États-Unis

Les États-Unis contre le reste du monde

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l’impérialisme étasunien est en train de changer de forme. L’agressivité extérieure que représente le retour à un monde multipolaire est aussi le miroir d’une conflictualité intérieure croissante.

Rassemblement contre l’agression impérialiste contre le Venezuela, Genève, 3 janvier 2026
Rassemblement contre l’agression impérialiste contre le Venezuela, Genève, 3 janvier 2026

Voyant son hégémonie sur l’ordre mondial contestée par la Chine, l’empire étasunien se prépare à l’affrontement – déjà économique, désormais géostratégique et indirectement militaire – avec la République populaire. Mené au nom des «intérêts américains» (ceux du capital bien sûr!), ce repositionnement impérial agressif transforme durablement la géopolitique mondiale.

La croissance du pouvoir impérial chinois inquiète tout particulièrement les États-Unis, dont l’ensemble de la politique extérieure est désormais régi par le bras de fer contre l’expansion de la Chine. 

Le délitement de l’hégémonie étasunienne a suscité une réaction nationaliste de Washington, qui a clairement rompu avec toute forme de multilatéralisme: le pays s’est désengagé, tant sur le plan diplomatique que financier, des principales organisations internationales de coopération économique, culturelle et scientifique (OMC, UNESCO, GIEC, OMS, etc.). 

Le message est clair: la puissance étasunienne ne repose plus sur la recherche d’un semblant d’entente internationale, même en sa faveur comme ce fut le cas tout au long de sa phase multilatérale, mais sur sa seule force économique et militaire. 

Début janvier, Donald Trump annonçait d’ailleurs une hausse budgétaire de 50% pour l’armée d’ici 2027, visant les 1500 milliards de dollars.

L’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier dernier, illustre cette nouvelle doctrine où le recours à la force militaire ne s’embarrasse plus du tout du droit international. Les pressions exercées contre le Mexique, le Canada ou surtout le Groenland, confirmées lors du discours au dernier WEF de Davos indiquent l’étape suivante du repositionnement impérial étasunien: constituer un «silo impérial» sur l’ensemble du continent américain. 

L’objectif n’est plus d’étendre le marché, mais de verrouiller à la fois l’aspiration des ressources et les voies commerciales par la constitution de monopoles (tech, pharma, énergies, commerce maritime) sécurisés par une présence armée accrue. 

Ce nouvel impérialisme inaugure un monde multipolaire militarisé, qui n’est pas officiellement en guerre mais duquel la recherche de «la paix» libérale a disparu.

Cette agressivité extérieure des États-Unis est aussi le miroir d’une conflictualité intérieure croissante. Les classes moyennes et populaires sont toujours plus précarisées sous la pression de l’inflation et de la stagnation des salaires. L’ICE poursuit des rafles racistes d’immigré·es, en n’hésitant pas à tuer celles et ceux qui s’interposent – transformant progressivement ce qui était une police de l’immigration en une force armée intérieure surpuissante, dotée de moyens colossaux et d’une autonomie croissante qui menace encore plus l’état de droit. 

Face à cette dérive, l’amorce de nouveaux mouvements contestataires et l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York incarnent le début d’un espoir d’une opposition frontale à l’administration Trump.

Dans ce contexte toujours plus conflictuel, l’agressif tournant impérial sur le plan extérieur sert alors de déversoir pour les contradictions de la société: la consolidation de la place dominante des États-Unis dans l’ordre international permettrait d’en faire retomber une partie des fruits (emplois industriels, domination économique limitant l’inflation et les déficits commerciaux, etc) sur la base sociale du camp trumpiste, sans mener pour autant de politique fiscale hostile au capital. 

Pour faire bloc sur le plan extérieur, le pouvoir fédéral tente ainsi de canaliser vers l’extérieur une colère sociale qu’il ne cesse pourtant d’alimenter.

Antoine Dubiau