Courte pause ou arrêt définitif de la destruction du Mormont?
Cinq ans après l’occupation par les Zadistes de la colline du Mormont, les vaudois·es ayant le droit de vote se prononceront sur son avenir le 28 septembre en votant sur l’initiative «Sauvons le Mormont» et sur le contre-projet direct du Conseil d’État, soutenu par Holcim.

La Zad (zone à défendre) du Mormont a rappelé au canton de Vaud l’importance historique, géologique et biologique de ce lieu et prouvé, une fois encore, que la désobéissance civile est un outil politique puissant permettant notamment d’imposer la mise à l’agenda politique de thématiques importantes. Elle a fait de cette colline, oubliée par le monde politique institutionnel, un sujet inévitable, au point de forcer la gauche de compromis à participer au lancement de l’initiative «Sauvons le Mormont».
L’initiative vise deux objectifs: une protection réelle et durable du Mormont tout en rendant à la population vaudoise le pouvoir de décider de son avenir et de repenser les techniques de construction en encourageant les alternatives au béton, une industrie émettant énormément de CO₂.
Un contre-projet insuffisant
Le contre-projet à l’initiative, élaboré par le Conseil d’État, échoue complètement à répondre sur ces deux enjeux. La sauvegarde de la colline serait ainsi inscrite dans une loi plutôt que dans la Constitution vaudoise. Rappelons qu’une modification de la Constitution contraint le Grand Conseil, alors qu’une une loi cantonale peut être modifiée à sa guise par le Parlement, sous l’influence des lobbys.
L’argument des milieux économiques et du Conseil d’État reprochant à l’initiative de mettre en danger des emplois dans le canton et de nuire aux circuits courts ne peut faire que sourire quand on se rappelle qu’il s’agit du même Conseil d’État qui a laissé Vetropack fermer provoquant le licenciement de tous ses employé·es et l’envoi du verre hors de Suisse pour son recyclage. Tout ceci alors que la filière aurait pu être étatisée.
Plutôt que de parler d’alternatives au béton, le contre-projet se défend d’encourager l’économie circulaire en s’appuyant sur le projet, encore utopique, d’un recyclage du béton à basse émissions de CO₂. La nécessité du soutien explicite aux alternatives au béton vient de son attrait financier énorme provoqué par le monopole de ce matériau, rendant son prix imbattable. Le libre marché a créé cette situation catastrophique en termes de durabilité, qui justifie, par son existence, une intervention politique pour réorienter nos techniques de construction vers des solutions durables.
La capitulation du PS et des Vert·es
Le choix du PS Vaud de favoriser le contre-projet par rapport à l’initiative est regrettable. La position encore plus ambigüe des Vert·es vaudois·es de ne pas recommander le oui à l’initiative est révoltante. Si ancrer l’économie circulaire dans la Constitution vaudoise est important au point de rejeter le texte sur lequel ils et elles ont travaillé, alors pourquoi ne pas avoir directement lancé une initiative sur ce sujet?
Nous ne pensons pas que l’inscription de ce principe dans la Constitution puisse suffire à elle seule à orienter le développement du secteur de la construction vers des solutions à la hauteur des enjeux.
La crise climatique et la gravité de ses conséquences, en particulier pour les personnes les plus précaires, en Suisse et, surtout, dans le reste du monde, nous obligent à choisir le texte ayant le plus de chance de réduire les émissions de CO₂ de l’industrie vaudoise. C’est pour cette raison que solidaritéS Vaud défend l’initiative par rapport contre-projet. Concrètement, cela signifie accepter les deux objets en donnant la priorité à l’initiative.
Clara Brambilla