Aéroport de Genève: mécanos de Swiss en grève
Aéroport de Genève: mécanos de Swiss en grève
Le jeudi 24 février 2005, les mécaniciens de la Compagnie d’aviation Swiss en ont eu marre du mépris de leurs dirigeants. C’est donc vingt-cinq personnes, travaillant à l’entretien des avions, qui se sont mis en grève dès 5h. du matin. Depuis que cette nouvelle direction est entrée en fonction, c’est par le mépris qu’elle traite tout le personnel: en décembre 2004, la dénonciation unilatérale de la convention collective en est un premier exemple, l’annonce de plus de mille nouveaux licenciements en est un autre.
Trois semaines avant ce mouvement de protestation, la direction de Swiss International Air Lines AG, annonçait à la presse plus de mille licenciements en Suisse, dans le courant de l’année 2005. Dans la foulée, elle déclarait que trois destinations, au départ de l’aéroport de Genève Cointrin, seraient sous-traitées (échéance 1er mars 2005), et que le service de réservation serait délocalisé: regroupement d’une petite partie du personnel à Bâle et le reste en Inde ou en Afrique du Sud.
Ainsi, depuis Genève, les vols pour Paris, Rome et Lisbonne seraient laissés à des partenaires étrangers et le service de réservation fermé. Cet effet d’annonce avait aussi pour objectif de rassurer les actionnaires, d’attirer de nouveaux capitaux et de permettre aux spéculateurs boursiers de profiter de la hausse ou de la baisse des actions de Swiss, comme ils le font depuis des années.
Une grève pour le respect
Selon les calculs du personnel et du Syndicat des Services Publics, il ne restera que six destinations à être desservies par les appareils de la compagnie depuis Genève. Ainsi, la flotte régionale RJ 10085 disparaîtra, ce qui correspond à la presque totalité de la maintenance à partir de la plate-forme genevoise.
Suite à cette annonce, la direction de Swiss n’a donné aucune information orale directe au personnel touché par ces mesures. Elle n’a pas respecté la loi qui impose aux patronat, en cas de restructuration, de prévenir suffisamment tôt des mesures projetées, pour permettre au personnel touché par ces mesures ou à ses représentant-e-s de formuler des contre-propositions. Par une lettre le 14 février 2005, la direction de Swiss a été interpellée formellement par le Syndicat des services publics (SSP/VPOD). Les mécaniciens n’ayant reçu aucune réponse, pas même un accusé de réception, le 24 février, dès 5 h. du matin, ils se sont mis en grève. Une première mesure de lutte pour le respect et la préservation des postes de travail à Genève.
La valse des milliards
Pour mémoire, il faut rappeler qu’en 2001, la Confédération a versé 2,5 milliards à cette compagnie,. Entre-temps, M. Corti, directeur de la défunte compagnie Sair group (Swissair), a lâchement abandonné le navire, après une année de travail, avec plus de 12 millions en poche. L’un de ces hauts dirigeants du groupe touche aujourd’hui un salaire de huit cent mille francs Enfin, alors qu’il est question de licencier plus de mille personnes, la compagnie fait changer à grands frais l’ensemble des sièges de ses avions!
Le jour de la grève, à 8 h. 15, la direction bâloise était sur le tarmac de Cointrin, puis dans le hangar où étaient cloués au sol trois avions de la compagnie. Très vite, un accord a été conclu. En contrepartie de la cessation de la grève et de la levée des mesures de blocage des avions, la direction s’est engagée à intégrer un délégué des employés mécaniciens de Genève, lors des négociations sur le renouvellement de la CCT; à ne plus décider unilatéralement de fermer des lignes au départ de Genève sans offrir la possibilité au personnel touché de faire des contre-propositions; à ne prendre aucune mesures de représailles contre l’assemblée du personnel où les participant-e-s au mouvement.
Le lendemain, la presse nationale unanime reconnaissait que les employé-e-s avaient remporté une victoire importante grâce à leur grève éclair.
Au delà de ce résultat immédiat très positif, cette démonstration de force pourrait conduire le personnel à refuser l’ensemble des propositions patronales et à envisager sereinement de ne pas signer la prochaine convention collective à la fin mars. En effet, l’augmentation du temps de travail à 43 h. par semaine, la suppression de deux jours de vacances et le blocage des salaires pour 3 ans encore (après avoir été réduits de 20 à 30%) sont inacceptables.
L’avenir nous dira si ce premier mouvement de grève a été le signe avant-coureur d’une nouvelle mobilisation d’envergure des mécaniciens, à Zurich, à Bâle et à Genève, pour forcer le patronat à signer une convention digne de ce nom pour les salarié-e-s, qui mette un terme à la dégradation des conditions de travail.
A l’évidence cette grève a permis de redonner espoir au personnel de Swiss, qui a vu ses conditions de travail gravement se péjorer au cours de ces trois dernières années. C’est une première victoire, elle demande à être confirmée.
Rémy PAGANI