solidaritéS dénonce les violentes attaques à Alep contre deux quartiers à majorité kurde

Communiqué de presse de solidaritéS – Vendredi 9 janvier

Depuis le mardi 6 janvier, des nouvelles attaques par les forces armées du gouvernement syrien ont lieu contre deux quartiers à majorité kurde de la ville d’Alep, Cheikh Maqsoud et Achrafieh. Ces quartiers sont encore partiellement sous le contrôle des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), qui sont affiliées à l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), elle-même dominée par l’organisation politique kurde du Parti de l’Union Démocratique (PYD).  

solidaritéS condamne ces attaques, qui touchent des zones urbaines très densément peuplées et surtout des populations civiles, et qui ont déjà fait plus d’une dizaine de mort-e-x-s, plusieurs centaines de blessé-e-x-s et plus de 100’000 déplacé-e-x-s. Les forces armées du gouvernement syrien continuent de bombarder et d’encercler Cheikh Maqsoud et Achrafieh.

Ces combats surviennent après l’expiration du délai fixé au 31 décembre 2025 par l’accord du 10 mars 2025, conclu sous l’égide de Washington entre le président intérimaire syrien, Ahmed al-Shareh, et le chef des FDS, Mazloum Abdi. Cet accord prévoyait l’intégration des FDS, civiles et militaires, au sein de l’État central. Depuis, l’impasse politique persiste. 

L’objectif des autorités de Damas dans l’opération en cours à Alep est d’infliger une défaite cuisante aux forces affiliées aux FDS présentes sur place, et de faire pression sur les forces kurdes pour qu’elles se retirent complètement de la ville et acceptent de faire des concessions dans les négociations d’intégration.  

Depuis le renversement de l’ancien régime dictatorial syrien des Assad, la transition politique a été l’occasion pour les nouvelles autorités au pouvoir, dominées par le groupe extrémiste Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), de consolider leur emprise sur les institutions politiques, sécuritaires et économiques du pays, en s’appuyant notamment sur le soutien des puissances régionales et impérialistes internationales. Au cours de l’année 2025, de graves violations des droits humains ont été commises sous leur responsabilité, notamment les massacres de la côte et de Sweida, respectivement contre des populations civiles issues de minorités religieuses du pays, les alaouites et druzes. De plus, en appliquant des mesures néolibérales et d’austérité, les dirigeants ont contribué à maintenir un niveau élevé de pauvreté dans tout le pays. Plus généralement, les autorités au pouvoir ont pris des mesures pour renforcer leur contrôle sur la société, notamment en tentant de réduire les droits démocratiques.

De son côté, la Turquie du président autoritaire Erdogan, grand soutien des nouvelles autorités syriennes, a annoncé être prête à « soutenir » l’armée syrienne dans son offensive à Alep, affirmant qu’Ankara fournirait « l’aide nécessaire » à Damas si celui-ci en faisait la demande. Ankara fait pression pour que les FDS se dissolvent et intègrent l’armée syrienne, les considérant comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé comme organisation terroriste en Turquie. Suite à la chute du régime d’Assad, la Turquie est devenue à bien des égards l’un des acteurs régionaux les plus importants en Syrie, particulièrement dans le nord du pays. En soutenant les autorités syriennes dominées par HTS, Ankara a consolidé son influence sur le pays. Outre de pousser, parfois par la force, au retour des réfugiés syriens et la perspective de tirer profit des opportunités économiques offertes par la reconstruction, l’objectif principal de la Turquie est de nier les aspirations kurdes à l’autonomie, perçues comme des menaces sécuritaires, et, plus précisément, de mettre fin à l’AANES.

solidaritéS condamne fermement les attaques contre les populations kurdes en Syrie et réitère son soutien à l’autodétermination du peuple kurde en Syrie et ailleurs. Nous apportons également notre soutien aux mouvements progressistes et démocratiques en Syrie dans leurs luttes contre les politiques autoritaires des autorités syriennes, dominées par HTS et attisant les tensions confessionnelles et ethniques dans le pays.   

De même, la Syrie ne doit pas être le terrain de jeu des impérialismes et des sous-impérialismes régionaux. La Syrie doit se débarrasser des occupations et ingérences étrangères des pays régionaux, qu’il s’agisse de l’Etat génocidaire et colonial israélien, de l’Etat turc ou des monarchies du Golfe, ou encore de toutes les autres puissances impérialistes, comme les Etats-Unis ou la Russie. C’est aux classes populaires de Syrie dans toute leur diversité de construire leur avenir de manière démocratique.

Seul un projet politique démocratique, social et inclusif permettra de combattre les impérialismes et de créer une Syrie fondée sur la justice et l’égalité des droits pour toutes et tous. 

Vive l’autodétermination des classes populaires régionales contre toutes les forces autoritaires et tous les impérialismes !

solidaritéS, le 9 janvier 2026