Valeur locative
Non à un nouvel hold-up propriétaire!
Malgré son titre fallacieux «Impôt immobilier sur les résidences secondaires», le cœur du vote du 28 septembre 2025 porte sur l’imposition de la valeur locative et sur la non-déductibilité de l’amélioration énergétique des immeubles. solidaritéS s’oppose à cette contre-réforme aux côtés de l’ASLOCA et d‘e la gauche gouvernementale et d’une coalition politique assez large.

Le milieu bancaire suisse est à l’origine de l’incitation à «s’endetter pour habiter» par la soustraction au revenu imposable des intérêts de la dette immobilière. Ce système, exceptionnel en Europe, a pour conséquence un taux d’endettement privé dangereusement élevé, mais offre aux banques un cash flow très régulier et sûr ; l’abolir serait «trop radical» selon le Conseil fédéral.
Les dissensions du bloc bourgeois et quelques victoires en votes populaires ont différé pendant 30 ans l’adoption d’une réforme qui affronte le problème tout en servant l’Eigentumspolitik du bloc bourgeois qui voudrait faire de chacun·e de «bons petits propriétaires».
Depuis l’introduction des impôts directs en 1915, face aux déductions de la dette et de ses intérêts dont bénéficient les propriétaires, le fisc rétablissait un peu l’inégalité entre propriétaires et locataires – qui ne bénéficient d’aucune déduction – par l’imposition de la valeur locative du logement propre.
Aujourd’hui, la droite veut supprimer l’imposition sur la valeur locative, mais en continuant de permettre les déductions pour les propriétaires. Les pertes sèches estimées pour les collectivités publiques: 1,7 milliards (si le Département des finances ne s’est pas encore trompé…). Absurde, alors que les propriétaires sont déjà favorisés en consacrant une moindre part de leurs revenus au logement que les locataires.
Abandonner la proie pour l’ombre
Le parlement a toutefois considéré que de pareilles pertes exigeaient une contre-mesure: autoriser les cantons à percevoir une nouvelle taxe sur les résidences secondaires. Cette (bonne) mesure est d’abord problématique parce qu’elle est facultative. Elle l’est plus encore parce qu’elle affaiblit encore la solidarité intercantonale en prenant aux cantons qui perdent du volume fiscal et fournissent la plupart des services publics, pour donner aux cantons alpins, déjà âpres à la dépense publique et dont certains sont de paradis fiscaux.
Au passage, si la suppression de la déductibilité des travaux d’assainissement énergétique fâche les milieux de la construction et de la conservation du patrimoine, elle doit atterrer chaque militant·e écologiste.
Promotion antisociale et écocidaire de la propriété
Favoriser plus encore les propriétaires n’est pas une bonne politique, car elle fait augmenter les prix, qui font augmenter les loyers. Au prochain choc immobilier, les taux d’intérêts hypothécaires augmenteront. Mais les déductions, maintenues mais désormais plafonnées, n’amortiront pas les hausses: Les propriétaires précaires, principalement des retraité·exs, verront leurs charges bancaires et fiscales augmenter, pour aboutir à des ventes forcées et des expulsions. Et pendant ce temps, les loyers augmenteront toujours.
Dimitri Paratte