la radio n\u2019existe pas encore)&nbsp;; elle se rend \u00e0 la manifestation et 200 soldats de la 1<sup>re<\/sup> et 2<sup>e<\/sup> compagnies du 19<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie interviennent seulement quand 15.000 personnes sont d\u00e9j\u00e0 rassembl\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019intervention de la troupe \u00e0 Zurich<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sans avertissement pr\u00e9alable, une cinquantaine de soldats tirent brusquement 500 balles, au point que tout autour de la place les maisons en sont cribl\u00e9es. Par miracle, seul un soldat est mortellement bless\u00e9, probablement par un ricochet. La foule s\u2019\u00e9coule hors de la ville et se r\u00e9unit \u00e0 nouveau sur une prairie dans les environs d\u2019Oerlikon avec l\u2019intention d\u2019y poursuivre la manifestation&nbsp;; l\u00e0 elle est charg\u00e9e par des escadrons de cavalerie, sabre au clair, ce qui provoque un assez grand nombre de bless\u00e9s. La rage au c\u0153ur, cette foule impuissante doit se contenter de menacer les soldats d\u2019aller mettre le feu \u00e0 leurs villages de l\u2019Entlebuch.<\/p>\n<p>Le colonel Sonderegger n\u2019est pas encore satisfait et ordonne express\u00e9ment \u00e0 la troupe de tirer dor\u00e9navant directement sur les manifestants&nbsp;!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Une offre trop tardive<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>M\u00eame le Conseil d\u2019Etat de Zurich, qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 dans une caserne de la ville, comprend qu\u2019on est all\u00e9 trop loin et convoque le comit\u00e9 de l\u2019Union ouvri\u00e8re auquel il offre des concessions&nbsp;: l\u2019application de la proportionnelle pour les \u00e9lections cantonales, un si\u00e8ge au Conseil d\u2019Etat \u00e0 un repr\u00e9sentant du Parti socialiste, la journ\u00e9e de huit heures pour le personnel de l\u2019administration cantonale et la promesse d\u2019intervenir aupr\u00e8s du Conseil f\u00e9d\u00e9ral pour un retrait partiel de la troupe. De Valli\u00e8re pr\u00e9tend que le colonel Sonderegger se serait oppos\u00e9 \u00e0 tout accord avec les organisations des travailleurs, mais il oublie d\u2019ajouter que, m\u00eame si tel a \u00e9t\u00e9 le cas, l\u2019offre \u00e9tait trop tardive et l\u2019\u00e9preuve de force in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>En effet, l\u2019Union ouvri\u00e8re zurichoise d\u00e9cide de continuer la gr\u00e8ve au-del\u00e0 des vingt-quatre heures et de l\u2019\u00e9tendre \u00e0 tout le canton. Le manque d\u2019adh\u00e9sion imm\u00e9diate de la part du Comit\u00e9 d\u2019Olten (dont une fraction, devenue minoritaire, conseillait la reprise du travail) se heurte \u00e0 la ferme d\u00e9cision de la grande majorit\u00e9 des responsables politiques et syndicaux zurichois, pouss\u00e9s parfois par les travailleurs eux-m\u00eames, \u00e0 tenir t\u00eate \u00e0 la r\u00e9action \u00ab&nbsp;\u00e0 moins que les soldats ne quittent la ville&nbsp;\u00bb. Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9volutionnaires d\u2019Allemagne ne pouvaient qu\u2019inciter les ouvriers suisses \u00e0 cet \u00e9tat d\u2019esprit.<\/p>\n<ol>\n<li>Antenen \u00e9crit \u00e0 ce sujet&nbsp;: \u00ab&nbsp;La lecture de la presse socialiste nous permet d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence, au sein du Parti socialiste, d\u2019un courant de gauche dont les positions vont bien au-del\u00e0 de celles des dirigeants du parti. Ce courant a certainement jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019effacement progressif de la direction du parti devant le Comit\u00e9 d\u2019Olten. A Zurich, le fort noyau de militants acquis aux id\u00e9es de la gauche zimmerwaldienne exer\u00e7ait une influence, parfois d\u00e9terminante, sur l\u2019Union ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u2019ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pour le lundi 11 novembre \u00e0 minuit avec, comme but, les revendications suivantes&nbsp;:<\/p>\n<ol>\n<li>R\u00e9\u00e9lection imm\u00e9diate du Conseil national sur la base de la repr\u00e9sentation proportionnelle.<\/li>\n<li>Droit de vote et d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 des femmes.<\/li>\n<li>Introduction de l\u2019obligation g\u00e9n\u00e9rale au travail.<\/li>\n<li>Introduction de la semaine de 48 heures.<\/li>\n<li>R\u00e9organisation de l\u2019arm\u00e9e, dans le sens d\u2019une arm\u00e9e populaire.<\/li>\n<li>Garantie du service du ravitaillement d\u2019accord avec les producteurs agricoles.<\/li>\n<li>Assurance vieillesse et survivants.<\/li>\n<li>Monopole de l\u2019Etat pour l\u2019importation et l\u2019exportation.<\/li>\n<li>Amortissement de toutes les dettes d\u2019Etat par les possesseurs.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>250.000 gr\u00e9vistes<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale devait comprendre aussi les employ\u00e9s des transports et le personnel de l\u2019Etat. Toutes les organisations professionnelles sign\u00e8rent la proclamation de gr\u00e8ve, sauf la Soci\u00e9t\u00e9 suisse des employ\u00e9s des chemins de fer et des bateaux (19.000 membres) qui h\u00e9sita et, une fois entra\u00een\u00e9e, fut la premi\u00e8re \u00e0 se d\u00e9clarer en faveur d\u2019une reprise du travail. Ainsi, sur 400.000 travailleurs salari\u00e9s, 250.000 environs particip\u00e8rent au mouvement. Par cat\u00e9gorie, le plus bel exemple de solidarit\u00e9 fut donn\u00e9 \u2013 malgr\u00e9 que les t\u00e9l\u00e9graphes de service aient communiqu\u00e9 \u00e0 toutes les gares la fausse nouvelle que la gr\u00e8ve \u00e9tait renvoy\u00e9e \u2013 par les cheminots (30.000 environ), suivis par les ouvriers m\u00e9tallurgistes chez lesquels le pourcentage des gr\u00e9vistes d\u00e9passa 60 %&nbsp;; seuls les employ\u00e9s des PTT flanch\u00e8rent vraiment, sauf \u00e0 Zurich, B\u00e2le, Berne, La Chaux-de-Fonds et Le Locle&nbsp;: 1.500 gr\u00e9vistes seulement sur 17.500.<\/p>\n<p>Une enqu\u00eate effectu\u00e9e ensuite par l\u2019USS, portant sur la participation \u00e0 la gr\u00e8ve dans 132 localit\u00e9s, d\u00e9montra que ce n\u2019est que dans 25 d\u2019entre elles qu\u2019aucun travailleur n\u2019avait pris part au mouvement. Le total des gr\u00e9vistes fut, dans les 107 localit\u00e9s restantes, de 139.000, dont 51.000 non-syndiqu\u00e9s&nbsp;; mais dans ces chiffres sont exclues, faute de donn\u00e9es pr\u00e9cises, les importantes localit\u00e9s de Berne, Olten, Zurich, Schaffhouse, Le Locle, Lausanne et Lucerne, o\u00f9 la gr\u00e8ve fut suivie massivement.<\/p>\n<p>Le 11 novembre, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral mobilise la 1<sup>re<\/sup> division (Gen\u00e8ve, Vaud et Valais romand) et une partie des 3<sup>e<\/sup> (Berne et Haut-Valais), 4<sup>e<\/sup>, 5<sup>e<\/sup> et 6<sup>e<\/sup> (Suisse orientale), soit environ 40.000 hommes&nbsp;; avec la troupe qui occupe d\u00e9j\u00e0 Zurich et celle qui est \u00e0 Berne, on atteint le chiffre de 50.000 mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Entraves \u00e0 la mobilisation<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La mobilisation est d\u2019embl\u00e9e entrav\u00e9e par la gr\u00e8ve massive des cheminots (ceux de Berne avaient r\u00e9pondu le m\u00eame jour \u00e0 l\u2019appel \u2013 sign\u00e9 par 37 responsables ouvriers dont Naine et Grospierre \u2013 paru dans la <em>Tagwacht<\/em> du 11, sous le titre \u00ab&nbsp;Au peuple laborieux&nbsp;\u00bb) et il faut recourir aux camions ou, pour le r\u00e9giment genevois en particulier, aux bateaux, puisque les trains conduits par des officiers ne suffisent pas.<\/p>\n<p>Le m\u00eame jour, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral adopte une ordonnance qui soumet \u00e0 la juridiction militaire les ouvriers et les employ\u00e9s des fabriques et \u00e9tablissements de l\u2019arm\u00e9e ainsi que ceux des entreprises de transport qui ont vingt-quatre heures pour reprendre le travail. Les fonctionnaires, employ\u00e9s et ouvriers de l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale, y compris ceux de la Banque nationale, qui participent \u00e0 la gr\u00e8ve peuvent \u00eatre punis de peine allant jusqu\u2019\u00e0 une ann\u00e9e de prison et 1.000 francs d\u2019amende&nbsp;; l\u2019incitation \u00e0 la cessation du travail ou l\u2019emp\u00eachement de l\u2019exploitation d\u2019une entreprise publique (CFF, PTT, eau, \u00e9lectricit\u00e9, distribution de denr\u00e9es alimentaires) sont soumis aux m\u00eames peines.