France

Chèques généreux pour les capitalistes

Les politiques fiscales d’Emmanuel Macron ont favorisé indiscutablement et largement les riches. Moins connue est la politique de multiples subventions publiques aux groupes économiques privés, qui atteint plus de 270 milliards d’euros en 2023, soit 11% du revenu national. Deux journalistes dévoilent comment ces sommes sont transférées vers les capitalistes. Des résultats qui paraissent incroyables.

Manifestation contre les politiques d’austérité du gouvernement Macron/Lecornu. Paris, 18 septembre 2025.
Manifestation contre les politiques d’austérité du gouvernement Macron/Lecornu. Paris, 18 septembre 2025.

«C’est l’histoire d’un hold-up». Ainsi commence l’ouvrage de Matthieu Aron et Caroline Michel-­Aguirra, grands reporters au Nouvel Obs. Le fait que les milliardaires paient relativement peu d’impôts est déjà connu, en particulier grâce aux travaux de l’économiste Gabriel Zucman. Une autre face de la politique de l’offre est le détournement de l’argent public au profit des plus riches. Celui-ci recouvre à la fois les aides directes aux entreprises, les niches fiscales dont elles bénéficient ainsi que leurs actionnaires et encore les exonérations et exemptions de charges patronales. Un hold-up qui vient de loin et n’est pas le fruit du hasard.

Le contexte actuel, focalisation sur les dépenses sociales.

Les cibles d’économies budgétaires des différents gouvernements français n’ont que peu varié. Au premier rang le fameux «trou» de la sécurité sociale, devenue la cause de tous les maux. Le «modèle social» serait trop généreux, ne tiendrait pas compte du vieillissement de la population et enfoncerait les comptes publics dans la spirale de l’endettement. 

Les libéraux·ales de tous bords pointent encore un État omniprésent, bureaucratique, dépensier en matière sociale (retraites, assurance chômage, santé, éducation), ainsi que différentes fraudes aux assurances sociales. Des sites web comme Horloge de la dette publique résume cette vision apocalyptique. 

Contre ces dépenses, la fameuse tronçonneuse de Milei devrait passer à l’action. Sans cela, le pire est annoncé. Toute la population est considérée responsable, alors tout le monde devrait passer à la caisse et se serrer la ceinture.

Ces analyses et perspectives illustrent parfaitement une approche libérale, à la fois sur le plan financier et idéologique.

Le prétexte de la compétitivité

Or, depuis trois décennies, un transfert colossal a été mis en place avec l’aval des gouvernements successifs. L’argent tiré des impôts est dérouté vers les particuliers les plus fortunés, les grandes entreprises et leurs actionnaires. Difficile à croire, mais les faits sont là.

Une multitude de dispositifs (plus de 2200) ont été mis en place pour soi-disant «assurer la compétitivité» des capitalistes français.  Le contrôle sur les résultats de ces aides est pratiquement inexistant. Pire encore, les bénéficiaires sont incapables de justifier ni leur usage ni le résultat, comme l’ont montré les témoignages d’une brochette de grands patrons français convoqués pour s’expliquer devant une commission sénatoriale en ce début d’année. Des déclarations édifiantes, plaidant l’ignorance, qui contrastent avec la sévérité de contrôles tatillons et permanents que subissent les chômeurs ou les bénéficiaires de certaines allocations sociales.

Accompagnant les dogmes néolibéraux des années 90, la mise en place de ces mécanismes s’est accélérée dès 2010. Les aides ont été multipliées par 10 en trente ans. Les auteurs aboutissent ainsi à un chiffre astronomique de 270 milliards. Vous avez bien lu. À comparer au revenu national 2024 qui était de 2440 milliards – 11%, ce n’est pas marginal.

Des sources différentes mais concordantes

Pour percer l’opacité et le silence du Ministère des finances, les deux enquêteurs ont passé au crible des sources indiscutables (Cour des comptes, OCDE, Institut des politiques publiques, France-Stratégie, Clersé) pour en extirper une image globale et compréhensible. Car ces aides publiques ne figurent sur aucun document officiel. L’État français signe donc des chèques en blanc. Entraînant les augmentations du déficit public et la hausse de la dette en toute impunité. 

Ces aides publiques ont augmenté trois fois plus vite que les aides sociales. L’explosion de la richesse accumulée n’est donc pas simplement le résultat de l’évolution boursière. Un exemple parmi d’autres, le groupe de transport maritime et de logistique CMA-CGM, propriété de la famille Saadé et 3e groupe mondial dans son domaine, est la société la plus aidée de France.

Emmanuel Macron n’a pas seulement lancé des baisses massives d’impôts pour les entreprises et les plus riches, il leur a ouvert largement le robinet des aides. Par sa politique de l’offre, il a «transformé l’État en un guichet qui signe des chèques à l’aveugle». Ce détournement constitue un «hold-up» au profit des plus riches et des entreprises, dépassant les dépenses de santé ou des retraites.

José Sanchez