Sipac 2.0: mépris de classe 1.0!
L’introduction par le SECO, le 6 janvier, d’un nouveau système informatique de traitement des dossiers des assuré·es au chômage, nommé Sipac 2.0, s’est révélé un fiasco dans tous les cantons. Fin janvier, plus de 50000 chômeur·ses n’avaient pas touché leurs indemnités de décembre et de janvier.

À grands renforts d’heures supplémentaires et de contraintes éprouvantes pour le personnel des caisses de chômage, une partie des indemnités chômage ont pu être versées. Toutefois, lors d’un rassemblement appelé par la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) le 3 février, il est apparu qu’il restait en Suisse près de 40% des assuré·es qui attendaient encore leurs indemnités et qui peinaient à faire face à l’entier de leurs charges, voire à subvenir à leurs besoins vitaux! Beaucoup devaient de plus affronter des frais de rappels!
Chronique d’un échec annoncé
Lors de cette action qui rassemblait des associations de chômeur·ses, des syndicats et des partis de Gauche, diverses informations ont été livrées. Ainsi, on a appris que Sipac 2.0, en gestation depuis plusieurs années, avait régulièrement montré des lacunes et que de nombreux·ses acteur·ices avaient lancé l’alerte sur les défauts du système.
Loin de prendre des mesures de précaution, ou de prévoir un plan B, le SECO (Secrétariat d’État à l’économie) s’est obstiné à implémenter la mise à jour de Sipac. La seule mesure adoptée, avec un certain cynisme, a été de contacter les services sociaux des cantons pour les aviser d’un risque d’augmentation des demandes d’aide.
Si une partie des indemnités a pu être versée, un nombre conséquent d’entre elles comporte des erreurs car des informations erronées ont été importées lors du transfert des données, soit, de nouveaux dommages pour les chômeur·ses et une charge immense de corrections à effectuer dans les meilleurs délais pour le personnel.
La nouvelle gestion publique en œuvre
Mais outre ces effets délétères, il faut retenir que l’intention qui a prévalu lors de la conception de Sipac 2.0 est une volonté de centralisation du traitement des dossiers de chômage au niveau national. Une réorganisation qui génère complexification et dépersonnalisation des relations entre les assuré·es et leur assurance.
Une fois de plus, sous couvert de rationalisation et d’efficience, se met en place un système déshumanisé pour lequel les assuré·es ne sont plus que des numéros.
Face à une telle incurie et un tel manque de respect, nous revendiquons, avec tou·tes les chômeur·ses, un moratoire sur la poursuite de l’implémentation du système, un dédommagement pour tous les dommages occasionnés par celle-ci et l’annulation de toutes les sanctions dues aux dysfonctionnements de Sipac 2.0.
Face à l’indifférence et au mépris qui s’expriment à l’égard de celles et ceux qui doivent déjà affronter au quotidien les affres de la précarité, nous appelons à créer un large front unitaire de lutte contre la pauvreté et non contre les pauvres.
Jocelyne Haller