États-Unis
Prendre au sérieux le risque génocidaire anti-trans
Le 5 janvier, l’Institut Lemkin pour la Prévention du Génocide a publié un texte avertissant que des prémices de génocide contre les personnes transgenres et intersexes étasuniennes ont été constatées et risquent de s’aggraver dans un futur proche.

L’ Institut Lemkin est une ONG internationale qui promeut le concept de génocide comme outil de prévention, de repérage des situations à risque et de protection des populations visées.
Une définition plus large
Les expertexs qui le composent revendiquent une définition du génocide plus large que celle du Statut de Rome, en élargissant le champ des potentielles victimes aux groupes économiques, sociaux, politiques et culturels.
Pour l’instant, les crimes commis à l’encontre des populations queer ne peuvent pas être définies comme génocidaires par le droit international. Ils sont souvent mis dans des catégories plus générales, qui ne permettent pas d’appréhender la haine spécifique à leur égard, voir sont complètement ignorés dans le champ de la recherche, dans le processus de justice et dans le récit historique portant sur les génocides.
Selon les différent·exs chercheureuses à l’origine du texte, cette absence de protection légale ainsi que la situation de minorité numérique de la communauté trans a pour conséquence que cette dernière représente un groupe particulièrement facile à cibler et qui pourrait notamment servir à habituer et désensibiliser la population générale à la violence répressive, sans trop de résistance.
Attaque après attaque
Depuis son investiture, Trump a fait passer un nombre important de décrets et de lois concernant les personnes trans, et ce dans un contexte national déjà très marqué par les efforts, au niveau local ou juridique, des républicain·es de restreindre leurs possibilités d’existence, ainsi que par l’augmentation des violences transphobes et des suicides au sein de cette communauté.
Il s’agit, selon l’Institut, de discriminations qui ne sont pas aléatoires, mais bien institutionnalisées et soutenues par une propagande bien organisée, dans le but concret de détruire les personnes trans, tant au niveau de leur existence en tant que groupe politique, qu’au niveau médical, historique, juridique, et individuel.
La transphobie des gouvernements n’est pas nouvelle. L’aggravation de la situation aux États-Unis est aussi le produit de la réponse molle voire inexistante des démocrates face aux nombreuses attaques. Ces dernières années, l’offensive anti-trans est devenue, au niveau international, l’un des moteurs de recrutement et de radicalisation de l’extrême droite, et ce, à plusieurs niveaux. Notamment, un grand nombre de théories du complot concernant les personnes transgenres sont relayées par des médias d’extrême droite, reprises parfois par les médias officiels. Par exemple, le «wokisme» qui contrôlerait les institutions et tenterait de détruire la civilisation occidentale. Les femmes trans sont présentées comme dangereuses pour les enfants, les femmes cisgenres, la famille et la masculinité des hommes hétérosexuels.
En réponse, l’État démultiplie les situations et les espaces dangereux pour les personnes trans: contrôle des espaces genrés – comme le sport ou les vestiaires – incarcération des femmes trans dans les prisons pour hommes, interdictions de changer de sexe sur ses papiers d’identité.
L’État légitime la violence des acteurs non-étatiques: conservation des lois étasuniennes de «Trans panic» qui permettent aux personnes tuant leur partenaires d’invoquer la légitime défense, absence de loi spécifique contre la transphobie en Suisse, inaction et complicité face à l’explosion du nombre de personnes trans assassinées ou suicidées.
Finalement, l’État lui-même adopte des législations violentes. Ainsi, aux États-Unis, le gouvernement s’emploie à détruire l’existence légale, sociale et historique des personnes trans, ainsi que leurs perspectives de vies: destruction de l’accès aux soins de transition, empêchement de l’accès à la parentalité, dissolution des associations trans, disparition des mentions des personnes transgenres dans l’éducation et la recherche, ciblage par les institutions répressives, propagande d’État visant à faire passer les personnes trans comme terroristes.
Sonner l’alarme
Étant donné la définition actuelle du crime de génocide et l’inaction de nos États contre les génocides en cours, cette qualification par le Lemkin Institute ne changera pas la situation des personnes trans étasuniennes. Elle peut cependant servir de rappel aux militant·exs cisgenres de l’ampleur des risques encourus par les personnes transgenres dans la situation actuelle et du danger mortel que représente la montée du fascisme pour nos communautés.
Face aux attaques contre les personnes trans, et plus largement contre l’ensemble des personnes minorisées, nous nous devons de former des solidarités concrètes, par exemple financières, juridiques, syndicales, avec les populations qui sont le plus touchées par la montée de l’extrême droite. Face à l’argumentaire fasciste, nous nous devons de tenir un contre-discours solide et radical, adossé à la solidarité!
SVR