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019adh\u00e9sion des cheminots \u00e0 la gr\u00e8ve<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9 d\u2019Olten r\u00e9pond en invitant les employ\u00e9s de la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 ne plus ob\u00e9ir \u00e0 leurs chefs si l\u2019ordre donn\u00e9 signifie manquer \u00e0 la solidarit\u00e9 avec les ouvriers en lutte. Le manifeste, qui se termine par les mots \u00ab&nbsp;on r\u00e9sistera par tous les moyens \u00e0 l\u2019ordre de mobilisation du personnel des chemins de fer&nbsp;\u00bb, est sign\u00e9 par Woker, repr\u00e9sentant du personnel f\u00e9d\u00e9ral aupr\u00e8s du Conseil d\u2019administration des CFF et par les conseillers nationaux D\u00fcby et Huggler&nbsp;; l\u2019appel ne reste pas sans effet puisque, malgr\u00e9 les punitions pr\u00e9vues, l\u2019adh\u00e9sion des cheminots \u00e0 la gr\u00e8ve est presque unanime.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Convocation de l\u2019Assembl\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale est convoqu\u00e9e en s\u00e9ance extraordinaire pour le 12 novembre, \u00e0 11 heures, et les socialistes ne craignent pas, malgr\u00e9 l\u2019hyst\u00e9rie politique dominante (9), d\u2019accuser le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et l\u2019\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e d\u2019avoir provoqu\u00e9 la gr\u00e8ve par leur d\u00e9cision de mobiliser la troupe. Ils pr\u00e9sentent en outre une motion demandant au Conseil national de nommer une commission charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier et de prendre position au sujet des onze revendications du Comit\u00e9 d\u2019Olten. L\u2019Assembl\u00e9e (\u00e9lue, il faut le rappeler au syst\u00e8me majoritaire, ce qui permet au conseiller Naine de s\u2019exclamer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous savez parfaitement bien qu\u2019une cinquantaine d\u2019entre vous au moins usurpent ici leur place&nbsp;\u00bb) rejette \u00e0 deux reprises la motion, d\u00e9montrant ainsi que la classe bourgeoise et les paysans pr\u00e9f\u00e8rent au dialogue avec les ouvriers l\u2019emploi des ba\u00efonnettes. Une r\u00e9solution condamnant la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est vot\u00e9e le 13 novembre \u00e0 une forte majorit\u00e9 au Conseil national (apr\u00e8s que les conseillers romands, Musy en t\u00eate, eurent exalt\u00e9 les qualit\u00e9s patriotiques de la classe paysanne) et \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 au Conseil des Etats. Le Comit\u00e9 d\u2019Olten r\u00e9pond au discours du pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration par un nouveau manifeste incitant \u00e0 poursuivre la gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>Entre temps, dans la plupart des villes, on organise des gardes civiques charg\u00e9es de remplacer les gr\u00e9vistes, surtout dans les transports publics. La population des campagnes et les militaires d\u2019origine paysanne deviennent de plus en plus mena\u00e7ants, tandis que le froid, le manque d\u2019aliments et l\u2019hostilit\u00e9 de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie provoquent, surtout en Suisse romande, un d\u00e9but de fl\u00e9chissement chez les gr\u00e9vistes. On ne s\u2019en \u00e9tonnera pas si l\u2019on songe que, dans les petites villes o\u00f9 tout le monde se conna\u00eet, des commer\u00e7ants refusent de vendre m\u00eame le pain et le lait aux femmes des ouvriers en gr\u00e8ve, ce qui oblige les p\u00e8res de famille \u00e0 aller chercher en cachette la nourriture dans d\u2019autres localit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral profite de l\u2019approbation tacite de la partie la plus r\u00e9actionnaire du pays (10), excit\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 cela \u00e9tait encore possible, par les quelques journaux de fortune, pour lancer, le matin du mercredi 13 novembre, un ultimatum.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Les ouvriers ont d\u00fb c\u00e9der \u00e0 la puissance des ba\u00efonnettes&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Selon l\u2019ultimatum du Conseil f\u00e9d\u00e9ral, la gr\u00e8ve doit cesser au plus tard le 14, \u00e0 17 heures (ce d\u00e9lai fut ensuite prolong\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 minuit).<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9 d\u2019Olten, qui se trouve bloqu\u00e9 au si\u00e8ge de l\u2019USS \u00e0 Berne, entour\u00e9 par les dragons, accepte la reprise du travail pour le 15 novembre, jugeant que si la cessation de la gr\u00e8ve est accept\u00e9e avec unit\u00e9 le danger de repr\u00e9sailles sera minime (Grimm et Schneider votent contre l\u2019acceptation de l\u2019ultimatum du Conseil f\u00e9d\u00e9ral). D\u00fcby, Huggler et Ilg vont communiquer la d\u00e9cision prise au Conseil f\u00e9d\u00e9ral. Un manifeste du Comit\u00e9 d\u2019Olten, publi\u00e9 le 15, malgr\u00e9 l\u2019opposition des autorit\u00e9s militaires, proclamera&nbsp;: \u00ab&nbsp;La question de la continuation de la gr\u00e8ve d\u00e9pendait de l\u2019attitude des cheminots et de celle des troupes mobilis\u00e9es. Une majorit\u00e9 de la direction de l\u2019Association des employ\u00e9s des CFF a tir\u00e9 dans le dos de notre mouvement et de nos hommes de confiance (11). L\u2019arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 criminellement excit\u00e9e contre les ouvriers et on n\u2019a pas voulu livrer la masse aux mitrailleuses. Les ouvriers ont d\u00fb c\u00e9der \u00e0 la puissance des ba\u00efonnettes, mais ils ne sont pas vaincus. La lutte de la classe ouvri\u00e8re continue&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Officiellement il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019une capitulation sans condition. La r\u00e9alit\u00e9 semble cependant \u00eatre moins nette, puisque certains membres du Conseil f\u00e9d\u00e9ral auraient promis \u00e0 Ilg et Grimm de mettre en chantier la r\u00e9vision de la loi sur les fabriques et celle sur la dur\u00e9e du travail dans les entreprises de transport, ainsi que d\u2019\u00e9laborer rapidement une loi \u00e9lectorale pour l\u2019application de la repr\u00e9sentation proportionnelle au Conseil national, en laissant m\u00eame entrevoir la possibilit\u00e9 d\u2019une place au Conseil f\u00e9d\u00e9ral pour le Parti socialiste (P. Perrin, <em>La<\/em> <em>Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918<\/em>, p. 345 de la <em>Revue syndicale<\/em>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La situation en Suisse al\u00e9manique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A<strong> Berne<\/strong>, du 9 au 13 novembre, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019au moment de l\u2019entr\u00e9e du gros de la troupe dans la ville, tous les magasins sont ferm\u00e9s et des groupes de \u00ab&nbsp;Jungburschen&nbsp;\u00bb et de tramelots veillent \u00e0 l\u2019application de la gr\u00e8ve. Seule la <em>Tagwacht<\/em> socialiste para\u00eet. Le 11, la ville est occup\u00e9e par la 2<sup>e<\/sup> brigade de cavalerie, le groupe de guides 2 et les deux r\u00e9giments d\u2019infanterie 7 et 16, le tout sous le commandement du colonel Wildbolz. Des mitrailleuses sont plac\u00e9es aux carrefours et \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du Palais f\u00e9d\u00e9ral (m\u00eame si le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, prudent, si\u00e8ge \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Bellevue), toutes les places sont surveill\u00e9es. Seuls quelques trains circulent, prot\u00e9g\u00e9s par la troupe. Le personnel de la ligne Fribourg-Morat-Anet est oblig\u00e9 de cesser le travail et entre Bienne et Brugg un train est arr\u00eat\u00e9 par des troncs d\u2019arbres entass\u00e9s sur la voie&nbsp;: les soldats tirent, blessant un gr\u00e9viste&nbsp;; il s\u2019ensuit une bagarre au cours de laquelle les cheminots \u00ab&nbsp;jaunes&nbsp;\u00bb sont quelque peu maltrait\u00e9s. Le 13, le personnel de la L\u00e9gation russe, frapp\u00e9 aussi d\u2019un d\u00e9cret d\u2019expulsion, est escort\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re allemande de Constance par des camions transportant des soldats du 7<sup>e<\/sup> r\u00e9giment. Ce m\u00eame 13 novembre, sur ordre du procureur de la Conf\u00e9d\u00e9ration, a lieu l\u2019occupation militaire des bureaux syndicaux de la ville, de l\u2019immeuble de l\u2019USS et de celui de la <em>Tagwacht<\/em> \u00e0 la Kappellerstrasse (l\u2019imprimerie est ferm\u00e9e)&nbsp;; les postes de gr\u00e8ve sont interdits.