Libération de la parole dans le milieu médical
Une nouvelle cellule de signalements pour des cas de harcèlement sexiste et moral a ouvert au CHUV en juillet dernier.
Entretien avec l’association CLASH, qui lutte depuis 2018 contre le sexisme ordinaire et le harcèlement à l’hôpital.

Avez-vous été surprises par le nombre de signalements reçus par cette nouvelle cellule (143 depuis juillet 2025 selon des informations révélées par la RTS) et qui témoignent de l’importance de la problématique du harcèlement dans le milieu hospitalier?
Nous avons été choquées de ce chiffre qui démontre le caractère systémique du harcèlement sexuel en milieu hospitalier. Mais il témoigne aussi de la confiance accordée à l’antenne SAFE qui a réussi à garantir l’anonymat des personnes qui ont témoigné.
L’ouverture d’une cellule de signalement, avec un ancrage physique dans l’hôpital, est une nouveauté pour le CHUV. Jusque-là, les mesures contre le harcèlement s’étaient concentrées sur des campagnes de prévention, une charte de comportement ou encore une ligne téléphonique. Pensez-vous que ce changement occupe une place importante dans une forme de libération de la parole qui se mesure dans l’explosion des signalements par rapport à la période précédente?
Ce qui fait vraiment la différence, selon nous, c’est le fait que cette cellule soit gérée par des instances externes au CHUV. Nous avons pu observer en tant qu’étudiantes en médecine et dans les témoignages reçus par CLASH, que le principal frein à la prise de parole était la peur de représailles dans une institution marquée par des hiérarchies fortes. Cependant, cela doit s’accompagner de changements concrets. Le nombre de licenciements prononcés depuis 2018 reste insatisfaisant. C’est sur ce point que SAFE nous donne espoir, avec selon nous une réelle volonté et des moyens suffisants pour changer la situation.
Votre association a-t-elle été impliquée dans l’élaboration de ce nouveau dispositif? Quels premiers regards posez-vous sur sa mise en œuvre? Quelles sont les limites d’un tel dispositif selon vous?
Nous n’avons pas directement été sollicitées à participer à l’élaboration de la cellule SAFE. Cela nous a par ailleurs étonné sachant que nous sommes actives dans ce domaine et que nous avons créé une antenne similaire active depuis 2018.
Nous manquons de recul pour se positionner sur l’efficacité de SAFE mais nous trouvons que c’est un bon début et que sa valeur sera à déterminer sur la durée.
Les limites de ce projet sont les dimensions systémiques et institutionnelles du harcèlement sexuel au CHUV. La hiérarchie et le cadre légal ne sont pas faits pour les victimes et veulent les silencer. Une limite que nous avons pu observer est qu’une instance publique ne peut pas légalement licencier une personne aussi facilement que dans le privé, son nom ou quelconques informations qui permettraient de la reconnaître devant aussi être caché.
Propos reccueillis par la rédaction