Une candi­da­ture contre l’austérité

Agathe Raboud Sidorenko représente la coalition Ensemble à Gauche Vaud pour l’élection complémentaire au Conseil d’État du Canton de Vaud le 8 mars prochain. Elle porte une voix de rupture face à un gouvernement qui saccage nos services publics. La candidate indépendante de la gauche combative fait face au ponte socialiste Roger Nordmann et au candidat austéritaire de l’UDC Jean-François Thuillard. Entretien. 

Agathe Raboud Sidorenko en campagne électorale
Agathe Raboud Sidorenko en campagne, Lausanne, 31 janvier 2026
Marco Lopez

Dans le contexte des fortes mobilisations de la fin 2025, il était important pour Ensemble à Gauche Vaud de présenter une candidature de terrain, en contact avec les préoccupations de la population. Cette élection est aussi l’occasion de présenter un nouveau visage d’une gauche radicale et multiple. 

En tant que mère de deux enfants, je suis consciente des impacts qu’ont les coupes budgétaires sur une grande partie de la population, que ce soit l’accueil de l’enfance, la formation, la santé, et tous les services publics essentiels.

Ce sont deux politiciens qui sont dans des instances politiques depuis de longues années. Sans nier leurs différences, ils ont tout de même les deux participé au maintien du statu quo. Les deux candidats mènent une campagne basée sur des notions d’apaisement et de dialogue, en pensant rassurer la population, alors qu’une partie croissante de celle-ci est inquiète de chaque fin de mois. Une angoisse que les coupes dans les services publics ne vont qu’accentuer. Ce «dialogue», c’est par exemple le compromis entre Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard, qui ont soutenu ensemble la troisième réforme vaudoise de la fiscalité des entreprises (RIE 3) en 2016 qui a participé à la situation d’aujourd’hui. 

Ma candidature permet au contraire d’esquisser un changement de cap. Je ne suis pas ici pour rétablir la bonne ambiance et trier des noix. Cette élection complémentaire doit être l’occasion de rebattre les cartes, de remettre les besoins fondamentaux de la population au centre de la discussion.

En priorité, je défends la revalorisation des secteurs de la santé publique et parapublique et du social, avec une augmentation des salaires et surtout une amélioration des conditions de travail. Ce sont des secteurs déjà sous-dotés de manière chronique et on leur impose des coupes scandaleuses, alors que le personnel est sous l’eau. 

Bien que le Conseil d’État ait retiré la baisse de 0,7% sur les salaires dans le budget, pour faire passer ses 24 millions de coupes au CHUV, il impose des mesures comme les délais de carence. Dans des secteurs déjà tendus, cela pousse les gens au burnout, ce qui engendre des coûts indirects considérables. Je pense qu’il faut au contraire réduire la semaine de travail à 35 heures, sans perte salariale.

Pour financer les besoins, il est plus qu’urgent d’arrêter les cadeaux fiscaux et d’imposer des mesures qui ne profitent qu’à une infime partie d’ultra-riches. La population appelle à mettre fin aux coupes et au programme d’austérité. Alors que les 10 plus grandes fortunes de la Suisse ont augmenté leur fortune de 8 milliards l’année dernière, certain·es élu·es vert·es et socialistes ne sont même pas sorti·es contester les coupes lors des mobilisations contre l’austérité. À quoi bon une gauche qui sacrifie ses convictions au nom de la collégialité?

Il faut en finir avec la politique des caisses vides! Par exemple, réaliser 500 millions de recettes supplémentaires par an avec l’augmentation de l’impôt sur les bénéfices des multinationales, la suppression de l’abattement sur les dividendes des grands actionnaires, une réévaluation de la valeur fiscale des immeubles et un renforcement de l’inspection fiscale. 

À ce titre, le refus par la majorité de droite de créer un Commission d’enquête parlementaire sur les magouilles hallucinantes autour du bouclier fiscal est parlant! Le canton doit aussi assumer d’emprunter pour investir réellement pour l’avenir.

Plusieurs choses. D’une part, je soutiens la revalorisation des secteurs à majorité féminisés, comme la santé et le social. Il faut aussi lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans le canton, en sachant qu’en 2025 la Suisse a souffert 29 féminicides. On assiste aussi à une recrudescence inquiétante du masculinisme, qu’il faut combattre notamment par l’éducation. 

Le salaire minimum est aussi une revendication importante, car cette mesure bénéficie surtout aux femmes, qui sont majoritaires dans les professions les moins rémunérées. Il faudrait renforcer les contrôles du travail et sur la Loi sur l’égalité. 

Propos recueillis par Ph.K