Aide internationale: la dépendance sous toutes ses formes
De la sidération face aux décisions du gouvernement Trump à la responsabilité de la Suisse dans la réduction de l’aide internationale: comment réagir?

Les annonces des coupes prévues par l’administration Trump dans l’aide internationale se multiplient et nous sidèrent, autant que ses décisions de retrait des organismes internationaux (par exemple de l’Organisation mondiale de la santé – OMS) ou du financement d’agences onusiennes (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés par exemple). Et les montants sont colossaux: par exemple, les USA financent près d’un tiers du budget global onusien (28%).
La Suisse et l’Europe se réveillent et découvrent qu’au-dessus de l’ONU, de l’OMS, au-dessus même des armées, règnent les USA. Et c’est la panique pour les ONG qui dépendent de près ou de loin de ces fonds et qui travaillent en collaboration avec des organismes étatsuniens (comme USAID par exemple) ou des Nations unies.
Une dépendance qui questionne
Ce coup de semonce arrive à la fin d’un long processus issu de notre histoire profondément inégalitaire, fondée sur un passé colonial et pose question. La survie des personnes – par des actions aussi diverses que l’accès aux soins, à l’éducation, à la nourriture, à un environnement sain, à un travail décent, etc. – peut-elle vraiment dépendre d’un flux d’argent du Nord au Sud? Peut-on encore prétendre que les anciennes dépendances de pays colonisés envers les pays colonisateurs ont disparu, lorsque ces flux d’argents sont soumis à de drastiques et avilissantes exigences administratives, bureaucratiques et politiques?
Cette aide internationale qui frôle le paternalisme, impose des exigences tout en se permettant de choisir qui sera aidé et qui ne le sera pas, ce n’est pas de la solidarité. Elles sont rares les ONG qui décident réellement d’appuyer des collectifs qui s’organisent et défendent les mêmes idées politiques et sociales. Ces organisations-là1 tentent de travailler en collaboration avec leur partenaire, sans imposer de cadre, sans choisir les activités qui seront mises en place.
Dans le capharnaüm mondial: n’oublions pas les responsabilités de la Suisse
Mais les décisions brutales du gouvernement Trump de couper dans l’aide internationale soulèvent un second malaise. Parce qu’avant l’élection de Trump, nous les avions déjà prises. Début 2024, le Conseiller fédéral en charge de la Coopération suisse, Ignazio Cassis, annonçait son intention de couper tout soutien aux populations d’Amérique latine, alors que les besoins du continent sont encore criants.
Dans la «stratégie de coopération internationale 2025–2028», également rédigée par Cassis et qui définit les priorités de la Suisse dans l’aide humanitaire et au développement, trois buts sont valorisés: répondre aux besoins des populations, tenir compte de la valeur ajoutée concrète de la Suisse, et inclure les intérêts à long terme de la Suisse (un ordre international juste et pacifique, un cadre économique stable, la réduction de la migration irrégulière ou encore un développement durable au niveau mondial).
On comprend alors le choix du retrait d’Amérique latine: les migrant·es qui tentent de franchir la Méditerranée pour entrer en Europe proviennent rarement d’outre Atlantique… Et on réalise aussi la portée de l’ingérence politique de Cassis dans le travail des associations.
De son côté, le Parlement fédéral a entériné les coupes de l’aide internationale suisse: 110 millions de francs en moins dans le budget 2025 et 321 millions de francs dans le plan financier 2026–2028. Des coupes décidées notamment en faveur de… l’Armée suisse! Sans parler du vote à venir du Parlement en mars prochain, qui risque bien de couper purement et simplement le financement de l’UNRWA, qui appuie les réfugié·es palestinien·nes à Gaza et ailleurs.
Face à la violence trumpiste, réagissons!
Les dirigeant·es suisses se montrent décidés à réduire l’aide internationale, peut-être pas autant que les USA, mais déjà à une hauteur effrayante de conséquences pour les personnes concernées. C’est pourtant tout le contraire que nous devrions attendre de la part de gouvernements qui prétendent défendre des «valeurs humanitaires» et la «démocratie». Ne serait-ce pas le moment de se montrer solidaire, en inversant la tendance trumpiste?
Non bien sûr car, à nouveau, aide humanitaire ne signifie pas solidarité. La vraie solidarité viendra, comme toujours, d’en bas, des sociétés civiles, de la population. Alors, à nous de réagir!
Aude Martenot
1 C’est le cas par exemple de la Centrale Sanitaire Suisse, qui s’est formée en 1937 pour soutenir les brigades internationales en Espagne et combattre Franco. La Centrale (depuis devenue Centrale Sanitaire Suisse Romande – CSSR) affirme ses positions politiques de gauche au travers des choix de ses partenaires en Amérique latine et en Palestine.