Premier mai

Une étape vers la convergence des luttes

Le 1er mai prochain, c’est une fête au goût amer que les organisations syndicales et les partis de la gauche large célèbreront. Après plus d’un an de Covid, il est désormais évident que leurs droits ainsi que la protection de leur santé passent après les profits. 

Comme nous le rappelions dans l’édito du nº 384, l’économie mondiale se trouve aujourd’hui dans une situation de crise avancée. Le monde du travail se trouve durement impacté. 

Dans le domaine de la santé, les travailleurs·euses mobilisé·e·s en première ligne ont dû faire face à des attaques répétées contre leurs conditions de travail, dont un allongement des rythmes et des horaires (plus de 60 heures par semaine). Ces détériorations proviennent de décisions politiques prises dans l’urgence, au moment où la pandémie menaçait de devenir incontrôlable. Elles auraient pu être évitées si le secteur de la santé n’était pas victime, depuis plusieurs décennies, de politiques d’austérité et de tentatives de privatisation. Les appels répétés du personnel soignant pour réclamer une revalorisation salariale et une augmentation générale des moyens alloués au secteur restent, à l’heure actuelle, sans réponse.

Dans le secteur privé, les syndicats ont lancé en mars 2020 un appel pour une fermeture de tous les secteurs non essentiels, ignoré par les autorités fédérales. Des centaines de travailleurs·euses ont ainsi continué à se rendre sur leur lieu de travail, sans réelles mesures de protection. 

Dans le secteur de la construction, des conditions sanitaires déplorables ont été dénoncées à de nombreuses reprises, sans réelle augmentation des contrôles de l’inspection du travail. Dans le secteur de la vente, les salarié·e·s n’ont bénéficié d’aucune prime conséquente pour leur travail au plus fort de la première vague. Les demandes pour disposer de matériel de protection en suffisance ont à peine été entendue. 

Au plus fort de la pandémie, un quart de la population active dépendait des RHT qui, rappelons-le, ne donnent habituellement accès qu’à 80 % du salaire habituel. Il a fallu attendre décembre 2020 pour que les très petits salaires (moins de 3470 francs) obtiennent une garantie de revenu à 100 %. Les personnes avec des contrats de travail précaires ne peuvent de plus bénéficier de ces indemnités. C’est le cas des travailleuses de l’économie domestique ou des travailleuses du sexe. Elles ont ainsi vu leur revenu disparaitre du jour au lendemain. 

Ces 12 derniers mois auront au moins permis de replacer au centre du processus de production et de reproduction les travailleurs·euses et leur force de travail. Sans elleux, notre société ne peut pas tourner. Et iels ont continué à faire entendre leur voix : à travers le monde, les luttes salariées se sont multipliées ces derniers mois, avec une grève massive des travailleurs·euses des plateformes de livraison en Italie, ou encore la mobilisation des livreurs·euses Deliveroo en France et en Angleterre en mars dernier. 

Le 1er Mai prochain, nous descendrons dans la rue pour exiger un changement de cap dans la gestion de crise. Au lieu des profits d’une infime minorité possédant les moyens de production, nous défendons une solidarité entre et avec l’ensemble des travailleurs·euses. Au-delà de cette échéance, nous devons nous engager pour une articulation des luttes syndicales avec celles des militant·e·s des mouvements pour la défense du climat, féministe ou anti-raciste. La Grève pour l’Avenir du 21 mai prochain constituera un premier pas dans cette direction. 

Rosie Moser