Le féminisme du 21e siècle est en marche - Enfin!

Enfin!

solidaritéS  s’est prononcé à l’unanimité lors de son dernier congrès national pour un féminisme du 21e siècle en lien avec les luttes d’émancipation sociale: «un féminisme inclusif», écrivions-nous, «qui ne hiérarchise pas les oppressions de genre, de classe, de race, de nationalité, de statut, d’orientation sexuelle, etc. – subies par l’écrasante majorité». Quelques mois plus tard, c’est ce féminisme-là qui semble surgir, aux quatre coins du monde (aux Etats-Unis, en Russie, en Inde, en Afrique, en Europe…).

Les féministes se radicalisent et marchent ensemble soulevant des élans d’espoirs. Elles résistent contre les attaques dont font l’objet leurs droits les plus fondamentaux et qui les visent dans leur personne: féminicides (Argentine, Italie), remise en cause du droit à l’avortement (Pologne, Irlande), assassinat de militantes féministes (Honduras, Mexique, Kurdistan Turquie), dépénalisation des violences domestiques (Russie)… Et partout, inlassablement, les femmes se lèvent, protestent, s’organisent. «Non la grève n’est pas un luxe» clament-elles! En Suisse, la grève paraît aujourd’hui plus lointaine, mais le 14 juin 1991, les femmes n’avaient-elles pas lancé déjà ce mot d’ordre avec succès: «Femmes bras croisés, le pays perd pied! »?

L’élan est donné. Lors de l’investiture de Trump, 5 millions de femmes, de jeunes et moins jeunes, personnes opprimées et exploitées sont descendues dans les rues du monde entier, à l’appel de la Global Women’s March qui a d’emblée appelé les manifestant·e·s à s’organiser sur le long terme, pour un féminisme des 99%. Certes, les lignes de fracture entre féminisme blanc et féminisme noir sont restées visibles lors de la marche des femmes organisée le 21 janvier dernier aux USA (cf. solidaritéS, nº 302).

La bataille pour le féminisme inclusif que nous voulons demeure longue et incertaine. Pourtant, parmi les appels pour un 8 mars de luttes et de grèves qui circulent sur la toile, certains réaffirment haut et fort la nécessité de faire converger la libération des femmes et la libération de tou·te·s les opprimé·e·s ; ils dénoncent les politiques publiques profondément inégalitaires envers les femmes et les oppressions spécifiques touchant des populations minorisées (femmes migrantes, personnes LGBTIQ+…). En Italie, les femmes s’organisent pour une grève de 24 heures et c’est vers elles que se tournent aujourd’hui les regards d’une gauche anticapitaliste déboussolée. .

En Suisse aussi  un mouvement se lève. L’appel lancé le 18 février «We can’t keep quiet» Nous ne pouvons garder le silence») rejoint la vaste alliance internationale qui rassemble les groupes féministes, de Femmes sans Terre et de la Marche mondiale des femmes à d’autres associations ou groupes plus locaux, des syndicats et des partis politiques de gauche. Au-delà du 8 mars, la prochaine échéance de la Women’s March est déjà annoncée: le 18 mars, une grande manifestation aura lieu en ville de Zurich qui n’avait pas donné aux femmes l’autorisation de manifester le jour de l’investiture de Trump! Sur la toile, déjà près de 2000 personnes disent vouloir en être et 7000 se déclarent « intéressées ».

En Suisse romande, les comités unitaires du 8 mars, regroupant syndicats et organisations féministes, liés aussi à «We can’t keep quiet», invitent à des rassemblements dans les gares de nos villes ou villages entre 17 h 30 et 19 h pour faire entendre partout, haut et fort, que les femmes refusent en Suisse les discriminations dont elles font l’objet. Et elles marcheront ce 8 mars, comme tous les 8 mars depuis longtemps, mais avec cette fois un porte-voix international puissant: contre le harcèlement de rue, contre les violences domestiques, contre les renvois Dublin, contre les exclusions racistes et xénophobes, contre la discrimination des personnes LGBTIQ+, contre les inégalités salariales, et les politiques d’austérité. Aucune injustice, aucune oppression n’est tolérable.

L’augmentation  de l’âge de la retraite des femmes prévue par le Parlement participe de ces discriminations, de ces oppressions spécifiques. Les violences qui frappent les femmes sont toutes liées entre elles: violences du marché, de la dette, des relations de propriété capitaliste, violences d’Etat, violences domestique et conjugale. Impossible et illusoire dès lors de vouloir scinder notre combat pour une retraite digne des autres combats féministes.

«Alors que nous sommes dans une situation plus précaire, nous devrions travailler encore plus? Alors que nous sommes déjà plus nombreuses au chômage, nous devrions l’endurer une année de plus? A l’image de nos sœurs du monde entier, sortons du silence et défendons ensemble notre droit à une retraite digne! » Un simple calcul le montre: pour compenser l’inégalité salariale qui persiste en Suisse (comme ailleurs dans le monde), c’est à 57 ans que les femmes devraient toucher leur retraite en Suisse. Et ce chiffre ne tient pas compter du travail domestique et d’éducation non rémunéré encore très majoritairement fourni par les femmes! C’est pourquoi nous appelons dès aujourd’hui à nous mobiliser toutes, quel que soit notre âge, pour refuser qu’une fois de plus notre droit à l’égalité se retourne contre nous.

Les attaques massives et frontales qui frappent les femmes et les personnes LGBTIQ+ partout dans le monde éveillent aujourd’hui la conscience de millions de femmes et d’opprimés. Des solidarités innovantes donnent au 8 mars 2017 une nouvelle impulsion, un lien peut-être retrouvé avec l’internationalisme de Clara Zetkin et le féminisme de Rosa Luxemburg: «J’étais, je suis, je serai».

Zoé Bon   Marianne Ebel   Aurélie Gay 

Valentine Loup   Stéfanie Prezioso