L’inexistante politique culturelle du canton

Le Canton de Neuchâtel révise sa loi sur l’encouragement des activités culturelles afin, selon lui, de mieux « prendre en compte les réalités des milieux artistiques et les attentes des acteurs culturels ». Disons-le d’entrée, c’est raté.

Assemblée de la FNAAC, Neuchâtel
Assemblée de la FNAAC nearr;, janvier 2020

L’État ne conduit même pas de politique culturelle puisqu’il ne fait « qu’encourager les activités culturelles ». Il promeut de plus une vision élitiste, restreinte et néolibérale de la culture. En plus d’être, selon les chiffres de l’OFS (2015), le 19e canton en matière de soutien financier octroyé à la culture, le Canton de Neuchâtel souhaite, avec la nouvelle loi, restreindre encore l’aide apportée aux actrices et acteurs culturel·le·s puisqu’il propose de choisir moins de projet mais de leur donner plus. En somme, les projets porteurs d’excellence, d’innovation et de rayonnement seront sélectionnés, les autres devront passer leur tour. L’État se décharge une fois de plus sur les villes qui fournissent le gros de l’effort financier. 

Émancipation et lien social

Le milieu culturel neuchâtelois ne baisse pas les bras et s’est récemment organisé au sein de la Fédération neuchâteloise des actrices et acteurs culturels (FNAAC). En tant qu’interlocutrice représentative du milieu, elle a émis plus d’une septantaine de revendications dont l’une, centrale, demande que l’État consacre au minimum 1 % de son budget annuel au soutien à la culture (ce qui reviendrait pratiquement à le doubler). Dans le rapport qui accompagne la loi, le Canton balaie d’un revers de main dédaigneux ces revendications, montrant une fois de plus sa déconnexion du milieu culturel. En réaction, la FNAAC a annoncé le lancement d’une initiative législative cantonale reprenant la revendication pour l’allocation d’1% du budget cantonal à la culture. solidaritéS Neuchâtel l’aidera dans cette entreprise.

La culture est source d’émancipation et créatrice de lien social. Elle doit être considérée comme un service public, comme un droit fondamental tout aussi important que l’accès à l’eau, au logement ou à la santé. Le Canton doit prendre ses responsabilités et permettre aux acteurs·trices de la culture de vivre dignement et à la population d’y avoir un accès bien plus large qu’à l’heure actuelle. 

François Chédel