Vote fiscal: on a frisé l’exploit !

Vote fiscal: on a frisé l’exploit !

Le camp du NON aux cadeaux aux actionnaires a failli remporter une
victoire inattendue. Ce sont en effet, vingt mille voix seulement qui
ont manqué, pour faire capoter le projet de Hans-Rudolf Merz.
Qui se retrouve au finish «avec un œil au beurre
noir», comme titrait la NZZ. Et, en effet, ce résultat
vient mettre un grain de sable dans les rouages huilés de la
machine à distribuer les millions aux riches.

Le caractère manifestement injuste d’une imposition
réduite des revenus des actionnaires, s’apparentant
à l’iniquité évidente des impôts
dégressifs obwaldiens, et sur laquelle le TF devra aussi se
prononcer, est pour beaucoup dans ce résultat.

Comme le sont aussi la désinvolture de la valse indécente
des milliards «perdus» du côté de l’UBS
et du Crédit Suisse… ou les révélations sur
la fraude fiscale via Vaduz. La crédibilité du discours
mensonger sur le bénéfice que ces centaines de millions
de cadeaux fiscaux amèneraient «pour l’emploi et les
PME» a été écornée par le feuilleton
quotidien de la crise financière du capitalisme
réellement existant.

Ainsi, les projets suivants de «3e réforme» de
l’imposition des entreprises, portant sur les
bénéfices, comme aussi la révision antisociale de
la TVA projetée ont (un peu) de plomb dans l’aile et le
signal est encourageant pour toutes les forces politiques et syndicales
qui seront confrontées à ces combats.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, on se remet d’un
œil au beurre noir, et même quand le peuple dit NON, comme
ce fut le cas à plus de 60% en 2004 contre le
précédent «paquet fiscal» de la droite
patronale, ils y reviennent inlassablement. Rappelons en effet que tous
les volets dudit paquet ont été imposés par la
suite l’un après l’autre…

Ce n’est donc pas le moment de baisser la garde. D’autant
que dans le camp du NON on trouve des «opposants»
platoniques à la politique de la droite, comme le Conseiller
d’Etat Vert genevois, chargé des finances, David Hiler et
ses collègues de la majorité rose-verte du Conseil
d’Etat, qui s’empressent de préparer et
d’annoncer «en urgence», une loi d’application
cantonale pour «respecter l’esprit de la décision
populaire.»

Or des vingt mille voix qui ont manqué nationalement au NON pour
passer la rampe, les trois-quarts auraient pu être fournies, par
exemple, si le 9% de «votes blancs» genevois avaient
basculé du bon côté. Mais ce gouvernement, qui en
avait les moyens et dont la politique est par ailleurs officiellement
hostile aux baisses d’impôts, n’a rien fait dans ce
sens et n’a pas élevé la voix de peur de froisser
la droite patronale. Sans parler de la mollesse des moyens
engagés par le PS local en faveur de «son»
référendum. Quelle honte. Genève fait moins bien
en la matière que Neuchâtel, les deux Bâle, Vaud,
Berne… et même Zurich! Du pain sur la planche au bout du
lac pour les opposants à la politique des caisses vides…

Pierre Vanek