Dangereux d’aller travailler

Les directives de l’OFSP ne sont pas appliquées sur de nombreux lieux de travail. La SUVA et l’inspection du travail brillent par leur absence.

Promiscuité sur les chantiers

La vie de secrétaire syndical en ces jours de pandémie n’est pas simple. Mais notre présence auprès des ouvriers de toutes branches sur les chantiers, auprès des vendeurs et vendeuses dans les commerces d’alimentation et auprès de toutes les professions moins visibles, est indispensable. 

Sur les chantiers l’incompréhension fait place à la colère: «Sommes-nous de la chair à canon, les fantassins d’une guerre invisible mais surtout économique»; «Pourquoi à Berne ils ne comprennent pas que nous aussi, nous avons femmes, enfants et parents?»; «On ne compte pas parce que nous sommes des étrangers?». Que répondre?

Nous faisons des contrôles et veillons à ce que les mesures impératives de l’OFSP soient mises en place. Nous dénonçons systématiquement les infractions à l’inspectorat du travail et à la Suva.  Mais dans une Suisse ayant en période normale déjà un temps de réaction lent, c’est l’immobilisme qui prévaut en temps de confinement et de télétravail dans les administrations.

Pire,  alors que nous allons de chantiers en commerces, un serviteur de l’Etat de Fribourg, chef du service de l’emploi, se gausse d’une photo où l’on voit deux secrétaires d’Unia à 1m l’un de l’autre. Il se demande pourquoi nous ne respectons pas les distances. Une photo ne reflète qu’un instantané et oui, nous devons parfois, le temps d’une seconde, nous arrêter côte à côte pour constater une infraction. Oui, mea culpa.

J’ai passé ma semaine à dénoncer des commerces ne respectant pas la mise en place des mesures de l’OFSP. J’ai téléphoné maintes fois à l’inspectorat du travail pour une même chaine de magasin, mais à aucun moment un inspecteur n’est venu voir sur place. La police est certes passée mais ne sachant pas que contrôler, elle se contente juste de regarder si ce qui est vendu est conforme.

A force de menaces de débarquer avec la presse, après une semaine, les vendeuses ont reçu du désinfectant mais pas la clientèle ! Je suis retourné le samedi et aucune des mesures impératives de l’OFSP tels que comptage des personnes ou désinfectant pour les clients et les clientes n’était mise en place. J’ai fait constater ces manquements graves par la police qui m’a avoué ne rien pouvoir faire !

Nous avons fait le tour des chantiers et avons pu en faire stopper quelques-uns, les transports n’étant pas réglementaires entre le dépôt et l’entreprise. Nous avons aussi trouvé des toilettes de chantier dégueulasses, nettoyées une seule fois de la semaine. Des directions de travaux nous disent: «Mais oui nous avons mis en place, regardez, il y a un lavabo, il y a du savon». Mais ils ne savent pas quoi répondre quand on leur demande: «Et avec quoi les ouvriers s’essuient-ils les mains?».

Pour trop de corps de métier, il est impossible de travailler en respectant la distance de 2m. Sur un grand chantier du canton, de source confirmée et sûre, un ouvrier a été testé positif au COVID19. Il travaillait à l’aménagement extérieur. Pour le maitre d’œuvre, il n’y a pas de problème, le chantier continuera. On désinfecte les WC et on ne cesse pas le travail!

Alors les propos d’Alain Berset, lors de la conférence de presse du 28 mars, ont un arrière-gout amer pour les vendeuses et vendeurs et pour les ouvriers sur les chantiers. Notre Conseiller fédéral affirme qu’il y a dans chaque canton des organes de contrôles de la sécurité du travail et qu’en plus il y a la SUVA. Pas une seule fois de la semaine, nous n’avons croisé une personne de l’inspection cantonale du travail ou de la SUVA. Et pourtant nous en  avons fait des commerces et des chantiers !

Je ne tire pas à boulets rouges sur l’inspection du travail ou la SUVA, mais sur les politiques qui n’ont jamais pris au sérieux le rôle de ces contrôles et n’ont pas doté les cantons des moyens nécessaires pour les réaliser.

Christophe Gremaud, secrétaire Unia