La jeunesse en ligne de mire des politiques austéritaires

La vague de coupes étatiques qui s’abat actuellement sur la Suisse romande prend des formes diverses. Toutes sont profondément antisociales, mais nous constatons, çà et là, des spécificités cantonales. À Genève, les premières victimes sont les jeunes, et cela pose question.

Banderole de la jeunesse solidaire “Ils précarisent, on s’organise”
Cortège du 1er Mai 2025 à Genève

Les conditions de vie de la jeunesse genevoise sont déjà prétéritées par plusieurs facteurs: durcissement de l’assurance-­chômage (prolongation de la durée de latence nécessaire pour toucher des prestations avec une diminution simultanée de la durée de l’aide pour les 18–25 ans et les personnes sortant de formation), saturation et prix élevés du marché immobilier, parcours d’études toujours plus long, suppression de nombreux lieux de culture alternative. Pourtant, la jeunesse genevoise se retrouve à nouveau dans le viseur de la droite…

Moins de revenus, plus de taxes

Tout d’abord, le Grand Conseil a voté, le 31 octobre dernier, un projet visant à réduire de 25% le salaire minimum des étudiant·es pendant les vacances scolaires. Afin de pouvoir activer cette baisse dès l’été 2026, la droite a décidé de soumettre celle-ci en votation à travers un référendum obligatoire. Cette procédure a été ajouté à la constitution genevoise lors de sa refonte de 2012. Elle permet au parlement, avec une majorité de 2/3, de demander qu’un objet venant d’être voté (par le parlement lui-même) soit soumis au référendum, et donc au vote populaire, dans les plus brefs délais. Ceci permet, au parlement, d’imposer son agenda et d’éviter le délai induit par un référendum et la récolte de signatures associée. De même, si la récolte de signatures peut être éreintante, elle constitue aussi une partie non négligeable des campagnes usuelles d’oppositions aux objets votés au parlement. 

Le réduction du salaire minimum sera donc l’un des objets de votation du 8 mars prochain. Alors que le patronat reconnaît volontiers que les jobs d’été sont utiles pour remplacer les salarié·es en vacances, les étudiant·es qui doivent maximiser ces périodes pour équilibrer leur budget vont se retrouver encore davantage en difficulté.

Du côté des Hautes écoles, ce sera la triple peine. Touché·es comme étudiant·es par cette mesure, ils et elles ont déjà vu leurs taxes semestrielles augmenter fortement à la rentrée 2025. Pour parfaire le tout, le Grand Conseil vient de voter une baisse de 2 millions pour les HES genevoises. Porté par la Jeunesse socialiste, solidaritéS, les syndicats étudiants et d’autres mouvements et associations, un référendum est en cours de récolte.

Le Workfare arrive à Genève!

Enfin, le grand classique des attaques contre les jeunes à l’aide sociale est de retour, avec cette fois-ci la PLR Natacha Buffet-Desfayes à la manœuvre. Son postulat est que les jeunes seraient trop confortablement installé·es à l’aide sociale et qu’il faudrait introduire une différence de minimum vital entre les personnes en formation et celles sans activité.

Présidente de la commission sociale, Mme Buffet-Desfayes avait pourtant voté une loi, entrée en vigueur il y a un an, qui supprimait cette inégalité entre jeunes qui avait cours jusqu’en 2024. Le constat, au moment de cette suppression, était que cette diminution de prestation ne permettait en rien une amélioration de la situation des jeunes «décrocheurs». 

L’élue PLR va d’ailleurs encore plus loin en déposant un projet de loi qui obligerait les 18–25 ans au bénéfice de l’aide sociale à exercer du bénévolat. Une armée de travailleur·ses payé·es au minimum vital pour combler les manques à gagner des baisses d’impôts successives. Complètement irréaliste dans sa pratique, le projet pourra tout de même candidater au musée des caricatures.

Nous le voyons avec ce dernier exemple: la jeunesse n’est qu’un mot, pour reprendre la citation de Pierre Bourdieu. Tou·tes les étudiant·es n’ont pas besoin de travailler ardemment pendant leurs vacances pour éviter la précarité. Cela dépend de leur classe sociale. La preuve, les 18–25 ans bénéficiant de l’aide sociale genevoise sont 43% à avoir leurs parents également aux minima sociaux. Pourtant, cette catégorie d’âge est objectivement plus visée par les attaques antisociales, à Genève comme ailleurs.

Gen Z +4122

Plusieurs éléments peuvent nous aider à comprendre cela, et notamment la faible participation des jeunes aux processus électoraux. Lors du second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’État du 19 octobre dernier, 20,5% des 18-39 ans ont pris part au vote, contre 44,5% des 65 ans et plus. Votant moins, ils et elles sont également moins nombreux·ses à être élu·es.

Privilégiant d’autres formes d’engagement et des thématiques plus universelles selon les sociologues contemporains, la jeunesse commence néanmoins à se montrer de plus en plus présente sur les thématiques sociales, à l’exemple du suivi massif de la grève anti-­austérité des camarades vaudois·es à l’Unil. 

Après un creux générationnel, nos organisations politiques se voient également renforcées par l’arrivée de la Gen Z. Construite dans les mouvements climats et féministes, puis dans le mouvement de solidarité avec la Palestine, elle constituera le moteur des futures mobilisations anti-austérité qui se joueront ces prochaines années.

Guillaume Thion