<\/p>\n<p>A <strong>B\u00e2le<\/strong>, une assembl\u00e9e r\u00e9unie sur la Marktplatz acclame la r\u00e9volution russe, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence dans la ville de soldats qui patrouillent sur des camions arm\u00e9s de mitrailleuses. Le soir du 12, la police tire et blesse des gr\u00e9vistes qui essaient de faire cesser le travail \u00e0 la fabrique Singer \u00e0 la Clarastrasse.<\/p>\n<p><strong>Saint-Gall<\/strong> est sans trams et sans journaux. Toutes les fabriques sont ferm\u00e9es \u00e0 <strong>Aarau<\/strong>, <strong>Soleure<\/strong> et <strong>Bienne<\/strong>&nbsp;; partiellement \u00e0 <strong>Frauenfeld<\/strong>.<\/p>\n<p>A <strong>Granges<\/strong> (Soleure), occup\u00e9e par une trentaine de soldats du 3<sup>e<\/sup> r\u00e9giment vaudois, sous le commandement du lieutenant Bettex, les gr\u00e9vistes occupent le 13 novembre les fabriques de la ville et arr\u00eatent le train de Moutier. Le Conseil d\u2019Etat soleurois demande des renforts au colonel Bornand qui commande la 1<sup>\u00e8re<\/sup> division stationn\u00e9e \u00e0 Bienne (ville aussi en effervescence) et \u00e0 Soleure. La foule avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dispers\u00e9e quand, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du bataillon 6, le rassemblement se reforme. Apr\u00e8s une charge d\u2019un escadron de cavalerie, le major Pelet ordonne le feu&nbsp;; les quatre morts et les huit bless\u00e9s, tous parmi les manifestants, qu\u2019ils eussent ou non essay\u00e9 d\u2019enlever les rails de chemin de fer, ont tous \u00e9t\u00e9 atteints par derri\u00e8re, la troupe ayant tir\u00e9 d\u2019un jardin voisin de la gare. La place ainsi \u00ab&nbsp;d\u00e9blay\u00e9e&nbsp;\u00bb, l\u2019on proc\u00e8de encore \u00e0 23 arrestations.<\/p>\n<p>A <strong>Zurich<\/strong>, le 11 novembre, \u00e0 16 heures, la Bahnhofplatz est occup\u00e9e par une compagnie du bataillon lucernois 43 qui, mena\u00e7ant de tirer sur la foule, la fait \u00e9vacuer. Les \u00e9coles et les h\u00f4tels sont transform\u00e9s en lazarets pour les soldats gripp\u00e9s. Si le geste des \u00e9tudiants en m\u00e9decine qui aident \u00e0 soigner les malades peut \u00eatre compris, d\u2019autres le sont moins&nbsp;: celui des \u00e9tudiants de l\u2019Ecole Polytechnique qui conduisent les trams, et celui d\u2019environ 800 \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 qui assurent le service postal ou balaient les rues, prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e. Seuls trois trains ont quitt\u00e9 la gare pendant toute la gr\u00e8ve. Tandis qu\u2019une collecte r\u00e9unit un million de francs et pendant que les paysans envoient aux soldats qui occupent la ville \u0153ufs, fruits et l\u00e9gumes, le secr\u00e9taire du personnel des locomotives est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Brugg par la police d\u2019arm\u00e9e, et les r\u00e9giments d\u2019infanterie 29, 30 et 32, appuy\u00e9s par les groupes 5 et 6 des guides, sont envoy\u00e9s en renfort dans la ville, o\u00f9 le <em>Volkshaus<\/em> et l\u2019Imprimerie coop\u00e9rative sont occup\u00e9s par la troupe&nbsp;; le capitaine Laeuffer du r\u00e9giment tessinois, socialiste, refuse d\u2019ob\u00e9ir et est incarc\u00e9r\u00e9 (12). Le premier num\u00e9ro de fortune de la presse bourgeoise \u2013 <em>B\u00fcrgerliche Presse Z\u00fcrichs<\/em> \u2013 ne para\u00eet que le 12.<\/p>\n<p>La soi-disant libert\u00e9 du travail est assur\u00e9e militairement pour une infime minorit\u00e9 de travailleurs \u00e0 <strong>Thalwil<\/strong>, <strong>Arth-Goldau<\/strong>, <strong>Winterthour<\/strong> et <strong>Schaffhouse<\/strong>. A <strong>Baden<\/strong>, les dragons dispersent une colonne de gr\u00e9vistes qui tentent de discuter avec les ouvriers de Brown Boveri et font 150 prisonniers. A <strong>Elgg<\/strong>, des gr\u00e9vistes, venus pour inviter les ouvriers des filatures \u00e0 cesser le travail, sont tout simplement rou\u00e9s de coups par les paysans et voient leurs v\u00e9los r\u00e9duits en morceaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9v\u00e9nements en Suisse romande<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019ordre de gr\u00e8ve parvient aux ouvriers romands juste au moment o\u00f9 des f\u00eates c\u00e9l\u00e9brant la victoire de l\u2019Entente ont lieu dans toutes les localit\u00e9s importantes, \u00ab&nbsp;occasionnant un v\u00e9ritable vertige de chauvinisme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>A <strong>Gen\u00e8ve<\/strong>, o\u00f9 seulement la moiti\u00e9 des membres du Conseil d\u2019Etat sont pr\u00e9sents, la gr\u00e8ve est totale dans le b\u00e2timent, la m\u00e9tallurgie et les transports publics. Le 12 novembre a lieu la mobilisation des bataillons 12 et 13 de la 1<sup>re<\/sup> division (les autres unit\u00e9s se concentrent \u00e0 Morges) et tous les transports publics sont militaris\u00e9s&nbsp;; malgr\u00e9 cela, l\u2019absence de trains oblige les troupes \u00e0 s\u2019embarquer sur le \u00ab&nbsp;Vevey&nbsp;\u00bb&nbsp;: au moment du d\u00e9part un soldat invite ses compagnons \u00e0 refuser de partir. Le <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em> est le seul journal bourgeois des grandes villes suisses \u00e0 pouvoir para\u00eetre. La ville est vite domin\u00e9e par les \u00ab&nbsp;gardes civiques&nbsp;\u00bb qui obligent les wattmen \u00e0 conduire les trams. Le 14, les membres du Comit\u00e9 central de gr\u00e8ve sont arr\u00eat\u00e9s, ainsi qu\u2019un d\u00e9put\u00e9 au Grand Conseil et un conseiller municipal socialiste. Le 16, la police appose les scell\u00e9s \u00e0 l\u2019imprimerie de <em>La Nouvelle Internationale<\/em>.<\/p>\n<p>A <strong>Lausanne<\/strong>, \u00e0 partir du 10 novembre, sur ordre du Conseil d\u2019Etat, la ville est cern\u00e9e par six escadrons de cavalerie&nbsp;; le syndicaliste Huggler, venu pour participer \u00e0 une assembl\u00e9e de cheminots, est insult\u00e9 et arr\u00eat\u00e9 par la police. La gr\u00e8ve des cheminots est n\u00e9anmoins d\u00e9cid\u00e9e par 177 voix contre 143 et suivie massivement malgr\u00e9 l\u2019emprisonnement de plusieurs gr\u00e9vistes. Le 11 novembre est constitu\u00e9e l\u2019\u00ab&nbsp;Union civique lausannoise&nbsp;\u00bb qui forme des groupes de gardes civiques. D\u00e8s le 12, la poste de Saint-Fran\u00e7ois et la gare sont gard\u00e9es par la troupe. La presse bourgeoise ne peut para\u00eetre normalement et les trams ne circulent que partiellement, gr\u00e2ce \u00e0 quelques \u00ab&nbsp;jaunes&nbsp;\u00bb prot\u00e9g\u00e9s par les soldats.<\/p>\n<p>Le mouvement est suivi \u00e0 <strong>Nyon<\/strong> (surtout dans le b\u00e2timent), <strong>Morges<\/strong> (ouvriers de la SIM) et <strong>Vevey<\/strong> (chemin de fer MOB et Ateliers m\u00e9caniques)&nbsp;; la Feuille d\u2019Avis para\u00eet sans encombre&nbsp;; l\u2019ordre est assur\u00e9 par la compagnie landsturm du bataillon 7.<\/p>\n<p>Depuis <strong>Sion<\/strong>, tout est calme en Valais et on travaille partout&nbsp;; jusqu\u2019aux portes de Lausanne le personnel des gares CFF travaille.<\/p>\n<p>La <strong>Chaux-de-Fonds<\/strong> est compl\u00e8tement paralys\u00e9e et sans lumi\u00e8re&nbsp;; au <strong>Locle<\/strong>, le drapeau rouge flotte sur l\u2019h\u00f4tel de ville.<\/p>\n<p>A <strong>Fribourg<\/strong>, \u00e0 part les cheminots, seuls les ouvriers des ateliers des CFF ont fait gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comme la pluie apr\u00e8s l\u2019orage&nbsp;!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Du Tessin, les bataillons 94 et 95 du 30<sup>e<\/sup> r\u00e9giment n\u2019arrivent \u00e0 Zurich que le jeudi 14 novembre, c\u2019est-\u00e0-dire une fois la gr\u00e8ve termin\u00e9e, les trains ayant \u00e9t\u00e9 aussi bloqu\u00e9s dans la Suisse italienne par la gr\u00e8ve des cheminots d\u2019Airolo, Bodio, Biasca et Bellinzone. Dans le reste du canton et parmi les autres cat\u00e9gories professionnelles, la gr\u00e8ve n\u2019est pas suivie, en partie \u00e0 cause d\u2019une certaine confusion due \u00e0 l\u2019interruption des communications t\u00e9l\u00e9phoniques et t\u00e9l\u00e9graphiques avec Berne (le t\u00e9l\u00e9graphe en particulier \u00e9tant soumis \u00e0 la censure militaire).<\/p>\n<p>Les troupes tessinoises arrivent \u00e0 Zurich juste \u00e0 temps pour \u00eatre pass\u00e9es en revue avec les autres 15.000 soldats lucernois, grisons, saint-gallois et thurgoviens par le g\u00e9n\u00e9ral Wille (13), et pour recevoir les fleurs et les baisers des filles de la bourgeoisie, ainsi qu\u2019une prime de 40 francs.