Lutte contre le harcèlement à Lausanne

Lutte contre le harcèlement à Lausanne : La bonne conscience du féminisme bourgeois

Fin avril, la Ville de Lausanne a lancé sa campagne de sensibilisation contre le harcèlement de rue. Celle-ci met en scène la visite d’un musée fictif, dans lequel ce type de harcèlement serait une relique du passé. La campagne soulève plusieurs problèmes.


L’une des œuvres du «Musée du harcèlement de rue».

Dans un premier temps, en plus de la vidéo déjà disponible en ligne, la campagne comprendra des affiches placardées à travers la ville, un dépliant d’informations et un spot de 15 secondes diffusé sur les bornes d’affichage des horaires des tl. Dans un second temps, différents corps de métiers dont la police, les services de sécurité et le personnel des établissements publics suivront des cours de sensibilisation. Le tout s’inscrit dans la «stratégie de lutte contre le harcèlement de rue», présentée le 20 décembre 2017 par la Municipalité (voir l’article d’Anouk Essyad, solidaritéS nº 321).

Le court film présente plusieurs qualités: le format bref, la définition claire du harcèlement de rue et la présence de l’humoriste Yann Marguet comme guide d’exposition le rendent efficace et permettent de s’adresser à un public large. Mais cette campagne présente des défauts.

Tout d’abord, c’est la responsabilité individuelle qui est mise en avant. La scène finale, par exemple, montre un visiteur du musée face à son reflet dans un miroir au-dessus duquel figure l’inscription «Celles et ceux qui ont dit stop». A la lecture du rapport écrit, le même constat s’impose: aucune mention du contexte qui permet et tolère le harcèlement, aucune occurrence du terme «sexisme». De manière générale, il n’est question à aucun moment d’aborder les causes structurelles du harcèlement de rue.

Ensuite, il ne faut pas oublier que ces dernières années le harcèlement de rue est devenu une des formes les plus visibles des violences sexistes. Il est le cheval de bataille des féministes non inclusives. Par ailleurs, les pouvoirs publics l’utilisent comme gage de bonne volonté pour prouver qu’ils sont actifs dans la lutte pour l’égalité. Dans les deux cas, les mesures proposées ne tiennent pas compte du racisme et du classisme. Pire, elles y participent. Le renforcement des activités policières et des politiques répressives ainsi que la focalisation sur un sexisme «de rue» a pour effet que les premières personnes incriminées par ces mesures sont celles qui occupent le plus cet espace, soit les hommes racisés et/ou précaires.

Aurélie Gay