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18.03.2004

Nari shakti, zindabad! Vive le pouvoir des femmes!

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En février 2004, après la participation au forum social mondial de Mumbai, les militant-e-s du mouvement Ekta Parishad1 ont sillonné l’Etat d’Orissa, dans l’est de l’Inde. Les femmes conduisaient les jeeps, organisaient et dirigeaient les assemblées dans les villages. Bishnu Priya Svoin était une des principales activistes de cette marche de protestation dont l’objectif premier est d’obtenir le droit pour les femmes de posséder des terres. Entretien.

Comment es-tu devenue activiste d’Ekta Parishad?

– Il y a huit ans que je me suis engagée et très vite j’ai compris que seule une riposte organisée pouvait faire reculer le gouvernement.

Comment a commencé ta lutte?

– J’habite près du lac Chilka. La lutte pour la protection des pêcheurs du lac Chilka au sud de l’Etat d’Orissa dure depuis des années et a enfin reçu une audience internationale. Cette lutte n’a pas seulement renforcé la force collective des pêcheurs, mais protège aussi le lac Chilka. Les politiques du gouvernement détruisent la bio-diversité du lac. Les populations de cette région vivent des productions locales, mais sont constamment déplacées et les femmes sont particulièrement visées par ces migrations. Le mouvement Ekta Parishad essaie de revitaliser la force des communautés et celle des pêcheurs dans la région. Les femmes jouent un rôle essentiel dans ce processus. Les pêcheurs de 129 villages font partie de cette organisation populaire. Ils doivent constamment s’opposer aux pressions de la mafia qui est engagée dans la culture des crevettes d’exportation, soutenue par le gouvernement qui défend les entreprises agro-exportatrices. La lutte des pêcheurs est une lutte pour leur survie et requiert un changement fondamental de politique.

Avez-vous réussi à faire reculer le gouvernement?

– C’est très difficile. Les constants appels tombent dans l’oreille d’un sourd. Déçus et dégoûtés par l’apathie des autorités, les pêcheurs se sont organisés et ont détruit la digue contenant les crevettes, après avoir donné des avertissements répétés au gouvernement. Mais celui-ci a continué à soutenir la mafia locale. Une nuit, en 1998, quand tout le monde était endormi, la police est entrée dans le village et a commencé à brûler les maisons. Trois personnes ont perdu la vie dans cet acte criminel. En 2000, la police est entrée dans un autre village tuant une femme et cinq pêcheurs. Depuis six ans, plus de 90 pêcheurs ont été tués dans ces affrontements.

Les populations continuent-elles à lutter?

– Malgré toutes ces atrocités, les populations n’ont pas perdu espoir. Elles continuent à se battre, multipliant les pétitions et les actions de protestation auprès du gouvernement de l’Etat d’Orissa. La lutte a gagné de l’importance, aussi bien au niveau régional que national.

Comment vous organisez-vous?

– Mon rôle consiste à regrouper les habitants de cette région et à discuter des modalités de lutte pour reconquérir les terres et les ressources spoliées par les autorités. Au début, j’ai rencontré une certaine méfiance parce que je ne suis pas mariée et les femmes ne comprenaient pas ma démarche. Mais nous avons beaucoup discuté et, finalement, j’ai obtenu la complicité des femmes qui comprennent les enjeux de s’organiser face aux menaces et aux exactions dont les villageois sont victimes. Ce sont même elles qui m’accompagnent dans les réunions lorsque je ne peux pas faire face aux attaques concernant ma vie privée.

Vous parlez de problèmes spécifiquement féminins?

– Effectivement, les femmes sont confrontées à une triple violence: la violence faite à la femme appartenant à une communauté tribale niée et non respectée, la violence faite à une main d’œuvre malléable et corvéable à merci et la violence que subissent les femmes à l’intérieur des communautés, due à l’aggravation des conditions de vie.

Peux-tu donner quelques exemples?

– Les femmes déracinées de leurs terres n’ont plus aucun pouvoir et ne peuvent même plus assurer leurs récoltes. Elles demandent à posséder elles-mêmes des terres. Les constants déplacements auxquels elles sont soumises les empêchent d’avoir des projets pour leur famille et leurs enfants et elles ne peuvent pas leur assurer un minimum vital. Comme elles n’ont aucun revenu, elles ne peuvent pas non plus subvenir aux soins minimums de santé et d’éducation pour leurs enfants. Enfin, souvent elles sont confrontées à la violence due aux effets de l’alcoolisme qui touchent beaucoup d’hommes déstabilisés par la dégradation sociale et la faim.

Quel résultat espères-tu avec la «yatra» (marche) d’Ekta Parishad?

– Comme tu as pu le voir, nous les femmes, nous conduisons la marche. Cela nous redonne une force qui nous permet de parler aux communautés, d’enregistrer leurs plaintes et leurs vœux, de récolter les pétitions et d’assurer de prochaines actions dans les mois à venir.

Nous sommes aussi encouragées par le fait que vous soyez à nos côtés. Nous avons pu échanger et comprendre que votre lutte est aussi une lutte contre un adversaire commun, responsable de la misère, des guerres et des catastrophes écologiques que sont les grandes multinationales, les gouvernements qui les servent et les institutions financières internationales.

Entretien réalisé par Pierrette ISELIN

  1. Voir solidaritéS n°41.
Auteur·ices:
Pierrette Iselin →
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Paru dans le n° 42 de solidaritéS

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