<\/p>\n<p>La collecte nationale pour le \u00ab&nbsp;Don au soldat&nbsp;\u00bb avait rapport\u00e9, dans toute la Suisse, seulement deux millions en un an. En trois jours, la peur a tellement influenc\u00e9 les bien-pensants que la souscription \u00ab&nbsp;f\u00fcr die braven Tessiner und Welschen&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;rapporte dans la seule Zurich presque un million&nbsp;\u00bb, \u00e9crit D. Robbiani&nbsp;; le \u00ab&nbsp;Don national&nbsp;\u00bb finit, il est vrai, par rapporter douze millions \u00ab&nbsp;pour les soldats et leurs familles&nbsp;\u00bb.La ville de Soleure, elle, remet \u00e0 chaque homme du bataillon 6 une gratification de 10 francs et une carte-souvenir&nbsp;; Bienne fait de m\u00eame pour les soldats de la 2<sup>e<\/sup> brigade, en plus des 40.000 francs r\u00e9colt\u00e9s pour les gripp\u00e9s de la 1<sup>re<\/sup> Division. Une carte-souvenir fut aussi remise par le Conseil d\u2019Etat de Berne \u00ab&nbsp;aux soldats d\u00e9fenseurs de la loi et de la Constitution&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Douteuses prises de position<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des d\u00e9clarations officielles transforment en h\u00e9ros les soldats devenus instruments inconscients des privil\u00e8ges de classe, et dont les exc\u00e8s furent naturellement couverts par le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Decoppet. Il faut donc simplement admettre comme une tentative de d\u00e9mystification le refus des d\u00e9put\u00e9s socialistes au Grand Conseil vaudois de se lever pour rendre hommage \u00e0 la troupe.<\/p>\n<p>Le 20 novembre 1918, un remerciement officiel du Quartier G\u00e9n\u00e9ral, sign\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Wille et le chef d\u2019\u00e9tat-major Sprecher, est adress\u00e9 aux officiers, sous-officiers et soldats \u00ab&nbsp;pour l\u2019exactitude avec laquelle ils ont ob\u00e9i \u00e0 l\u2019ordre de mobilisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et accompli ce p\u00e9nible service d\u2019ordre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le clerg\u00e9 s\u2019associe \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et, le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1919, un culte solennel, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par le pasteur Chamorel, a lieu \u00e0 la Cath\u00e9drale de Lausanne devant les drapeaux de la 1<sup>re<\/sup> Division&nbsp;: le 12 novembre du reste, le Synode de l\u2019Eglise nationale vaudoise avait d\u00e9j\u00e0 offert aux autorit\u00e9s \u00ab&nbsp;son appui d\u00e9vou\u00e9 pour toutes les mesures qu\u2019elles prendront pour maintenir l\u2019ordre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Pendant tout l\u2019hiver et jusqu\u2019au printemps, la menace de nouveaux troubles persistant, il fallut maintenir des troupes mobilis\u00e9es. Des troubles eurent effectivement lieu \u00e0 Zurich, en avril et juillet, et \u00e0 B\u00e2le, le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt (l\u2019intervention des troupes de B\u00e2le-Campagne fit 8 morts). Encore le 8 novembre 1919, le bataillon 90 fut d\u00e9plac\u00e9 de Schaffhouse \u00e0 Zurich en renfort du \u00ab&nbsp;bataillon d\u2019occupation&nbsp;\u00bb 18 (Neuch\u00e2tel).<\/p>\n<p>Mis \u00e0 part Saint-Gall, les comit\u00e9s locaux de la Suisse al\u00e9manique n\u2019approuv\u00e8rent pas l\u2019ordre de cessation de la gr\u00e8ve&nbsp;; en Suisse romande, une certaine opposition \u00e0 la reprise du travail se fit sentir \u00e0 Gen\u00e8ve, mais la police, appuy\u00e9e par les gardes civiques, sut comment convaincre les r\u00e9calcitrants. Si l\u2019on reprit le travail pratiquement partout le lundi 18 novembre, apr\u00e8s une opposition momentan\u00e9e, le Comit\u00e9 d\u2019Olten dut subir les reproches de la classe ouvri\u00e8re m\u00e9contente, surtout dans les localit\u00e9s o\u00f9, la gr\u00e8ve ayant \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019on avait cru fermement \u00e0 son succ\u00e8s complet et imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Les accusations de l\u00e2chet\u00e9 ne manqu\u00e8rent pas, de la part surtout des journaux socialistes et syndicalistes de Zurich et Winterthour. Le Deuxi\u00e8me Congr\u00e8s ouvrier suisse, r\u00e9uni \u00e0 Berne les 22 et 23 d\u00e9cembre, confirma la fid\u00e9lit\u00e9 du mouvement ouvrier helv\u00e9tique aux moyens de lutte l\u00e9gaux et parlementaires (la gr\u00e8ve n\u2019\u00e9tant de ce fait qu\u2019un moyen de lutte extraordinaire) et ramena un peu de calme dans les esprits, \u00ab&nbsp;mais durant tout l\u2019hiver les secr\u00e9taires syndicaux durent parcourir les sections du pays pour essayer d\u2019expliquer comment la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e et pourquoi ses r\u00e9sultats se faisaient attendre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Epilogue grotesque<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale eut un \u00e9pilogue grotesque devant le Tribunal militaire de la 3<sup>e<\/sup> division (Berne) o\u00f9, sur plainte du Conseil f\u00e9d\u00e9ral, durent compara\u00eetre, du 12 mars au 4 avril, les 21 membres du Comit\u00e9 d\u2019Olten accus\u00e9s d\u2019incitation \u00e0 la mutinerie. A la fin, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9vident d\u00e9sir de r\u00e9pression de la bourgeoisie \u2013 qui avait cri\u00e9 au complot r\u00e9volutionnaire organis\u00e9 avec l\u2019aide de la L\u00e9gation sovi\u00e9tique de Berne et les millions de la Balabanoff \u2013 seul le d\u00e9lit d\u2019incitation des soldats \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance fut retenu et, lors du jugement du 10 avril 1919, Grimm, Platten (coutumace) et Schneider furent condamn\u00e9s \u00e0 six mois de prison, Nobs \u00e0 un mois, tous les autres membres \u00e9tant acquitt\u00e9s. La demande d\u2019amnistie ayant \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par les Chambres f\u00e9d\u00e9rales en juin, au moment du transfert de Grimm \u00e0 la prison de Blankenburg, le service d\u2019ordre \u00e0 la gare de Berne fut d\u00e9bord\u00e9 et, les manifestants s\u2019\u00e9tant couch\u00e9s sur les rails, le transfert dut s\u2019effectuer en auto.<\/p>\n<p>Toute une s\u00e9rie d\u2019autres plaintes (d\u00e8s le 16 novembre, de nombreuses perquisitions et arrestations de dirigeants syndicaux ou socialistes eurent lieu \u00e0 Zurich et \u00e0 Berne) d\u00e9pos\u00e9es devant diff\u00e9rents tribunaux militaires, surtout contre les dirigeants des cheminots, se termin\u00e8rent par un nombre assez important de condamnations&nbsp;; les frais judiciaires s\u2019\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 120.000 francs, en partie couverts par les 80.000 francs r\u00e9colt\u00e9s lors d\u2019une collecte \u00ab&nbsp;pour les victimes de la r\u00e9pression&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Pour les simples gr\u00e9vistes, apr\u00e8s une semaine d\u2019emprisonnement et quelques mois de suspension des fonctions, les sanctions furent enfin lev\u00e9es par la Direction g\u00e9n\u00e9rale des CFF qui remboursa les salaires perdus. Il n\u2019en fut pas de m\u00eame dans les chemins de fer priv\u00e9s o\u00f9, notamment aux Chemins de fer rh\u00e9tiques, l\u2019on enregistra un certain nombre de r\u00e9vocations d\u00e9finitives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong> Les r\u00e9actions de la presse<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En sp\u00e9culant d\u00e9magogiquement sur les sentiments \u2013 \u00ab&nbsp;beaucoup de jeunes soldats sont morts&nbsp;\u00bb -, l\u2019on avait facilement rendu les gr\u00e9vistes responsables des d\u00e9c\u00e8s survenus dans l\u2019arm\u00e9e \u00e0 cause de la grippe.