Portugal
Barrage à l’extrême droite en pleine catastrophe climatique
Le 8 février, António José Seguro a été élu président de la République du Portugal avec 67% des voix, battant largement le candidat néofasciste André Ventura (33%).

Malgré la défaite de Ventura, l’extrême droite de Chega est sortie renforcée. Après être devenu le deuxième parti du pays lors des élections législatives de mai 2025, Chega a aujourd’hui réussi à égaler, au second tour, le nombre de voix obtenues en mai par les partis au pouvoir.
Selon les sondages à la sortie des urnes, un·e électeur·ice sur trois ayant soutenu le candidat ultralibéral Figueiredo au premier tour (arrivé troisième avec 16% des voix) a opté pour Ventura au second. Comme le montre l’expérience française, un gouvernement basé sur un programme de droite est le meilleur terreau pour la croissance électorale du néofascisme. Malgré les différences, il convient de rappeler qu’en 2017, face à Macron, Marine Le Pen avait terminé le second tour avec 34% des voix et qu’en 2022, elle avait atteint 41%, se préparant ainsi à disputer la majorité en 2027.
Que signifie cette victoire?
Il faut voir dans le résultat de l’élection avant tout le résultat d’une mobilisation importante des personnes qui rejettent le projet néofasciste. Alors que le Portugal est en état d’alerte maximale depuis début février à la suite des tempêtes dévastatrices, le taux de participation est resté stable entre le premier et le second tour.
Le nouveau président ne représente évidemment pas un «camp de gauche»: sa carrière politique a été marquée par l’adaptation de la social-démocratie au néolibéralisme. Seguro ne représente même pas un supposé «camp constitutionnel» puisqu’il a lui-même, lorsqu’il était à la tête du PS, accepté, sous la pression des bailleurs de fonds internationaux, une réduction inconstitutionnelle des retraites (dont les députés de gauche ont plus tard obtenu l’annulation devant la Cour constitutionnelle).
De plus, Seguro a été élu grâce aux votes de nombreux·ses partisan·nes d’une révision régressive de la Constitution, issus de la même droite qui a conclu des accords avec Chega au parlement et dans des collectivités locales (sur le travail et l’immigration). Comme en France, beaucoup de celles et ceux qui ont aujourd’hui déclaré leur soutien tactique à Seguro auraient voté pour Ventura si l’adversaire avait été de gauche.
L’élection de Seguro ne constituera donc pas un obstacle aux réformes libérales qui se fraieront un chemin entre l’ambiguïté des socialistes et le soutien intermittent des néofascistes. La réponse de la gauche devra venir de la résistance sociale et d’un dialogue évitant la marginalisation politique. La grève générale de décembre a montré la voie à suivre: davantage d’engagement pour les luttes et l’action extraparlementaire, davantage de convergence dans la solidarité contre le fascisme.
Jorge Costa
Article paru sur le site International Viewpoint le 10 février. Traduction et coupe de la rédaction