Pour que la Ville de Lausanne se déclare « Ville-refuge » et s’associe au réseau créé en Europe

Francois_Graf

Le Collectif R a adressé une lettre ouverte à la Municipalité et au Conseil communal de la Ville de Lausanne demandant que celle-ci se déclare «  Ville-refuge  » et rejoigne ainsi le «  réseau de villes refuge  » à l’initiative de cités comme Madrid ou Barcelone. Cet appel, soutenu notamment par l’Union syndicale vaudoise, est repris dans un postulat déposé le 6 octobre 2015 par Pierre-Yves Oppikofer, conseiller communal du groupe La Gauche (POP-solidaritéS) et que nous reproduisons ci-dessous. La discussion préalable devra avoir lieu le 10 novembre prochain. [JL]

 Depuis le début de l’année 2015,

l’Europe vit l’une des crises migratoires les plus conséquentes et les plus graves de son histoire. Loin de s’atténuer – avec désormais plus de 800 000 personnes qui arrivent, fuyant la guerre, la misère et les persécutions, principalement en Afrique du Nord-Est et au Moyen-Orient – cette crise ira croissant de mois en mois (voir la fiche d’information du Secrétariat d’Etat aux migrations SEM du 18 septembre 2015).

Les mesures annoncées par le Conseil fédéral (accueillir 1500 personnes à déduire du contingent de 3000 personnes déjà annoncé) ne sont pas à la hauteur de la crise actuelle. Il devient urgent que les autorités suisses s’engagent pour un accueil digne de réfugié·e·s, par-delà leurs origines et les motifs de leur exil. Rappelons qu’en 1999, dans le cadre de la guerre en ex-­Yougoslavie, la Suisse avait accueilli 20 000 personnes de plus qu’elle ne s’apprête à le faire cette année, sans que cela ne pose de problèmes. Une telle politique d’hospitalité peut et doit être réitérée aujourd’hui.

Pour un accueil digne et respectueux

En effet, les cantons et les villes peuvent agir pour venir en aide aux personnes qui demandent l’asile. En Espagne, depuis maintenant plusieurs mois, à l’instigation des villes de Madrid et de Barcelone, des municipalités se sont associées pour former un « réseau de villes refuge », afin d’aider les centaines de milliers de migrant·e·s qui arrivent actuellement dans l’Union européenne.  La mairie de Barcelone a indiqué avoir rencontré des ONG locales pour organiser l’enregistrement des migrant·e·s arrivant dans la ville et pour les placer dans les nombreuses familles de Barcelone qui ont proposé d’accueillir des réfugié·e·s.

A Lausanne, de nombreuses actions de solidarité ont eu lieu et montrent que les citoyennes et les citoyens sont prêt·e·s à s’engager pour un accueil digne et respectueux des réfugié·e·s qui arrivent en Suisse.

Dans ce contexte, la Ville de Lausanne pourrait tout-à-fait s’associer à ce réseau, en s’engageant, à son niveau et dans le cadre de ses compétences, pour un accueil digne et respectueux des réfugié·e·s qui arrivent en Suisse. En 2010, la Ville de Lausanne anticipait une décision fédérale, en annonçant vouloir offrir à des jeunes sans-papiers des places d’apprentissage. Elle allait ainsi dans le sens d’une politique d’accueil et de formation digne. Aujourd’hui, le défi est d’une toute autre ampleur : il nécessite des décisions politiques à sa hauteur.

Les mesures à prendre

Au vu de qui précède, nous proposons que la Ville de Lausanne prenne les mesures suivantes :

  • déclarer la commune de Lausanne « Ville-refuge » et s’associer au réseau créé en Europe à l’instigation des villes de Barcelone et Madrid ;
  • prendre directement contact avec le Secrétariat d’Etat aux Migrations pour lui faire savoir que Lausanne est prête à accueillir au moins 1500 migrant·e·s qui se pressent aux portes de l’Europe, d’une part en ouvrant de nouvelles places d’hébergement directement sous sa responsabilité, et, d’autre part, en organisant l’accueil de réfugié·e·s chez des habitant·e·s qui se déclarent disposé·e·s à le faire ;
  • prendre toutes les dispositions utiles pour mettre en place l’accueil décent de ces réfugié·e·s (par des hébergements de qualité, un accès et une prise en charge des soins et par l’octroi de cours de langues, notamment), et ce avec un soutien actif des habitant·e·s de la commune ;
  • dégager des ressources financières extraordinaires à cette fin ;
  • déclarer que, au vu de la crise migratoire actuelle et des urgences humanitaires nécessaires, les autorités communales ne prêteront pas leur concours à l’exécution de procédures de renvoi forcé des migrant·e·s ni à aucune mesure de contrainte à leur encontre, sur le territoire de la ville.

 

 

 

Pierre-Yves Oppikofer