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tant tout autre puisque, ind\u00e9pendamment du fait que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u00e9vissait dans toute l\u2019Europe depuis plusieurs mois (14), \u00ab&nbsp;en Suisse \u2013 comme l\u2019\u00e9crit A. Maret \u2013 la grippe espagnole avait fait ressortir la mauvaise organisation des services sanitaires de l\u2019arm\u00e9e&nbsp;; le m\u00e9decin en chef de l\u2019arm\u00e9e fut l\u2019objet de vives critiques bien avant la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>En effet l\u2019insoup\u00e7onnable <em>Revue Militaire Suiss<\/em>e \u00e9crivait dans son num\u00e9ro d\u2019ao\u00fbt 1918 que \u00ab&nbsp;le colonel Hauser, m\u00e9decin de l\u2019arm\u00e9e, est soumis, \u00e0 la suite d\u2019une campagne de presse \u00e0 propos de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, \u00e0 une enqu\u00eate&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les affirmations de Valli\u00e8re (\u00ab&nbsp;par un temps froid et humide bien des soldats contract\u00e8rent \u2013 lors du transport des troupes par camions, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019arr\u00eat des trains \u2013 les germes de la grippe qui allait les terrasser&nbsp;\u00bb), il est absolument faux de laisser croire que la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale ait intensifi\u00e9 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Les chiffres sont l\u00e0 pour prouver que, derri\u00e8re les articles mensongers de la presse des partis bourgeois, il y avait le besoin de masquer ce que A. Maret d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;l\u2019incurie inimaginable du service sanitaire de l\u2019arm\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;; au mois de septembre d\u00e9j\u00e0 il y avait 41.600 habitants annonc\u00e9s comme malades, en octobre 283.000, en novembre 160.000 et en d\u00e9cembre 104.000. Pour toute l\u2019ann\u00e9e 1918, la Suisse eut \u00e0 enregistrer 700.000 malades et environ 21.500 morts, dont 3.700 militaires, le plus grand nombre \u00e9tant d\u00e9c\u00e9d\u00e9 bien avant la gr\u00e8ve&nbsp;; au moment de la mobilisation, il y eut 16 morts dans le 17<sup>e<\/sup> bataillon fribourgeois, 30 au 7<sup>e<\/sup> r\u00e9giment, 116 \u00e0 la 1<sup>re<\/sup> Division, 46 au 31<sup>e<\/sup> r\u00e9giment et 50 au 19<sup>e<\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La fable du complot r\u00e9volutionnaire<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un exemple typique de propagande factieuse se trouve dans les \u00ab&nbsp;arguments&nbsp;\u00bb contenus dans la brochure <em>La R\u00e9volution sociale en Suisse&nbsp;?<\/em>, \u00e9dit\u00e9e \u00e0 Brugg par l\u2019Union suisse des paysans.<\/p>\n<p>A ce sujet, le conseiller Naine s\u2019exprima comme suit \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale lors de la s\u00e9ance du 12 novembre&nbsp;: \u00ab&nbsp;La presse de la Suisse romande, <em>La Gazette<\/em> <em>de Lausanne<\/em>, le <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em>, les <em>Feuilles d\u2019Avis<\/em> en particulier, et probablement plus d\u2019un journaliste se trouvant dans cette salle ont jou\u00e9 un r\u00f4le odieux. Ils ont publi\u00e9 des choses qu\u2019ils savaient \u00eatre fausses, disant qu\u2019il y avait un complot pour piller les banques, enlever l\u2019or, prendre d\u2019assaut les b\u00e2timents publics, les livrer au pillage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>La fable du complot r\u00e9volutionnaire \u2013 pour lequel il ne fut jamais avanc\u00e9 l\u2019ombre d\u2019une preuve \u2013 rejoint et compl\u00e8te celle de l\u2019existence d\u2019un \u00ab&nbsp;projet Grimm&nbsp;\u00bb, tendant au d\u00e9clenchement de la guerre civile, qui aurait \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 \u00e0 Berne en mars 1918, et dont seuls auraient \u00e9t\u00e9 au courant les \u00ab&nbsp;hommes de confiance&nbsp;\u00bb du PSS&nbsp;; celui-ci est d\u00e9fini dans le travail grossi\u00e8rement anticommuniste et quelque peu antis\u00e9mite de Valli\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019oligarchie r\u00e9volutionnaire suisse&nbsp;\u00bb. Il fallait bien justifier par une information fausse la mobilisation \u00ab&nbsp;antir\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb. Il est significatif aussi que les <em>Feuilles d\u2019Avis<\/em>, soi-disant neutres, aient enregistr\u00e9 une perte d\u2019abonnements de la part de travailleurs salari\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quand on veut noyer son chien\u2026<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans son ensemble, la presse bourgeoise confondait volontairement dans ses commentaires socialistes, bolch\u00e9vistes et anarchistes. Il faut reconna\u00eetre que les appr\u00e9ciations sur la gr\u00e8ve faites par la presse \u00ab&nbsp;sociale-patriote&nbsp;\u00bb (15) ne diff\u00e9raient gu\u00e8re de celles des autres journaux politiquement de centre-droite (16). La presse socialiste ne pouvait opposer, toujours en Suisse romande, qu\u2019un seul quotidien (<em>La Sentinelle<\/em> de La Chaux-de-Fonds) et deux hebdomadaires&nbsp;: <em>La Nouvelle Internationale<\/em>, \u00e0 Gen\u00e8ve, et <em>Le Droit du Peuple<\/em>, \u00e0 Lausanne. Le mouvement anarchiste quant \u00e0 lui inspirait deux bimensuels&nbsp;: <em>Le R\u00e9veil<\/em>, \u00e0 Gen\u00e8ve, et <em>La Libre F\u00e9d\u00e9ration<\/em>, \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p>Bien que la presse hostile \u00e0 la gr\u00e8ve n\u2019ait pu para\u00eetre, gr\u00e2ce \u00e0 la solidarit\u00e9 des typographes, \u00e0 Gen\u00e8ve, Lausanne, La Chaux-de-Fonds, Bienne, Porrentruy et Del\u00e9mont (sauf <em>Le Journal de Gen\u00e8ve<\/em>&nbsp;; la presse fribourgeoise et valaisanne parut sans peine&nbsp;; \u00e0 Lausanne les journaux \u00ab&nbsp;de l\u2019ordre&nbsp;\u00bb publi\u00e8rent une feuille commune \u00e0 format r\u00e9duit), \u00ab&nbsp;la pr\u00e9dominance \u00e9crasante de la presse bourgeoise peut expliquer en partie le succ\u00e8s relativement limit\u00e9 de la gr\u00e8ve en Suisse romande&nbsp;; c\u2019est uniquement dans les r\u00e9gions o\u00f9 la presse socialiste \u00e9tait bien implant\u00e9e, comme dans les Montagnes neuch\u00e2teloises, que l\u2019ordre de gr\u00e8ve fut particuli\u00e8rement bien suivi&nbsp;\u00bb (B.Antenen).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quelques citations, parmi les plus significatives, nous semblent utiles<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Une heure apr\u00e8s que la d\u00e9cision de la cessation de la gr\u00e8ve fut communiqu\u00e9e aux organisations, une bande de gardes civiques recrut\u00e9s par les bourgeois, suivies de policiers, envahit, \u00e0 Gen\u00e8ve, le local du Gr\u00fctli, si\u00e8ge du comit\u00e9 de gr\u00e8ve, et frappe les ouvriers&nbsp;; tout le comit\u00e9 \u2013 quarante personne au total \u2013 est arr\u00eat\u00e9 et le quartier cern\u00e9 par le bataillon 124, mobilis\u00e9 le m\u00eame jour sur ordre du Conseil d\u2019Etat genevois. La gr\u00e8ve s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e sans le plus petit incident, malgr\u00e9 l\u2019interdiction des meetings ouvriers et les provocateurs arm\u00e9s de cannes plomb\u00e9es et de revolvers qui narguaient les gr\u00e9vistes. Partout on emprisonne des gens qui n\u2019ont agi que dans les limites strictement constitutionnelles&nbsp;\u00bb (<em>Le<\/em> <em>R\u00e9veil anarchiste<\/em> du 13 novembre 1918 dans un article intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Terreur blanche&nbsp;\u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;En Suisse romande, on a profit\u00e9 tr\u00e8s habilement de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par la presse et l\u2019on a pr\u00e9sent\u00e9 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale comme un mouvement foment\u00e9 par les bolscheviki de Russie et soutenu par les Allemands, ce qui, entre parenth\u00e8ses, fut assez roublard. A Zurich, l\u2019<em>Arbeiter Union<\/em> organisa parfaitement la gr\u00e8ve, donnant des ordres tr\u00e8s stricts pour \u00e9viter des exc\u00e8s&nbsp;; les gr\u00e9vistes devaient rester dans les voies l\u00e9gales et \u00e9viter tout ce qui pouvait donner lieu \u00e0 l\u2019intervention de la troupe. Le comit\u00e9 avait m\u00eame interdit compl\u00e8tement l\u2019usage de l\u2019alcool, les caf\u00e9s ne devaient pas en servir aux gr\u00e9vistes et de fr\u00e9quentes patrouilles de v\u00e9los allaient surveiller les \u00e9tablissements publics. Cela donna certainement \u00e0 la gr\u00e8ve une force particuli\u00e8re et impressionnante et la consigne fut si bien observ\u00e9e qu\u2019on ne rencontra aucun homme ayant bu. Le public bourgeois, par contre, fut moins disciplin\u00e9, son maintient fut en g\u00e9n\u00e9ral peu digne&nbsp;; malgr\u00e9 les instruction du commandant militaire qui recommandait de sortir le moins possible, les rues \u00e9taient remplies de spectateurs, m\u00eame de dames en grande toilette&nbsp;\u00bb (<em>La Nation<\/em>, revue suisse hebdomadaire d\u2019informations impartiales et de documentation, Gen\u00e8ve, 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;On mobilisa toutes nos divisions, infanterie, cavalerie, et ces forces furent jet\u00e9es dans les grandes villes, \u00e0 Berne et Zurich particuli\u00e8rement. On les mit au service de la bourgeoisie et c\u2019est dans un palais et au milieu d\u2019une cit\u00e9 bourr\u00e9e de troupes choisies dans les r\u00e9gions les plus r\u00e9actionnaires, les plus chauff\u00e9es \u00e0 blanc contre les ouvriers des villes par la presse du docteur Laur, que les partis bourgeois ont eu le m\u00e2le courage d\u2019affirmer la sup\u00e9riorit\u00e9 de leur nombre\u2026 On annon\u00e7ait de Saint-Imier que le travail avait repris jeudi \u00e0 La Chaux-de-Fonds. On annon\u00e7ait qu\u2019\u00e0 Lausanne tout le monde travaillait. On ne pouvait plus se fier ni \u00e0 un t\u00e9l\u00e9gramme ni \u00e0 une communication t\u00e9l\u00e9phonique. On a recouru \u00e0 tous les moyens pour tromper les ouvriers, pour chercher \u00e0 les diviser, \u00e0 les d\u00e9courager, \u00e0 les d\u00e9semparer\u2026 La presse bourgeoise s\u2019est montr\u00e9e la complice des mitrailleuses gouvernementales. Les camarades D\u00fcby et Woker ont vu leurs t\u00e9l\u00e9grammes saisis et la Direction des CFF et le commandement de l\u2019arm\u00e9e ont envoy\u00e9 des t\u00e9l\u00e9grammes annon\u00e7ant la fin de la gr\u00e8ve alors que cela \u00e9tait faux&nbsp;\u00bb (<em>Le Droit du Peuple<\/em> du 16 novembre 1918, sous la plume de P. Graber).