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Rwanda

Nouvel épisode de la guerre des minerais en RDC


L’offensive des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) en République démocratique du Congo (RDC) a surpris. Après la prise de Goma les rebelles sont entrés dans Bukuwu sans grande opposition des forces gouvernementales. La chute de ces deux villes de plus d’un million d’habitants fait entrer ce conflit dans une nouvelle phase. 

UN casque de soldat abandonné au Nord-Kivu
Goma, 30 janvier 2025

L’  instabilité et les guerres internes en RDC remontent à l’époque de la décolonisation. En témoignent les assassinats (dont celui du leader de l’indépendance Patrice Lumumba), la dictature militaire de Mobutu (1964–1980), les deux guerres du Congo (1996–1997 et 1998–2002). Le rétablissement de régimes présidentiels autoritaires avec la dynastie de la famille Kabila, puis celui Felix Tshisekedi, successeur de Joseph Kabila, n’a pas amélioré la situation. 

Le sous-sol de cet immense pays est très riche en minerais. Il est exploité sans scrupule par des compagnies minières. Les militaires de la RDC sont toujours complices et bénéficiaires de ce pillage.

Conséquences du génocide au Rwanda

Le génocide des Tutsis (800000 victimes entre avril et juin 1994) a introduit un nouvel acteur dans l’est du pays. Les miliciens tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) renversent le régime génocidaire et portent à la tête du Rwanda leur chef militaire Paul Kagame. Une très grande partie des anciens miliciens et militaires hutus ainsi que de nombreux civils se réfugient rapidement avec armes et bagages dans la région frontalière du Kiwu. Cette présence sera utilisée par le Rwanda comme une menace pour justifier des incursions régulières en RDC, profitant de sa supériorité militaire et de la faiblesse des troupes congolaises.

La reprise des activités du groupe armé M23 en 2021 est une réaction à un accord entre la RDC et l’Ouganda pour faciliter l’exportation de produits miniers, anticipant les prévisions de croissance dans la demande de certains minerais stratégiques dans le domaine de l’électronique. À ce moment, le M23 occupe la mine de Rubaya qui contient 15% des réserves mondiales de coltan. Or, le M23 est une création de l’armée rwandaise, même si celle-ci dément formellement toute implication. Derrière ce paravent se cachent les ambitions et les actions de Kagamé.

Le Rwanda exporte de l’or, de l’étain, du coltan, du tantale et du tungstène alors que son territoire en est dépourvu. L’extraction de ces minerais provenant des zones occupées par le M23. À titre d’exemple, l’ONU fait état de 120 tonnes mensuelles de coltan acheminées vers le Rwanda. 

Pourquoi le Rwanda bénéficie-il d’une telle impunité?

Aujourd’hui, la situation est différente de celle de la décennie précédente, au moment des premiers affrontement avec le M23. Les sanctions internationales des États-Unis et de l’UE ont provoqué un rapide retrait de l’appui de Kigali.

Désormais, le Rwanda est davantage reconnu au niveau international dans des missions de paix et de sécurité. Il est devenu pour beaucoup de pays occidentaux un élément de stabilité durable en Afrique. En particulier parce qu’il permet de sécuriser l’exploitation minière, même au prix du non-respect des frontières et du droit international.

Parallèlement, l’élection de Tshisekedi à la présidence de la RDC en 2019 a été contestée et entachée de fortes irrégularités. Son mandat, renouvelé en 2023, a été affaibli par des tentatives de coup d’État, réelles ou non, par la corruption et l’incapacité à résoudre la crise sociale de son pays.

Une opportunité pour Kagame

En ce début d’année, marqué par l’élection de Trump et par l’affaiblissement de l’UE, une opportunité s’offre pour Kagamé: profiter d’un rapport de force favorable pour relancer les opérations militaires du M23 au nord Kiwu avec pour objectif d’occuper une vaste zone en RDC, dont les villes de Goma et de Bukuwu, pour y contrôler les industries minières et leur commerce. 

Cette force d’occupation, numériquement faible, même épaulée par 3000 à 4000 soldats rwandais, a suffi pour mettre en déroute l’armée congolaise et ses milices alliées. Le M23 se positionne dorénavant en force de police pour contrôler la région au bénéfice de ses protecteurs et assurer le transfert des minerais vers l’est.

Se présente aussi un visage politique du mouvement avec l’Alliance fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, qui avait couvert les fraudes électorales de Tshisekedi en 2019. C’est à l’AFC que revient la tâche de relever les défis d’une gestion des zones «libérées» dans un contexte de catastrophe humanitaire. 

Nangaa donne ainsi un visage congolais à un mouvement accusé d’être manipulé par Kigali, alors qu’il a surtout été un des piliers internes du système de pillage en RDC. Et il rêve de rassembler une opposition congolaise fragmentée pour marcher sur Kinshasa, distante de 1500 kilomètres. 

José Sanchez