Les 39% de Trump comme révélateur d’une mystification
Face aux droits de douane imposés à la Suisse par Donald Trump, la droite veut réduire les protections sociales et les régulations environnementales pour sauver le capitalisme suisse. Mais qu’y a-t-il à sauver ?

Se faire «lécher le cul». C’est l’objectif affiché du président étasunien Donald Trump avec ses droits de douane. De façon moins imagée, engranger des victoires politiques dont le broligarque peut s’enorgueillir. Avec l’Union européenne, cela a été la promesse d’investissements massifs et d’achats démesurés de produits pétroliers étasuniens. Avec la Suisse, les langues de Karin Keller-Sutter et de Guy Parmelin ne semblent pas avoir été assez goulues: ses exportations vers les États-Unis sont désormais taxées à 39%.
En mettant de côté les explications psychologiques, Trump veut, comme promis, faire baisser les prix des médicaments aux États-Unis. Sur ce marché très libéralisé, ceux-ci sont, sans surprise, les plus élevés du monde. L’une des concessions du gouvernement suisse sera-t-elle de faire pression sur les géants Roche et Novartis? Dans ce cas, les patient·es suisses devront probablement passer à la caisse. Big Pharma exige depuis longtemps une hausse des prix, menaçant de retirer les traitements jugés trop bas par rapport aux négociations avec l’Office fédéral de la santé publique.
Priver des patient·es de médicaments vitaux est un effet collatéral du maintien des dividendes (près de 14 milliards distribués par Roche et Novartis en 2024) et des salaires exorbitants des dirigeant·es des multinationales du secteur.
Les réactions de tous bords remplissent les médias depuis le choc du 1er août. À droite, on exige de «réduire la charge des coûts pesant sur les entreprises» (Economiesuisse). En clair: pas d’augmentations salariales et fin des obligations climatiques.
Dans une forme d’«union nationale», tout le monde s’accorde pour une extension de la durée des réductions de l’horaire de travail (RHT). Quand une assurance sociale payée par des cotisations paritaires profite partiellement au patronat, celui n’exige plus de «baisser les dépenses»…
Un consensus se forme aussi pour conclure vite des accords de libre-échange, désastreux socialement et climatiquement, notamment avec les pays du Mercosur. La signature rapide des bilatérales III avec l’UE est également présentée comme la meilleure solution pour sauver «notre économie». Dans le climat actuel, la position des syndicats, qui exigent des contre-mesures pour préserver les salaires, pourrait être dénoncée comme traîtrise à la patrie.
Si l’on examine les exportations suisses soumises aux nouveaux droits de douane, on trouve surtout le secteur de l’horlogerie, pour lequel la part exportée aux États-Unis s’est amplifiée ces dernières années (notez que le prix de la montre en or fabriquée en Suisse, Trump Victory Tourbillon n’a pas augmenté). On y trouve également le café (dont les capsules Nespresso) et, dans une moindre mesure, de produits issus de l’exploitation animale (comme le fromage). Des produits de luxe qui entretiennent les inégalités et d’énormes émissions; une boisson fondée sur le néocolonialisme; des aliments générant souffrances et gaz à effet de serre: rien de tout ça ne justifie de «stopper le développement de l’État social» (Swissmem) !
Aucune émancipation ne sera possible tant qu’on nous fera croire que notre salut dépend de la croissance du PIB ou de la balance commerciale, selon le principe du partage des bénéfices entre patronat et salariat.
Tant au niveau social qu’écologique, ces critères vont à l’encontre de la nécessité de réorganiser la production en circuits courts, démocratiquement décidée et débarrassée de productions socialement inutiles.
Niels Wehrspann