L'UDC conservatrice et anti-femmes combat l'assurance maternité

L´UDC conservatrice et anti-femmes combat l´assurance maternité

L’assurance-maternité a minima, votée par les Chambres en septembre, est attaquée par un référendum UDC, appuyé par des radicaux. Pourtant, avec ce projet «la protection de la maternité en Suisse resterait en deçà de la plupart des réglementations européenne.» reconnaît le rapport de la Commission du Conseil national.


La loi assure 14 modestes semaines de revenu à hauteur de 80% du salaire: rien pour les mères non-salariées, rien en cas d’adoption… sans parler – évidemment – de congé parental pour les pères. Mais c’est un progrès par rapport à l’absence scandaleuse de garantie d’un congé maternité rémunéré quelconque pour les salariées en Suisse!

Blocher au front

L’argumentaire des référendaires? Blocher plante le décor en juin à Soleure, cette assurance, comme tout le social, «gaspille à gauche l’argent durement gagné à droite». Ses sous-fifre développent cinq ou six arguments.


D’abord le tour de passe-passe: les frais médicaux liés à la maternité sont remboursés, donc «le mandat constitutionnel est rempli». Ainsi depuis des lustres, les femmes qui luttent pour une vraie assurance-maternité, conforme à la volonté populaire exprimée il y a plus de 50 ans, sont victimes, non de la droite réactionnaire, mais d’un malentendu. «L’entêtement de la gauche doit cesser!» selon les référendaires.


Ils invoquent ensuite la fibre patriotique. Selon eux, on «pille» au profit des femmes une assurance dédiée aux soldats servant le pays. En effet son financement passe par les «Allocations perte de gain», destinées jusqu’ici aux militaires. Ils oublient que les salariées cotisent depuis 1953 aux APG, sans recevoir de prestation, subventionnant à fonds perdu une activité socialement inutile. Aujourd’hui, le fonds des APG dispose de 3,5 milliards, permettant d’introduire la nouvelle assurance sans cotisations dans un premier temps, et en augmentant le prélèvement APG de 0,2% seulement, une fois ce montant distribué.


Autre mensonge: l’extension des prestations sociales menace l’AVS, les autres assurance sociales, et augmente les impôts. On inverse la réalité: ce sont les baisses d’impôts par la droite – UDC en tête – qui menacent nos assurances sociales qui, de l’AVS à l’assurance-chômage, sont en bute au démantèlement. Le financement de cette assurance-maternité ne coûtera rien au budget fédéral et – au contraire du projet de 1999 qui prévoyait 0,25% de TVA en sus – n’a pas d’incidences fiscales.


Mais la pose des référendaires en défenseurs des assurances sociales devient grotesque, quand on les voit vitupérer que l’assurance-maternité «n’est pas une tâche de l’Etat» et qu’elle «mine la responsabilité individuelle»… C’est l’un de leurs axes essentiels: moins d’Etat, moins de prestations sociales, aussi modestes soient-elles. Au point que l’initiateur du projet actuel, le radical Triponez directeur de l’Union suisse des arts et métiers, devient pour eux un «étatiste» dangereux, comme aussi frise sans doute le socialisme l’Union patronale suisse, qui n’a pas soutenu le référendum, se contentant de dire son «agacement», mais listant les avantages pour eux du projet: femmes sans activité lucratives ne touchant rien, TVA inchangée, travailleurs-euses passant aussi à la caisse à travers la cotisation employés-employeurs et des «allègements financiers à l’économie». Et en effet, par rapport au projet du Conseil fédéral d’inscrire dans le Codes des Obligations un congé-maternité, à charge des employeurs, il y a pour eux des avantages.

Liberté chérie!

Mais à ceux-ci les référendaires préfèrent la rigueur néoconservatrice. Les femmes UDC l’affirment, avec cette mesure l’Etat «restreint la liberté des femmes et de leurs familles de décider de manière autonome de leur organisation». Avec cette assurance l’Etat «soutiendrait un certain modèle familial». La feuille référendaire renchérit. Il s’agit d’un «modèle familial douteux» du fait que l’Etat «favorise une activité lucrative pour les femmes». Or dans ce pays, ce sont deux femmes qui accouchent sur trois, qu’on insulte et qui se trouvent dans l’état «douteux» que déplore l’UDC, d’avoir à travailler pour un salaire. Heureusement – pourraient rajouter les référendaires – que l’Etat accepte que l’activité des salariées soit moins «lucrative» que celle des hommes, malgré l’égalité proclamée en la matière!


Rachel Grutter, élue UDC s’exprimant en juin, dans le sillage de Blocher, fait fort dans le même esprit, sur le second axe essentiel, anti-femmes, de la campagne UDC, elle déplore que: «Les mères «normales» et maîtresses de maison» ne touchent rien. Les mères salariées sont donc des «anormales»! Scandaleux, d’autant qu’en 1999 les référendaires, appuyés par l’UDC, ont vivement mis en cause les prestations prévues pour les mères sans activité rémunérée. Mais pour Madame Grutter, si travailler à l’extérieur est «anormal», que des mères arrêtent de travailler pendant un congé-maternité l’est aussi et constitue une «lourde charge pour l’économie […] une absence de 14 semaines d’une salariée pouvant constituer une perte importante pour un employeur».


Avec ce référendum, l’UDC montre son visage néoconservateur et ultraréactionnaire, avec son volet antisocial et anti-femmes. On peut regretter que la campagne contre ce référendum n’aie pas démarré à temps, pour contribuer à contrer le succès électoral des blochériens. Mais il faut maintenant s’opposer au référendum et lutter pour l’aboutissement du projet, qui ne saurait être qu’un pas vers l’assurance-maternité dont nous avons besoin…


Pierre VANEK