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Huit raisons de regarder Heated Rivalry
Série à petit budget canadienne, Heated Rivalry est la sensation TV du moment. Mettant en scène la relation passionnée de deux joueurs de hockey sur glace dans des équipes rivales, ce succès fulgurant ne laisse personne indifférent. Voici nos huit raisons, subjectives et certainement pas exhaustives de rejoindre la team.

1 Thank you Canada!
À l’heure où la culture est touchée par l’austérité, Heated Rivalry (Rivalité passionnée) a bénéficié de financements publics qui ont donnés à son créateur, Jacob Tierney, une relative liberté dans son adaptation du livre du même nom. Plutôt que de faire face à des intérêts corporatistes visant un maximum de rendement et une homogénéisation de la culture, c’est une œuvre assumée sans compromis, directement permise par des fonds pour la diversité.
2 Une adaptation de qua-li-té
À la base un livre de romance, la série assume complètement ses racines et propose une adaptation respectueuse du roman tout en prenant des libertés intelligentes. Loin d’être honteuse de son origine, un genre le plus souvent moqué parce que populaire et féminin, tout est fait pour donner sa noblesse à la romance malgré des petits moyens: scénario bien écrit, cinématographie léchée et casting parfait. Avec seulement 37 jours de tournage, l’histoire d’amour entre Shane Hollander et Ilya Rozanov est déjà un classique.
3 Il fait chaud!
Si vous en avez déjà entendu parler, vous savez certainement que la série est sexy, très sexy. Les scènes de sexe abondent et sont explicites. En dehors de l’aspect titillant on retient surtout trois choses. La première est qu’il est encore extrêmement rare de voir du sexe gay dans des séries ou films. La deuxième c’est l’attention particulière au consentement. La troisième, c’est que le sexe ici n’est pas gratuit mais fait partie intégrante de l’histoire. Il révèle comment les personnages apprennent à se connaître et créent une intimité. La sexualité n’est pas un but mais une partie intégrale de leur relation.
4 Deep masculinity
Ici pas de performative male ou de mise en scène de masculinités hégémoniques pseudo déconstruites. On voit les personnages se débattre avec leurs difficultés de communication, leur maladresse et leur manque de tact face à la vulnérabilité. Outre le rendu hyper réaliste et juste, on assiste à la construction de relations d’intimité entre des hommes, sans violence, sans darkness, mais qui restent des mecs donc qui font un peu n’importe quoi et c’est super touchant.
5 Go gays and girls
Libérés du male gaze, les personnages féminins de la série sont riches et intelligemment écrits. La palme à Svetlana, la meilleure amie d’Ilya, intelligente et loyale qui, sans être enfermée dans un rôle de care, soutient son ami avec délicatesse et détermination. On trouve une nouvelle mouture de la relation iconique et nécessaire entre un homme queer et sa meilleure pote. Love is the highest form of friendship.
6 Le coming-out, pas si 2008 finalement
Malgré la croissance de représentations queer dans les productions culturelles, être out reste lourd de conséquences et le queerbaiting de Netflix n’a pas tué l’homophobie. Heated Rivalry nous offre des histoires de coming out ultra romancées certes, mais encore nécessaires parce qu’elles font échos à la réalité de millions de personnes. À ce jour, aucun joueur actif ou retraité n’a fait son coming out dans la NHL.
7 Conscience féministe et public féminin hétérosexuel
Il est connu que la plupart des romances gays entre hommes sont écrites et lues majoritairement par un public sexisé. Heated Rivalry n’échappe pas à la règle, mais pourquoi? La série offre le fantasme d’hommes émotionnellement disponibles sans rapports de pouvoir, fantasme loin de la réalité hétérosexuelle enfermée dans des logiques de domination et d’exploitation. Heated Rivalry donne un espace pour penser les relations intimes en contraste avec celles généralement présentées à l’écran.
8 La romance: un optimisme radical?
La romance est souvent considérée dans la culture légitime de gauche comme un fantasme consumériste et régressif, loin des aspirations radicales de nos politiques. Au-delà de l’évidente misogynie de cette assertion, on pourrait postuler l’inverse: désirer des connexions – peu importe leur nature – profondes, joyeuses et égalitaires dans l’ère du capitalisme tardif cynique à tendance fascisante est un geste politique fort. Parce qu’en vrai, la révolution on veut la faire aussi un peu pour ça.
Garaa Seb Zürcher