Première brèche dans le salaire minimum
Le 8 mars 2026, le patronat genevois est parvenu à faire passer la baisse du salaire minimum pour les jobs étudiants, et ce, avec une adhésion massive de la population (60,6 %). Loin de représenter un rejet du principe de salaire minimum, ce résultat témoigne des entourloupes de la droite parlementaire. Décryptage.

Pour parvenir à faire accepter sa proposition de baisse du salaire minimum, le patronat a misé sur deux tactiques pernicieuses. Tout d’abord le mensonge: la campagne patronale a matraqué l’existence d’un «danger» pour les jobs étudiants. La seule solution pour les sauver était la baisse du salaire plancher. Logique…
L’autre arme utilisée a été l’introduction, dans le projet de loi, d’une clause de référendum obligatoire. Ce tour de passe-passe législatif permet au parlement (avec une majorité de 2/3) de faire directement passer son projet de loi en votation ; dans des conditions qui le placent en position de force.
D’une part, le Parlement a ainsi introduit une confusion sur le sens du référendum. Par cet outil, on ne conteste plus une loi, on la plébiscite!
D’autre part, cela empêche les opposant·es de faire une véritable campagne. En effet, sans période de récolte de signatures, la procédure est passablement accélérée et le début de campagne que constitue, de facto, cette première étape ne peut pas avoir lieu. On est coupé de la possibilité de parler de l’enjeu à la population.
Plus fondamentalement, introduire une clause de référendum permet au parlement de ne pas accorder d’espace d’argumentation à l’opposition au sein de la brochure explicative qui accompagne le bulletin de vote. Forcément, puisque le référendum provient du parlement même, pas besoin de lui accorder une place, il en a déjà une! Cette brochure explicative constitue pourtant une source d’informations primordiale pour la population, et bon nombre de personnes ne se réfèrent qu’à cette dernière au moment de voter. Sans avis contradictoire, pas étonnant que les mensonges du parlement passent comme une lettre à la poste…
Pas de chiffres attestés, que des opinions
Malgré l’absence de chiffres pour étayer son discours, l’argument patronal sur l’incapacité d’embaucher plus de jeunes à cause d’un salaire minimum trop élevé a fait mouche. Pour tenter de pallier ce manque de sources, le camp bourgeois a tenté, par l’intermédiaire de son outil de propagande, la Fédération des Entreprises Romandes (FER), d’apporter des statistiques en sondant les entreprises genevoises. Sur les quelques 40000 entreprises que compte la FER, seules… 27 ont affirmé ne plus pouvoir engager de jeunes à cause du salaire minimum légal.
À l’inverse de ce sondage ubuesque, les chiffres livrés par le rapport du département de l’économie, de l’emploi et de l’énergie nous éclairent bien plus sur la réalité du terrain. Ces derniers montrent que, pour les emplois concernés par le salaire minimum légal, son application a permis aux salaires de progresser et de rétribuer dignement les travailleur·sexs. Ceci en particulier pour les moins de 25 ans dont le pourcentage payé en dessous du salaire minimum est passé de 22,4% à 9,5% aujourd’hui.
Le salaire minimum n’empêche pas d’engager des jeunes, mais les protège contre l’extrême précarité. Pour faire avaler ces couleuvres au corps électoral, la machine de propagande patronale a tourné à plein régime tant dans la presse bourgeoise que sur les réseaux sociaux, à grand coup de publicités payantes. Cette campagne révèle une fois de plus l’inégalité flagrante des moyens entre le camp patronal et le camp des travailleur·sexs.
Une précarité bien documentée
D’autres chiffres, bien documentés, nous sont fournis par l’Observatoire de la vie étudiante de Genève. Le constat est sans appel: 55% des étudiant·exs de l’UNIGE exercent une activité rémunérée durant leurs études, dont 37% de manière régulière. Parmi elles·eux, 22% disent rencontrer des difficultés financières importantes et sont obligés de travailler pour continuer à étudier. Combien d’autres se retrouveront dans cette situation avec cette nouvelle attaque?
Une faute tactique!
Si c’est la campagne particulièrement agressive et mensongère de la droite qui a permis la remise en question du salaire minimum, rien n’aurait été possible sans le soutien tacite du PS et des vert·es au référendum plébiscitaire. Ces deux partis, bien qu’appelant à refuser la loi, ont soutenu l’introduction de la clause de référendum obligatoire dans le projet de loi même.
Ils ont ainsi largement contribué à la défaite, en coupant court toute volonté de faire une campagne dans la rue, et plus fondamentalement, en coupant la possibilité d’exposer notre argumentaire dans la brochure de votation.
Ce sont les étudiant·es qui paieront le prix de ce renoncement. Et on ne nous y reprendra plus, nous combattrons résolument chaque nouveau référendum plébiscitaire! Nous surveillerons scrupuleusement l’application de la dérogation au salaire minimum pour les jobs étudiants.
À l’avenir, nous combattrons farouchement toute nouvelle atteinte au salaire minimum et soutiendrons toutes celles et tous ceux qui voudront l’introduire dans leurs cantons.
Jocelyne Haller Luca Califano