Dans les bacs

Dans les bacs

La chaleur du Brésil

Originaire de São Paulo, Cibelle, ancienne comédienne et mannequin, vient de sortir son premier album éponyme, sur lequel elle oscille avec une impressionnante légèrté entre le jazz et le bossa nova, dans une douce et chaleureuse atmosphère électro. Cibelle Cavalli s’était fait connaître sur l’extraordinaire Sao Paulo Confessions de Suba, décédé accidentellement en 1999, auquel elle dédie aujourd’hui son premier album, co-produit par le légendaire Apollo 9 et des membres de Morcheeba.

La voix sensuelle et sucrée de la jeune chanteuse de 25 ans, figure montante de la nouvelle scène électronique brésilienne, est comme une effluve suave qui vogue sur des sonorités d’une troublante volupté. Un régal pour de doux moments de paresse et de rêve.

Cibelle, Cibelle, Ziriguiboom / Crammed Discs.

Frissons scandinaves

Ice to Silver est le premier album d’une étonnante Danoise de 24 ans vivant à Paris. Louise Alenius, alias Lillë (qui signifie «petite» dans sa langue maternelle), y laisse s’épanouir une voix de cristal sur des sonorités trip-hop et électro qui démontrent, à qui en douterait encore, que la Scandinavie regorge de talentueux artistes. Adepte de jazz, puis de pop et de hip-hop, Lillë, que l’on compare souvent à l’Islandaise Björk, se réfère, elle, plutôt à la Suédoise Stina Nordenstam, artiste hors-norme de la scène électro développant un univers musical et minimaliste, pas toujours très accessible, mais extraordinairement inspiré. La musique de Lillë, plus fraîche et mélodique que celle de sa consoeur suédoise est un bon moyen de s’initier à cet univers musical, parfois un peu hermétique.

Lillë, Ice to Silver, Bloom Records.

Natalia M King, incontournable

Originaire de Brooklyn à New York, Natalia M King, 35 ans, s’est fait connaître en jouant dans la rue à Paris. Son premier album Milagro, sorti en 2001, a connu un franc succès, notamment grâce à sa chanson «Angel». Un peu plus soul et un peu moins folk, mais toujours aussi rock que Milagro, son second album Furyandsound illustre particulièrement bien l’anticonformisme de Natalia M King, qui continue à manier avec audace et douceur la guitare sèche. Energique, innovateur, ensorcelant, ce disque est un incontournable, ne serait-ce que pour la voix de l’artiste afro-américaine, puissante et entière, avec ce côté incantatoire des plus grandes voix du blues.

Natalia M King, Furyandsound, Universal.

Douceurs folk

Adolescente, Leslie Feist a débuté dans un trio de Punk-Rock à Calgary, qui l’a menée à pouvoir jouer en première partie des Ramones, groupe emblématique du genre. Mais à trop hurler dans son micro, Leslie Feist est devenue complètement aphone, ce qui l’a obligée à évoluer et à opter pour un style musical moins agressif envers sa voix. C’est ainsi qu’elle se tourne vers un folk agréable et planant.

Mélodiste inspirée, la canadienne de 27 ans est également une parolière particulièrement douée et son deuxième album qui vient de sortir, Let It Die, s’apparente a une série de fables chantées sur une musique sophistiquée et apaisante. La voix de Feist semble avoir gagné des turpitudes de sa période Punk. A la fois noire et douce, profonde et incandescente, elle produit une atmosphère fraîche et transparente.

Feist, Let It Die, Universal.

Les archives d’Alan Lomax

Jusqu’à peu, les enregistrements de l’éthno-musicologue états-unien Alan Lomax, décédé le 19 juillet 2002 (voir solidaritéS n° 14), n’étaient accessibles qu’au hasard de la découverte de vieux vinyles du label Folkways / Smithsonains, particulièrement rares de ce côté-ci de l’Atlantique. Pourtant, les enregistrement de Lomax, qui a découvert Muddy Waters dans une plantation de coton et sorti Leadbelly de prison, sont un trésor inestimable pour tout passionné de blues et de folk US, comme caraïbe ou européen. Heureusement, depuis quelques années, le label Rounder Records a entrepris de rééditer les archives sonores de la Library of Congress et d’Alan Lomax. Editées en différentes séries thématiques (musique traditionnelle roumaine, caraïbe, irlandaise, chants de prison, musique folk afro-américaine, etc.) ou en séries particulières pour des artistes comme Woody Guthrie, Huddie Ledbetter ou Jelly Roll Morton, ce ne sont pas moins de 100 CD qui offrent aujourd’hui une première rétrospective de l’oeuvre de Lomax.

Quatre nouveaux disques sont parus dernièrement. We will Play Love Tonight, enregistrement réalisés dans les colonies françaises aux Antilles donnent un aperçu de l’étendue du travail de mémoire musicale réalisé par Lomax. Catch That Train And Testify, dans la série «Deep River of Song» est consacré au blues de la Louisianne. Blues Songbook est un disque extraordinaire, regroupant de nombreux artistes de blues plus ou moins connus, dont les morceaux ont directement inspiré de nombreux artistes, comme Dylan ou les Stones. Enfin, Popular Songbook, donne un aperçu encore plus évident de l’influence des artistes enregistrés par Lomax. Les 22 morceaux présentés ont tous été repris, par Led Zeppelin, CCR, Clapton, Dylan, Miles Davis ou encore Moby.

Alan Lomax, Popular Songbook, Blues Songbook, Rounder.

Erik GROBET