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale ne nous a pas surpris. Elle n\u2019est que l\u2019aboutissement normal de notre politique d\u2019exclusivisme bourgeois \u00e0 l\u2019\u00e9gard des classes ouvri\u00e8res. Arm\u00e9e antid\u00e9mocratique au premier chef, r\u00e9formes sociales renvoy\u00e9es aux calendes grecques bien qu\u2019on les d\u00e9clare parfaitement justifi\u00e9es, accaparement de tous les mandats politiques par les partis bourgeois coalis\u00e9s dans toutes nos consultations \u00e9lectorales, rench\u00e9rissement de la vie qui d\u00e9passe tout ce que l\u2019on peut imaginer, par suite de la mansu\u00e9tude des autorit\u00e9s \u00e9tablies \u00e0 l\u2019\u00e9gard des accapareurs et des barons de toute farine, injures prof\u00e9r\u00e9es contre des fonctionnaires, \u00e0 la face desquels on lance sans rime ni raison les termes de \u2018soviet\u2019 et de \u2018bolch\u00e9viste\u2019\u2026&nbsp;\u00bb (<em>Le Jeune-Radical ind\u00e9pendant<\/em>, hebdomadaire du Parti Jeune-Radical vaudois, Lausanne, 23 novembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;On aurait tort de consid\u00e9rer les \u00e9v\u00e9nements qui viennent de se tenir en Suisse comme une agitation factice provoqu\u00e9e uniquement par quelques meneurs \u00e9trangers. Sans doute, ces p\u00eacheurs en eau trouble ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9testable, mas si leurs sourdes men\u00e9es ont pu jeter un tel trouble dans notre maison, c\u2019est qu\u2019auparavant d\u00e9j\u00e0 elle \u00e9tait d\u00e9sunie. Un m\u00e9contentement profond travaille la classe ouvri\u00e8re m\u00eame chez certains \u00e9l\u00e9ments authentiquement suisses. Il faut \u00e9viter avec soin tout ce qui peut aggraver inutilement la situation. Dans le monde ouvrier lui-m\u00eame, il y a une scission entre les \u00e9l\u00e9ments mod\u00e9r\u00e9s et les maximalistes. L\u2019on doit bien se garder de froisser les socialistes gardant encore un c\u0153ur suisse \u2013 et il y en a plus qu\u2019on ne le croit \u2013 en les traitant de bolcheviks. Cela est injuste d\u2019abord et ensuite maladroit. On risque de les rejeter du c\u00f4t\u00e9 des extr\u00e9mistes&nbsp;\u00bb (<em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em> du 16 novembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Zurich est la patrie des naturalis\u00e9s suspects et des internationaux germanisants&nbsp;\u00bb (<em>Tribune de Lausanne<\/em> du 15 novembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Une folle aventure d\u2019aventuriers interlopes o\u00f9 les hommes du Soviet d\u2019Olten ont voulu entra\u00eener la Suisse&nbsp;\u00bb (<em>Gazette de Lausanne<\/em> du 15 novembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019attitude des cheminots romands est incompr\u00e9hensible. Fonctionnaires pourvus de faveurs que n\u2019ont pas les communs des mortels, d\u2019une caisse de retraite, de cong\u00e9s, de billets de libre circulation ou \u00e0 prix r\u00e9duits pour eux et leurs familles, ils sont des citoyens privil\u00e9gi\u00e9es trahissant leur devoir et leur pays. Dans le vote du personnel de la traction \u00e0 Lausanne, les Suisses allemands ont majoris\u00e9 les Romands&nbsp;\u00bb (<em>Journal d\u2019Yverdon<\/em> du 14 novembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;A Zurich, les \u00e9l\u00e9ments germano-bolchevistes ont ville conquise, favoris\u00e9s par le dogme de l\u2019imitation germanique et par la faiblesse insigne d\u2019un gouvernement inf\u00e9rieur \u00e0 ses fonctions&nbsp;\u00bb (<em>Revue Militaire Suisse<\/em> de novembre 1918).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019ordre a \u00e9t\u00e9 troubl\u00e9 \u00e0 l\u2019instigation de provocateurs \u00e9trangers que nos autorit\u00e9s ont eu le tort de tol\u00e9rer trop longtemps sur notre sol. Les centaines de soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es appartenant \u00e0 toutes les classes de la population et qui auparavant n\u2019avaient aucun lien, aucun int\u00e9r\u00eat commun, se sont rencontr\u00e9es pour d\u00e9fendre le pays menac\u00e9. Montagnards, gymnastes, commer\u00e7ants, \u00e9tudiants et tant d\u2019autres repr\u00e9sentants des milieux les plus divers se sont regroup\u00e9s autour de la banni\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale et se sont organis\u00e9s pour r\u00e9sister au d\u00e9sordre, pour assurer le respect de nos lois. Cette organisation devra subsister dans le m\u00eame but&nbsp;; elle pourra \u00eatre perfectionn\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 assumer la marche des services publics pour le cas o\u00f9 ceux \u00e0 qui ils ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s m\u00e9conna\u00eetraient encore leur devoir&nbsp;\u00bb (<em>Bulletin commercial et industriel suisse<\/em>, Gen\u00e8ve, 15 novembre 1918, sous la plume de A. Georg).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li><strong> Conclusion<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>,<\/p>\n<p>Sur le plan concret, les r\u00e9sultats certains de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale furent&nbsp;:<\/p>\n<ol>\n<li>a) la nouvelle loi \u00e9lectorale qui, apr\u00e8s la discussion au Conseil national du 14 au 18 d\u00e9cembre 1918 et la votation populaire du printemps 1919, introduisit le syst\u00e8me proportionnel, dont l\u2019application, les \u00e9lections ayant \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es d\u2019une ann\u00e9e, s\u2019effectua en automne 1919 d\u00e9j\u00e0 (l\u2019abandon du syst\u00e8me majoritaire valut aux socialistes de passer de 19 \u00e0 43 d\u00e9put\u00e9s au Conseil national)&nbsp;;<\/li>\n<li>b) la loi sur les fabriques de juin 1919 qui pr\u00e9voit la semaine de 48 heures pour les ouvriers et pour le personnel des entreprises publiques de transport, les vacances pay\u00e9es pour les employ\u00e9s CFF et PTT&nbsp;;<\/li>\n<li>c) le net renforcement des organisations syndicales (particuli\u00e8rement la FOMH, la FOBB et la FCTA) qui arrivent \u00e0 fin 1918 \u00e0 un total de 175.000 membres et, chez les cheminots, la fusion en 1920 des cinq organisations en une seule f\u00e9d\u00e9ration (la SEV)&nbsp;; par contre, \u00e0 la suite de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, les syndicats catholiques quitteront la F\u00e9d\u00e9ration ouvri\u00e8re suisse (fond\u00e9e en 1897 et dans laquelle ils gardaient le contact avec l\u2019USS et le Gr\u00fctli), ce qui signifiera sa dissolution en 1920.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les craintes inspir\u00e9es par la Suisse romande<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 au moment de d\u00e9cider de la gr\u00e8ve, la Suisse romande inspirait certaines craintes, car dans cette partie moins industrialis\u00e9e du pays \u2013 o\u00f9 au demeurant l\u2019absence d\u2019une \u00ab&nbsp;question agraire&nbsp;\u00bb bas\u00e9e sur des paysans sans terre ne pouvait qu\u2019accentuer le conservatisme d\u2019une classe paysanne \u00ab&nbsp;propri\u00e9taire&nbsp;\u00bb &#8211; les calomnies contre les ouvriers furent parmi les plus haineuses. Depuis des mois, en effet, la presse bourgeoisie, obnubil\u00e9e par la peur d\u2019une r\u00e9volution sociale, y faisait une campagne r\u00e9voltante contre le mouvement ouvrier. Au nom de la d\u00e9mocratie, tous les moyens, il faut le r\u00e9p\u00e9ter, furent bons pour exciter l\u2019opinion publique contre les travailleurs&nbsp;: on eut m\u00eame recours \u00e0 des documents falsifi\u00e9s. Or, la mobilisation des troupes eut lieu justement en Suisse romande et dans les autres r\u00e9gions socialement plus retard\u00e9es, o\u00f9 la population paysanne, au bord de la haine, croyait fanatiquement que les ouvriers \u00e9taient au service de l\u2019Allemagne et de la Russie.