Minorités unies contre le superprofit
«La différence entre eux et nous, c’est qu’ils croient que le pouvoir est dans leurs coffres, leurs bulletins de votes, leurs bureaux. Moi, je sais qu’il est dans les mains de ceux qui n’ont plus rien à perdre. »
Dans son premier roman, Karine Guignard, alias La Gale, nous emmène dans le quotidien de Raïzo, une habituée de la débrouille ayant établi domicile sous les combles d’un immeuble désaffecté de Lausanne. Pour survivre, elle s’est lancée dans le trafic de cannabis et orchestre ses livraisons via les dead drops, ces cachettes disséminées dans la ville permettant le partage de données hors ligne. Mais, quand une organisation anonyme la menace de la dénoncer aux autorités si elle n’exécute pas ses consignes, son quotidien bascule…
Un jeu de piste effréné à travers Lausanne, entre hacking et opérations d’infiltration, amènera Raïzo et ses amis dans une mission de sabotage au Beau-Rivage, un hôtel de luxe au bord du Léman où se réunissent les actionnaires des multinationales pour le Sommet des matières premières.
Avec justesse, l’autrice met en lumière les populations marginalisées et les réseaux d’entraide des communautés afrodescendantes pour lutter contre les violences policières. Elle mentionne également le projet eugéniste de Pro Juventute des «Enfants de la grand-route» qui visait à arracher des enfants yéniches à leurs familles dans le but de les assimiler.
En reprenant les codes du polar, La Gale dénonce l’ultralibéralisme suisse en exposant les rouages d’un système où les multinationales privilégient le profit au détriment de l’humain et de l’environnement.
Iuna Allioux