États-Unis
Les États-Unis à l’aube du fascisme
Les discours outranciers tenus par Donald Trump et ses sbires depuis des années se matérialisent. Le décisions du nouveau gouvernement étasunien ont des implications pour le monde entier.

Le premier mois du second mandat présidentiel de Donald Trump amorce un changement de régime politique aux États-Unis, qui parachève la fascisation de la prétendue «plus vieille démocratie du monde».
Les références positives aux fascismes historiques se multiplient de la part du camp trumpiste, relayées sans critique par les médias mainstream. Aux USA comme en-dehors, ces appels du pied font glisser les frontières du dicible encore plus à droite. Le devenir-fasciste du régime ne réside toutefois pas seulement dans les discours de son nouveau gouvernement, mais bien dans sa politique intérieure et extérieure, soutenue par le capital.
Son passage en force sur le plan exécutif (avec une série de décrets réactionnaires) et son agressif repositionnement de l’impérialisme étasunien (sortie de la collaboration internationale comme de l’aide au développement) doivent toujours être analysés ensemble: le second est un déversoir pour les contradictions internes à la société étasunienne que renforce le premier. Le retour brutal à l’unilatéralisme vise en effet à consolider les intérêts du pays face à la puissance économique de la Chine, afin de garantir la stabilité d’une structure de classe étasunienne particulièrement fragilisée.
C’est bien là le cœur de la politique fasciste: consacrer la primauté suprême des intérêts nationaux pour cimenter la hiérarchie sociale du pays.
Les tractations avec la Russie pour le dépeçage de l’Ukraine – et le piétinement officiel de toute aspiration du peuple ukrainien à se libérer de l’oppression russe – s’inscrivent également dans la recherche d’un compromis inter-impérialiste. En parallèle, l’immixtion dans la politique européenne vise à maintenir le Vieux continent dans la position subalterne du «petit frère» occidental – et à désamorcer toute résistance potentielle de sa part. La broligarchie au pouvoir soutient dans ce but ouvertement ses partenaires européens de la nouvelle internationale fasciste dans leur abordage du pouvoir.
Les gesticulations trumpistes en matière nationale et internationale ne seraient rien sans le soutien plein et entier du grand capital. Auparavant (légèrement) hostile vis-à-vis d’un Trump alors considéré comme excessif, le capital monopolistique de la tech s’est désormais rangé derrière le trumpisme du capital fossile de la première heure. Sans ce réalignement unanime du patronat occidental (et pas seulement étasunien), Trump n’aurait pas pu passer des mots aux actes.
Les quelques obstacles sur la route de ce nouveau fascisme semblent dérisoires. Au sein du camp trumpiste, des tensions existent entre alt-right et techno-fascistes, mais il semble périlleux de compter dessus pour que s’effondre le pouvoir présidentiel. Sur le plan intérieur, l’opposition démocrate reste toujours absente, tandis qu’aucune contestation populaire d’envergure ne semble émerger. Seule l’entrave au repositionnement impérialiste des Etats-Unis pourrait enrayer leur fascisation, en jugulant l’extériorisation de la conflictualité nationale pour ouvrir la porte à une restructuration de l’opposition.
Toutefois, les puissances européennes et émergentes ne s’engageront jamais spontanément dans cette voie. Seule une mobilisation populaire internationaliste pourrait les y forcer. Toutes les composantes du mouvement social devront y œuvrer, comme l’ont bien compris les militantes de la Grève féministe qui ont placé le 8 mars 2025 sous le signe de l’antifascisme.
Antoine Dubiau