<\/p>\n<p>Devant une troupe toute dispos\u00e9e \u00e0 accepter d\u2019\u00eatre lanc\u00e9e contre les travailleurs des villes, se trouvaient des ouvriers sans armes et sans une v\u00e9ritable \u00e9ducation politique. Dans ces conditions objectives, la prolongation de la gr\u00e8ve n\u2019aurait eu d\u2019autre r\u00e9sultat que la guerre civile, dont l\u2019issue \u00e9tait escompt\u00e9e d\u2019avance. Le Comit\u00e9 d\u2019Olten pouvait-il endosser une telle responsabilit\u00e9&nbsp;? D\u2019autant plus qu\u2019ind\u00e9pendamment de la diff\u00e9rence des forces en pr\u00e9sence, aucun des dirigeants socialo-syndicalistes ne d\u00e9sirait une r\u00e9volution.<\/p>\n<ol>\n<li>Robbiani peut ainsi bien \u00e9crire (p. 70)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mise en marche la machine de la r\u00e9volution, nos chefs eurent peur de sortir de la voie de la d\u00e9mocratie bourgeoise&nbsp;\u00bb, ceci \u00ab&nbsp;faute d\u2019avoir op\u00e9r\u00e9 le choix in\u00e9luctable entre le r\u00e9formisme et la r\u00e9volution qui pouvait les rendre capables de d\u00e9gager des \u00e9v\u00e9nements une ligne de conduite claire&nbsp;\u00bb (B. Antenen, p. 48). Si 1918 a \u00e9t\u00e9 une occasion manqu\u00e9e, c\u2019est seulement dans la mesure o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements, justement \u2013 \u00e9v\u00e9nements spontan\u00e9s \u2013 ont d\u00e9pass\u00e9 les intentions du d\u00e9part.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Et la limite de ces intentions est bien pr\u00e9cis\u00e9e, pour les ann\u00e9es suivantes, par F. Masnata qui \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le PSS n\u2019a pas adopt\u00e9 une attitude fort diff\u00e9rente de celle des autres partis. Conscients de la d\u00e9pendance de leur pays (exportations) et de leur infime importance sur l\u2019\u00e9chiquier de la politique internationale, certains de ses responsables ont m\u00eame toujours pens\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait inutile de vouloir faire une Suisse \u2018socialiste\u2019 si les autres pays europ\u00e9ens ne le devenaient pas aussi&nbsp;\u00bb (p. 251).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019importance de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale dans l\u2019\u00e9volution politique et sociale de la Suisse<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1925, les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales pr\u00e9pos\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9conomie avou\u00e8rent que \u00ab&nbsp;la gr\u00e8ve de 1918 avait jet\u00e9 une lumi\u00e8re crue sur la situation des travailleurs, l\u2019\u00e9tat de sous-alimentation des ouvriers des villes et la r\u00e9tribution insuffisante des salari\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit en d\u00e9finitive pas d\u2019une facile indulgence envers le compromis, mais d\u2019un \u00e9l\u00e9mentaire devoir d\u2019objectivit\u00e9, si nous arrivons \u00e0 la conclusion que \u2013 m\u00eame si \u00ab&nbsp;la r\u00e9volte eut une base essentiellement mat\u00e9rielle&nbsp;\u00bb (W. Gautschi) \u2013 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de novembre 1918 \u00ab&nbsp;fut un mouvement essentiellement politique, quoique exceptionnel&nbsp;\u00bb (<em>L\u2019Union Syndicale Suisse de 1880 \u00e0 1930<\/em>, p. 163).<\/p>\n<p>Un mouvement qui \u2013 contrairement \u00e0 l\u2019affirmation de H. Greulich que \u00ab&nbsp;la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est une fantaisie de jeunesse que seule se paie la classe ouvri\u00e8re mal organis\u00e9e&nbsp;\u00bb (<em>O\u00f9<\/em> <em>voulons-nous aller&nbsp;?<\/em>, p. 40) et pour reprendre les propres termes d\u2019un article de A. Grospierre (<em>Le M\u00e9tallurgiste<\/em>, organe de la FOMH, du 23 novembre 1918) \u2013 a permis au \u00ab&nbsp;prol\u00e9tariat suisse de montrer que la vie \u00e9conomique d\u00e9pendait de sa participation collective, que, sans lui, tout s\u2019arr\u00eatait, \u00e9tablissant ainsi ses droits dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9conomique et politique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Claude Cantini *<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* N\u00e9 \u00e0 Livourne en 1929, Claude Cantini \u00e9migre clandestinement en Suisse en 1954, pour \u00e9chapper au service militaire. Il re\u00e7oit une formation d\u2019infirmier en psychiatrie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Cery, pr\u00e8s de Lausanne, o\u00f9 \u2013 naturalis\u00e9 suisse en 1967 \u2013 il travaillera jusqu\u2019en 1989. Il est bien connu comme militant syndical et pour ses travaux d\u2019historien. L\u2019Association pour l\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire du mouvement ouvrier (AEHMO, dont il est membre) a saisi l\u2019occasion de ses 70 ans pour rassembler enfin nombre d\u2019\u00e9tudes et de chroniques de dimensions variables, publi\u00e9es dans divers journaux, revues ou brochures, ou encore in\u00e9dites.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1) L\u2019ent\u00e9rite des petits enfants avait droit \u00e0 une rubrique dans la statistique de la mortalit\u00e9 et venait au troisi\u00e8me rang des d\u00e9c\u00e8s (4.134 cas en 1911).<\/p>\n<p>2) A Lausanne en 1860&nbsp;; \u00e0 Gen\u00e8ve, contre les ma\u00e7ons, en 1869&nbsp;; au Gothard, contre les travailleurs charg\u00e9 du percement, en 1875 (r\u00e9sultat 4 morts et 12 bless\u00e9s)&nbsp;; \u00e0 Berne en 1893&nbsp;; \u00e0 Gen\u00e8ve, contre les ma\u00e7ons, en 1898&nbsp;; au Simplon en 1901&nbsp;; \u00e0 B\u00e2le et Gen\u00e8ve, contre les ma\u00e7ons, en 1902&nbsp;; \u00e0 La Chaux-de-Fonds, contre les ma\u00e7ons, en 1904&nbsp;; au Ricken, contre les mineurs du tunnel, en 1904&nbsp;; \u00e0 Rorschach, contre les m\u00e9tallurgistes, en 1905&nbsp;; \u00e0 Zurich, contre les m\u00e9tallurgistes, en 1906&nbsp;; \u00e0 St. Moritz, contre les ma\u00e7ons et \u00e0 Vevey, contre les ouvriers chocolatiers, en 1907&nbsp;; \u00e0 Zurich en 1912&nbsp;; \u00e0 Lausanne, contre les typos, en 1916&nbsp;; \u00e0 Chippis, contre les ouvriers de fabrique et les cheminots, en 1917&nbsp;; \u00e0 Aussersihl en 1917 (r\u00e9sultat 4 morts et 28 bless\u00e9s)&nbsp;; \u00e0 Zurich le 1<sup>er<\/sup> mai 1918.<\/p>\n<p>3) Dont les organes de presse sont la <em>Freie Jugend<\/em>, <em>Jugend-Internationale<\/em> et la revue <em>Forderung<\/em>, tous interdits par ordonnance du Conseil f\u00e9d\u00e9ral en mars 1918&nbsp;; la revue socialiste-r\u00e9volutionnaire <em>Der Vorbote<\/em> de Berne ayant cess\u00e9 de para\u00eetre, apr\u00e8s une br\u00e8ve dur\u00e9e, en avril 1916 d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>4) Comprenant des troupes lucernoises et argoviennes, mais aussi b\u00e2loises.<\/p>\n<p>5) Form\u00e9e de troupes en provenance des cantons de Zurich et Schaffhouse.<\/p>\n<p>6) La police avait d\u00e9couvert en f\u00e9vrier dans la Limmat et dans un hangar une vingtaine de bombes rudimentaires qui, comme on le sut plus tard, avaient \u00e9t\u00e9 import\u00e9es d\u2019Allemagne pour \u00eatre envoy\u00e9es en Italie&nbsp;; \u00e0 cette occasion le syndicaliste et r\u00e9dacteur du journal genevois Le R\u00e9veil, Bertoni, fut emprisonn\u00e9, sur la seule base de son id\u00e9ologie anarchiste, et gard\u00e9 au secret pendant six mois \u00e0 la \u00ab&nbsp;Totenhaus&nbsp;\u00bb de Zurich, ce qui n\u2019arrangera pas les choses.<\/p>\n<p>7) Le Comit\u00e9 d\u2019Olten, dans son rapport au Congr\u00e8s de d\u00e9cembre, parlera de \u00ab&nbsp;bavardages ridicules, pr\u00e9somptions frivoles et partiellement m\u00eame de mensonges conscients&nbsp;\u00bb et il est certain qu\u2019une certaine pression fut exerc\u00e9e par ceux, Suisses et \u00e9trangers, qui craignaient pour leurs capitaux.<\/p>\n<p>8) Apr\u00e8s une discussion pendant laquelle l\u2019id\u00e9e d\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale imm\u00e9diate fut repouss\u00e9e.<\/p>\n<p>9) Un argument, entre autres&nbsp;: \u00ab&nbsp;Votre accointance, Messieurs les socialistes, avec les Soviets est une provocation faite au peuple suisse. D\u2019o\u00f9 vient l\u2019argent&nbsp;?