Test de Nage forcée

Expérimentation cruelle et inutile

La Ligue suisse contre l’expérimentation animale et pour les droits des animaux vient de lancer une campagne qui vise l’interdiction, dans les Hautes écoles suisses, du test de nage forcée. Celui-ci consiste à placer des rongeurs dans un bocal rempli d’eau afin de simuler une noyade et évaluer l’état «dépressif» des animaux, pour, finalement, en tirer des conclusions douteuses sur la dépression humaine. Entretien avec Joseph Jaccaz de la Ligue.  

Un rat subissant le test de nage forcée
Dans le test de nage forcée, les rats paniquent et nagent jusqu’à l’épuisement.

Après 10 ans de militantisme en Suisse et en France, j’ai été élu au comité de la LSCV en mai 2025. 

L’association a été créée en 1883. Elle s’attaque aux violences que notre société fait subir aux animaux, et spécifiquement à ceux qui sont exploités et tués dans les laboratoires pour la recherche scientifique. 

La pétition demande l’interdiction du test de nage forcée dans les Hautes écoles suisses. Ce test consiste à plonger un rongeur dans un bocal cylindrique rempli d’eau, sans issue, aux parois totalement lisses. Pendant plusieurs minutes, il nage frénétiquement, paniqué, s’épuise, puis s’immobilise, en gardant le peu d’énergie restant pour maintenir sa tête hors de l’eau. L’expérimentateur sort alors l’individu du contenant. L’expérience est terminée. Le rat (ou la souris) sera euthanasié plus tard. 

L’objectif du test est d’observer le comportement de l’animal et tenter de développer des traitements contre la dépression. Aussi appelé test de Porsolt, il est utilisé dans la recherche liée au cerveau et mesure la persévérance ou le désespoir du rongeur face à une noyade certaine, afin d’évaluer son état mental. 

Non sans rappeler certaines méthodes de torture bien établies reposant sur des simulations de noyade (waterboarding), ce test est classé comme degré de gravité 3, le plus haut degré possible de contrainte et de stress pour les animaux, selon la classification suisse. Selon la chercheure en neurosciences et activiste pour les droits animaux, Emily Trunnell, un test aussi peu prédictif et aussi pénible pour les animaux peut et doit être immédiatement abandonné. Selon elle, la découverte moderne d’anti­dépresseurs ne repose pas sur le TNF, et ce test n’a jamais permis de prédire le succès clinique. Il n’apporte absolument rien. 

Abandonner complètement l’utilisation d’animaux dans la recherche sur la dépression et adopter des données humaines et des outils basés sur la biologie humaine permettrait au contraire d’améliorer le développement de traitements efficaces. 

Actuellement, le test est mené dans les universités de Lausanne et Zurich et à l’EPFL. Cela ne signifie pas qu’il ne sera pas utilisé à l’avenir dans d’autres universités. Celle de Fribourg ou l’ETH, par exemple, y avaient encore recours récemment. Ces expériences, payées par nos impôts, constituent un véritable gaspillage d’argent public. Nous avons récemment publié, sur notre site, un état des lieux de la situation en Suisse.

Le Fonds national suisse est comme une boîte noire: de l’argent public y rentre, mais il est difficile de voir ce qui en sort. Les “3 R” (réduire, raffiner et remplacer les expériences) sont sans cesse mis en avant comme LA solution, mais depuis 30 ans, le nombre d’animaux utilisés dans les laboratoires suisses ne diminue pas, il fluctue autour de 600000. Et les financements pour les méthodes de remplacement sont dérisoires, comparé aux sommes allouées à la recherche ayant recours aux animaux. Nous souhaitons voir évoluer les sciences au service de tous les animaux sentients, c’est-à-dire des individus capables de ressentir des choses agréables ou désagréables.

Nous souhaitons occuper l’espace public pour visibiliser davantage le sort réservé aux autres animaux sentients, en faire une question de justice fondamentale. 

En 2023, environ 2000 individus auraient été utilisés en Suisse dans le cadre du test de nage forcée. Les scientifiques elleux-­mêmes admettent que cette expérience est controversée. Sa validité scientifique est remise en question depuis des décennies. Faire interdire ce test est un objectif atteignable. 

Le spécisme y est pour beaucoup. Cette discrimination envers les animaux non-humains est largement ancrée dans notre société. Historiquement, la gauche a privilégié la lutte contre les oppressions envers des groupes humains, telles que le racisme ou le sexisme, créant une tension entre la défense des humains et celle des autres animaux. 

La cause animale est souvent reléguée au second plan, car certain·exs considèrent qu’il est moins urgent d’accorder davantage de droits fondamentaux aux autres animaux que de lutter pour les êtres humains. Pourtant, selon nous, il est tout à fait possible de faire front contre toutes les discriminations. La gauche peut donc rester fidèle à son héritage humaniste tout en intégrant l’évolution des préoccupations éthiques et écologiques à ses combats. 

Propos recueillis par Donna Golaz

Pétition à signer ici ↗︎