Découvrir l’antispécisme par-delà les idées reçues

Dans le débat public comme dans une partie de la gauche, l’antispécisme est souvent critiqué sur des bases fallacieuses. Dans un essai très complet paru en octobre dernier, Victor Duran–Le Peuch propose d’en finir avec les idées fausses qui concernent le mouvement social qui lutte contre le spécisme.

Pancarte "mettons fin au spécisme”
Marche pour la fin du spécisme, Genève, août 2018

Réduit médiatiquement à sa «radicalité» supposée ou rejeté par la gauche parce qu’il serait trop «moral» et pas assez politique, l’antispécisme est souvent décrédibilisé par des attaques sur la forme, passant sous silence le fond du discours que portent celles et ceux qu’il rassemble autour d’une cause: la lutte contre le spécisme. Le livre En finir avec les idées fausses sur l’antispécisme de Victor Duran-Le Peuch constitue une précieuse ressource, étayée et très pédagogique, pour s’informer sérieusement sur la question. 

Les antispécistes déjà convaincu·es apprécieront le caractère synthétique du livre, mais le véritable public-cible de ce dernier est plutôt constitué de celles et ceux qui ont déjà croisé la route de l’anti­spécisme, sans toujours bien comprendre de quoi il en retournait.

Spécisme?

L’introduction définit clairement le spécisme comme une oppression structurelle des animaux non-humains par les humain·es, reposant sur une discrimination fondée sur l’espèce et légitimée par une idéologie qui fait passer pour «naturelle» une telle hiérarchi­sation. 

Sur la base de cette clarification conceptuelle, Victor Duran-Le Peuch montre d’abord que l’infériorisation des animaux autres qu’humains ne repose sur aucun argument solide, mais essentiellement sur des idées fausses. S’il existe assurément des différences objectives entre espèces, rien n’oblige à ériger celles-ci en un système massif et généralisé d’exploitation des animaux non-­humains. 

Partant, l’auteur s’emploie à détricoter les ressorts matériels et idéologiques de l’oppression spéciste tout en développant une robuste défense de l’égalité animale – en montrant que celle-ci n’est pas «dangereuse», ni «absurde», ni «irréalisable». Accorder des droits aux autres animaux ne signifie pas qu’aucune distinction ne sera faite avec les humain·es (et que le droit de vote sera accordé aux poules…), mais consiste d’abord à faire des êtres sentients – c’est-à-dire capables d’expériences subjectives: ressentir de la joie, de la tristesse, etc – de véritables sujets juridiques, en les faisant sortir du statut d’objet que leur impose leur marchandisation spéciste et capitaliste.

Les livres qui s’attaquent aux «idées fausses» peuvent parfois rebuter certain·es lecteur·ices averti·es à cause de leur dimension trop pédagogique. Si l’ouvrage de Victor Duran-Le Peuch remplit parfaitement cette fonction introductive, il ne s’y limite absolument pas: au contraire, de riches développements sont proposés sur de nombreux sujets, comme sur le rapport entre antispécisme et écologisme, le premier étant souvent amalgamé – à tort – avec le second.

Antoine Dubiau

Victor Duran-Le Peuch est l’animateur de Comme un poisson dans l’eau, un excellent podcast sur ces questions