&nbsp;\u00bb (conseiller national Maillefer).<\/p>\n<p>10) Au mois de novembre, un grand nombre d\u2019organisations surgirent un peu partout, sous des noms divers \u2013 \u00ab&nbsp;Union helv\u00e9tique&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Union civique&nbsp;\u00bb -, elles avaient un d\u00e9nominateur commun&nbsp;: l\u2019antibolchevisme et ce qu\u2019elles appelaient le \u00ab&nbsp;maintien de l\u2019ordre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>11) R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e de la VSEA du 13 novembre \u00e0 Berne \u2013 500 participants \u2013 lors de laquelle l\u2019on retira la confiance \u00e0 D\u00fcby et Woker, accus\u00e9s d\u2019avoir d\u00e9cid\u00e9 la gr\u00e8ve dans un but politique.<\/p>\n<p>12) Ce qui pourrait faire admettre comme valables les bruits, vite \u00e9touff\u00e9s, qui ont couru sur des troubles enregistr\u00e9s dans le bataillon fribourgeois 17 et dans le r\u00e9gime bernois 16. Le socialiste Ryser intervenant au Conseil national donna en tout cas comme probable cette version publi\u00e9e par la <em>Tagwacht<\/em>, selon laquelle un train militaire qui arrivait \u00e0 Bienne de Del\u00e9mont avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par la foule&nbsp;; les officiers avaient donn\u00e9 l\u2019ordre de descende les mitrailleuses, ordre que les soldats auraient refus\u00e9 \u2013 et une septantaine d\u2019entre eux, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre group\u00e9s sur un pr\u00e9 voisin, auraient entonn\u00e9 <em>L\u2019Internationale<\/em>.<\/p>\n<p>13) Au sujet de ce d\u00e9fil\u00e9, le <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em> du 18 novembre \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;A Zurich, les esprits sont de plus en plus exalt\u00e9s et l\u2019exasp\u00e9ration de la classe ouvri\u00e8re est extr\u00eame. Dans une situation semblable il semblerait n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9viter toute provocation et la grande parade militaire qui vient d\u2019avoir lieu para\u00eet tout au moins inutile&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>14) Dans l\u2019arm\u00e9e suisse, les premiers sympt\u00f4mes de la grippe firent leur apparition fin mai &#8211; d\u00e9but juin.<\/p>\n<p>15) En Suisse romande&nbsp;: l\u2019hebdomadaire <em>Le Socialiste<\/em>, de Gen\u00e8ve, le mensuel <em>La D\u00e9mocratie<\/em>, de Lausanne, et l\u2019hebdomadaire, paraissant aussi \u00e0 Lausanne, <em>Le<\/em> <em>Gr\u00fctli<\/em>.<\/p>\n<p>16) En Suisse romande&nbsp;: quatre quotidiens lib\u00e9raux \u00e0 Gen\u00e8ve, Lausanne, Neuch\u00e2tel et Bienne&nbsp;; cinq quotidiens radicaux \u00e0 Gen\u00e8ve, Lausanne, Neuch\u00e2tel, La Chaux-de-Fonds et Del\u00e9mont&nbsp;; quatre quotidiens conservateurs-catholiques \u00e0 Gen\u00e8ve, Fribourg, Sion et Porrentruy&nbsp;; il faut ajouter une douzaine de quotidiens \u00ab&nbsp;neutres&nbsp;\u00bb&nbsp;: deux \u00e0 Gen\u00e8ve et \u00e0 Lausanne, un \u00e0 Vevey, \u00e0 Yverdon, \u00e0 Sion, \u00e0 Neuch\u00e2tel, au Locle, \u00e0 La Chaux-de-Fonds et \u00e0 Moutier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bibliographie <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Annuaire de la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse, 1918<\/em>. Berne, 1918.<\/p>\n<p><em>Annuaire statistique de la Suisse, 1918<\/em>. Berne, 1919.<\/p>\n<p><em>Bulletin st\u00e9nographique officiel de l\u2019Assembl\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale suisse, 1918<\/em>. Berne, 1919.<\/p>\n<p><em>Der Landesstreik vor Kriegsgericht<\/em>. Berne, 1919<\/p>\n<p><em>Les gr\u00e8ves de novembre 1918 en Suisse<\/em> (Rapport du Comit\u00e9 d\u2019action d\u2019Olten au 2<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s ouvrier suisse des 22 et 23 d\u00e9cembre 1918 \u00e0 Berne). Berne, 1918.<\/p>\n<p><em>L\u2019Union Syndicale Suisse, 1880-1930<\/em>. Berne, 1933.<\/p>\n<p><em>Rapport annuel du Secr\u00e9tariat ouvrier suisse pour les ann\u00e9es 1914, 1915 et 1916<\/em>. Lausanne, 1918.<\/p>\n<p><em>Robert Grimm, Revolution\u00e4r und Staatsmann<\/em>. Zurich, 1958.<\/p>\n<p>Antenen B., <em>La presse romande et la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1918<\/em> (M\u00e9moire de licence pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne le 1<sup>er<\/sup> mai 1961).<\/p>\n<p>Aubert M., <em>Les cons\u00e9quences de la guerre sur l\u2019\u00e9conomie suisse<\/em>. Lausanne, 1915.<\/p>\n<p>Boret G., <em>Chemin faisant. Trente ans de souvenirs<\/em>. Gen\u00e8ve, 1945.<\/p>\n<p>Clerget P., <em>La Suisse au XXe si\u00e8cle. Etude \u00e9conomique et sociale<\/em>. Paris, 1912.<\/p>\n<p>Gautschi W., <em>Das Oltener Aktionskomitee und das Landes-Generalstreik von 1918<\/em>. Affoltern am Albis, 1955.<\/p>\n<p>Greulich H., <em>O\u00f9<\/em> <em>voulons-nous aller ?<\/em>. Berne, 1903.<\/p>\n<p>Grimm R., <em>Geschichte der sozialistischen Ideen in der Schweiz<\/em>. Zurich, 1931.<\/p>\n<p>Guillermet F., <em>Autour de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9ra<\/em>le. Neuch\u00e2tel, 1918.<\/p>\n<p>Hogger R.M., <em>Charles Naine, 1874-1926. <\/em><em>Eine politische Bio<\/em>graphie. Zurich, 1966.<\/p>\n<p>Maret A., <em>Le socialisme \u00e0 Lausanne<\/em> (essai in\u00e9dit).<\/p>\n<p>Masnata F., <em>Le parti socialiste et la tradition d\u00e9mocratique en Su<\/em>isse. Neuch\u00e2tel, 1963.<\/p>\n<p>Naine C., <em>La<\/em> <em>question du logement \u00e0 Lausanne<\/em>. La Chaux-de-Fonds, 1918.<\/p>\n<p>Nobs E., <em>Hermann Greulich, 1842-1925<\/em>. Zurich, 1942.<\/p>\n<p>Perrin P., \u00ab&nbsp;La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de novembre 1918&nbsp;\u00bb dans <em>Revue Syndicale<\/em> <em>Suisse<\/em>, Berne, N\u00b0 11, novembre 1958.<\/p>\n<p>Pianzola M., <em>L\u00e9nine en Suisse<\/em>. Gen\u00e8ve, 1952.<\/p>\n<p><em>Revue Militaire Suisse<\/em>, Lausanne, Nos 7, 8 et 11, juillet, ao\u00fbt et novembre 1918.<\/p>\n<p>Reymond-Sauvain P., <em>Le syndicalisme en Suisse<\/em>. Gen\u00e8ve, 1966.<\/p>\n<p>Reynold G. de, <em>La d\u00e9mocratie et la Suisse<\/em>. Bienne, 1934.<\/p>\n<p>Robbiani D., <em>1918&nbsp;: il resto seguir\u00e0<\/em>. Lugano, 1963.<\/p>\n<p>Ruchti J,, <em>Geschichte der Schweiz w\u00e4hrend des Weltkrieges 1914-1919<\/em>. Berne, 1928.<\/p>\n<p>Sublet P., <em>La situation sociale en Suisse<\/em>. Lausanne, 1914.<\/p>\n<p>Thomann C., <em>Le Mouvement anarchiste dans les Montagnes neuch\u00e2teloises et le Jura bernois<\/em>. La Chaux-de-Fonds, 1947.<\/p>\n<p>U.S.S., <em>Les syndicats en Suisse<\/em>. Berne, 1949.<\/p>\n<p>Valli\u00e8re P. de, <em>Les troubles r\u00e9volutionnaires en Suisse de 1916 \u00e0 1919<\/em>. Lausanne, 1926.<\/p>\n<p>Vuilleumier M., \u00ab&nbsp;James Guillaume&nbsp;: de l\u2019Internationale au syndicalisme r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb dans Domaine Public, No 64, 15 d\u00e9cembre 1966.<\/p>\n<p>Wille U., <em>Compte rendu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale sur le service actif de 1914 \u00e0 1918<\/em>. Neuch\u00e2tel, 1920.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S\u00e9rie d\u2019articles initialement publi\u00e9s in<em>&nbsp;: Les Services publics<\/em>, Nos 36 \u00e0 43, septembre-octobre 1968<\/p>\n<p>R\u00e9\u00e9dit\u00e9 in&nbsp;: Claude Cantini, <em>Pour une histoire sociale et antifasciste&nbsp;: contributions d\u2019un autodidacte<\/em> \/ textes choisis et pr\u00e9sent\u00e9s par Charles Heimberg. Lausanne, Editions d\u2019En Bas &amp; Association pour l\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire du mouvement ouvrier (AEHMO), 1999, pp. 104-140.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La situation \u00e9conomique &nbsp; La premi\u00e8re Loi f\u00e9d\u00e9rale sur les fabriques, celle de 1877, fut r\u00e9vis\u00e9e et remplac\u00e9e par une nouvelle loi, en 1914, qui pr\u00e9voyait une dur\u00e9e de travail hebdomadaire de 59 heures. &nbsp; Dans les entreprises de transports et les fabriques touch\u00e9es par la loi, la journ\u00e9e moyenne oscillait ainsi entre 10 &hellip; <a href=\"https:\/\/solidarites.ch\/ne\/2019\/03\/10\/la-greve-generale-de-1918-dans-son-contexte-economique-et-social-2\/\">Continued<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"tx_journal_display":[],"class_list":["post-260","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","tx_journal_sections-tribune-de-reflexion"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - 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