Lausanne

Lausanne : La mobilisation du personnel de la Ville a payé!

Le 1er décembre, la Municipalité et les organisations du personnel de la Ville de Lausanne ont signé une convention concernant Equitas, le nouveau système de rémunération des employé·e·s de la commune. Cette convention fait suite à la forte mobilisation de ces dernières semaines, qui a notamment pris la forme d’une manifestation sans précédent. Pour en savoir plus, nous nous sommes entretenus avec notre camarade Agostino Soldini, secrétaire central du Syndicat des services publics (SSP), qui a participé aux négociations et à l’organisation de cette mobilisation.

Peux-tu nous présenter l’origine de cette mobilisation?

Son point de départ a été l’As­sem­blée générale du personnel, con­voquée par le SSP, du 2 novembre. Réunissant quelque 250 employé·e·s, elle a confirmé le large mécontentement du personnel autour d’Equitas. Et pour cause: ce nouveau système de rémunération dévalorise au plan salarial une partie des fonctions. De plus, tel qu’il était conçu jusque-là, plus de la moitié des employé·e·s auraient été définitivement bloqué·e·s, d’ici à quatre ans, dans leur progression salariale. Pourtant, la Municipalité présentait alors Equitas comme la huitième merveille du monde…

Mais la Municipalité a bel et bien accepté de rouvrir les négociations avec vous, non?

Certes. Toutefois, lors des premières séances de négociation, les concessions qu’elle envisageait de faire étaient ridicules. En clair, elle nous a proposé un régime qui n’aurait concerné qu’un nombre très limité d’employé·e·s bloqué·e·s dans leur progression salariale et qui, de plus, n’aurait permis à ces derniers de toucher, au mieux, qu’une prime au mérite de l’ordre de 1000 francs en moyenne, en tout et pour tout, jusqu’à leur retraite!

Vous avez donc lancé l’appel à une manifestation?

En effet. La deuxième Assemblée générale du personnel, le 14 novembre, a décidé d’appeler à une manifestation pour le 17 novembre, dont l’ampleur a été sans précédent: plus de 2000 employé·e·s de la Ville de Lausanne! Cette manifestation a été suivie par une nouvelle Assemblée générale du personnel, le 22 novembre. Elle a été saisie de la nouvelle proposition présentée par la Municipalité. Malgré quelques avancées, cette proposition était loin de répondre aux attentes légitimes du personnel. L’assemblée a ainsi voté le principe d’une journée d’actions et de grève pour le 1er décembre, à concrétiser en cas d’échec des négociations agendées avec la Municipalité dans l’intervalle.

Entre-deux, vous avez justement trouvé un accord avec la Municipalité?

C’est cela, oui. Une dernière séance de négociation a eu lieu dans la matinée du 28 novembre. C’est à ce moment-là qu’un protocole d’accord a pu être trouvé entre les deux parties. Réunissant quelque 250 employé·e·s de la Ville de Lausanne, l’Assemblée générale du personnel l’a accepté, le soir même, à une très large majorité. Une convention a donc été signée le 1er décembre.

Pourquoi l’assemblée a-t-elle acceptée cette convention?

Ce choix découle du fait qu’il a été possible d’arracher à la Municipalité d’importantes concessions. Tout d’abord, quant au nombre d’employé·e·s qui pourront continuer à progresser au plan salarial alors qu’ils et elles auraient été définitivement bloqué·e·s si le système Equitas était entré en vigueur tel quel. D’après les projections de la Municipalité, 2128 employé·e·s bénéficieront ainsi des mesures prévues par la convention. De plus, cette dernière marque la fin du régime arbitraire des promotions au mérite, en garantissant l’automaticité de la progression salariale. Troisièmement, le montant de l’annuité a été doublé par rapport aux intentions de la Municipalité. Enfin, la convention permet aux bas salaires d’aller plus haut dans leur progression salariale, en termes relatifs, que les autres employé·e·s de la Ville.

Et du côté de ton syndicat, qu’en pensez-vous?

En tant que SSP, nous avons appelé le personnel réuni en assemblée générale à soutenir le protocole d’accord. Même si tout triomphalisme serait déplacé, nous sommes en effet parvenus à contraindre la Municipalité à céder sur l’essentiel: garantir le droit à une progression salariale aux employé·e·s prétérités par Equitas. Cela découle, c’est une évidence, de la forte mobilisation du personnel, sans quoi rien n’aurait été possible.

Plus généralement, quel bilan syndical fais-tu de cette bataille?

Elle a confirmé, une fois de plus, la nécessité de développer un syndicalisme de lutte. La mobilisation du personnel n’est en effet pas tombée du ciel. Elle n’a pu s’exprimer sous cette forme que parce que le SSP l’a stimulée et entretenue en convoquant et animant des Assemblées générales du personnel, qui sont devenues l’espace de débats et de décisions des salarié·e·s en lutte, en appelant à une manifestation dans les rues de Lausanne, etc. De ce point de vue, je n’ai qu’un regret: que les employé·e·s de la commune n’aient pas pu faire l’apprentissage de la grève.

Le résultat final est certes satisfaisant. Cela dit, dans un pays comme la Suisse, profondément marqué par la culture de la paix du travail, le bilan de toute lutte syndicale ne devrait pas être fait uniquement sur la base de ses résultats concrets, malgré leur importance. Il est impératif de prendre en compte aussi ses conséquences en termes de développement de la conscience de classe des salarié·e·s concernés, qui découle, en dernière instance, de leur degré d’auto-­activité, de mobilisation collective. Il n’en demeure pas moins que cette bataille autour d’Equitas a permis au personnel de la Ville de Lausanne de rompre avec la passivité et l’apathie dans lesquelles il avait été cantonné depuis belle lurette. Il s’agit d’un acquis précieux.

Propos recueillis par la rédaction