Lutte contre le harcèlement de rue

Une app et une politique problématique

Depuis plusieurs mois à Lausanne, il est possible de géolocaliser et de dénoncer les cas de « regards insistants ». Une mesure nocive dans un contexte de contrôle de l’espace urbain et faisant l’impasse sur les vrais enjeux de lutte contre le sexisme.

Manifestation contre les violences sexistes, Lausanne, 23 novembre 2019

Le 25 novembre 2019, la Municipalité de Lausanne a lancé une application et une page web permettant aux victimes et aux témoins de « harcèlement de rue » de signaler les faits. Prévue pour une durée test de 2 ans, cette mesure s’inscrit dans la stratégie de lutte contre le harcèlement de rue de la Ville.

Sous forme de questionnaire, il est désormais possible de signaler des regards insistants, sifflements, insultes, attouchements survenus dans l’espace public. Avec les informations récoltées, les autorités espèrent faire une cartographie de la ville et répertorier les lieux et les heures posant problème. Cette méthode présente plusieurs risques. L’Observatoire de la sécurité extraira des statistiques des données récoltées, pourtant rien n’indique qu’elles seront traitées avec la vigilance scientifique nécessaire. De plus, ces informations impliqueront un biais important. En effet, qui sont les personnes qui vont répondre à ce type de questionnaire ? Et celles qui ne le feront pas ?

Instrumentalisation du féminisme

Cette application constitue une instrumentalisation des revendications féministes à des fins de contrôle des rues et des personnes qui s’y trouvent, alors qu’elles n’ont parfois pas d’autres endroits où aller. Pire, cette application est une manière officielle de détourner l’attention des actes sexistes qui oppressent et tuent.

Ce que nous exigeons, c’est un plan de lutte contre les violences que subissent les femmes*, mais également les personnes trans et toutes celles qui s’écartent des normes validiste, sexiste, homophobe et raciste. Un plan qui dépasse la seule commune de Lausanne.

Pourquoi ne pas s’intéresser aux lieux de formation, théâtres, stades de foot, hôpitaux ? Dans un contexte qui assimilent les hommes noirs au marché de la drogue et légitime le délit de faciès, malheureusement, cette application n’est pas un pas vers plus d’égalité.

Nous combattons tous les rapports de domination. Ne faisons pas payer notre malaise le soir en ville à des personnes déjà stigmatisées. Il ne s’agit pas de trouver normales les remarques déplacées sur notre physique dans la rue, mais la liberté des unes doit participer à agrandir celle des autres.

Il est nécessaire que la lutte contre le harcèlement et les violences patriarcales ait lieu partout et ne serve pas à conforter les autorités dans des réponses répressives qui vont impacter des populations déjà fragilisées. Mettons des moyens dans l’éducation, la formation et l’engagement de professionnel·le·s spécialisé·e·s afin de traiter les violences de genre à la racine.


Aurélie Gay & Manon Zecca