Un fonds climat qui ne suffira pas
Pour financer une politique climatique plus ambitieuse, les Vert·es et le Parti socialiste proposent la création d’un «fonds climat», alimenté par des ressources de la Confédération. L’idée: mobiliser 4 à 8 milliards par an afin de financer des mesures concrètes de lutte contre le réchauffement climatique. solidaritéS soutient cette initiative, tout en soulignant certaines faiblesses.

Le 8 mars 2026, le peuple suisse votera sur l’initiative «Pour une politique énergétique et climatique équitable: investir dans la prospérité, le travail et l’environnement (initiative pour un fonds climat)». L’objectif affiché est clair: agir maintenant, en investissant massivement – 0,5 à 1% du PIB – dans des secteurs clés de la lutte contre le réchauffement climatique, tout en renforçant simultanément l’approvisionnement énergétique du pays.
Investir maintenant et localement
Ce fonds climat permettrait de financer une série de mesures écologiques comme la rénovation énergétique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables, la décarbonation des transports, le soutien à la formation de professions indispensables à la bifurcation écologique ou encore la préservation de la biodiversité, indissociable de la crise climatique.
Les initiant·es invoquent une responsabilité historique. Les générations précédentes ont investi dans de grands projets d’envergure: les tunnels du Gothard et du Lötschberg, les barrages hydrauliques et le dense réseau ferroviaire que l’on connaît. Il serait désormais temps, pour les nouvelles générations, de prendre leurs responsabilités en investissant à nouveau massivement dans la lutte contre le dérèglement climatique. Plus tard sera trop tard.
De plus, l’initiative prévoit que ce fonds ne soit pas soumis au frein aux dépenses, ce qui garantit une sécurité des investissements, même en période d’austérité budgétaire.
Un soutien nécessaire aux travailleur·ses
La bifurcation écologique nécessite de former des travailleur·ses spécialisé·es. L’initiative prévoit ainsi un soutien financier à la formation continue, afin de permettre la reconversion professionnelle et la formation des travailleur·ses. Les principaux syndicats du pays saluent et soutiennent d’ailleurs le texte.
Toutefois, il est regrettable que ce soutien ne s’étende pas explicitement à l’ensemble des travailleur·ses qui font déjà face aux conséquences du dérèglement climatique, dans les secteurs du bâtiment, de l’agriculture, de la voirie, etc. La justice climatique passe aussi par une protection de celles et ceux qui en subissent déjà les effets.
Quelques bémols
Malgré un texte globalement intéressant, plusieurs éléments viennent griser le tableau.
L’initiative mentionne un soutien à des projets d’extraction et de captation du CO₂. Or, ces technologies relèvent largement du mythe technosolutionniste [croyance selon laquelle les crises environnementales peuvent être résolues par des innovations techniques sans remettre en cause le capitalisme et les rapports de pouvoir qui les ont engendrées – ndlr]. Elles servent surtout d’alibi aux multinationales de l’industrie fossile, en faisant miroiter une solution miracle qui permettrait de continuer à produire et à polluer, sans remise en cause réelle du mode de production capitaliste. En réalité, le captage du CO₂ est une technologie coûteuse, énergivore, marginale à l’échelle des besoins et détourne l’attention de l’essentiel: la réduction directe et rapide des émissions de gaz à effet de serre, à la source.
Enfin, comme le fonds serait alimenté au niveau fédéral, il est important de souligner que 32% des recettes de la Confédération proviennent aujourd’hui de la TVA, un impôt indirect basé sur les biens de consommation que tout le monde paye au même prix et non sur l’inégale répartition de la richesse au sein de la population.
Une réponse imparfaite à l’échec de la loi CO₂
Cette initiative fait suite au rejet par la population de la révision de la loi CO₂ en juin 2021. Les Vert·es et le Parti socialiste proposent une réponse qui restera imparfaite puisqu’elle s’inscrit dans les institutions et logiques capitalistes actuelles.
Le texte bénéficie du soutien de leurs jeunesses de parti, des syndicats, du Parti évangélique et de nombreuses associations écologistes. En face, le camp de la droite libérale, emmené notamment par le ministre Albert Rösti, chef du Département de l’environnement et ancien lobbyiste du pétrole et de l’automobile, s’oppose une fois de plus à toute politique climatique ambitieuse.
Pour une transition écologique réellement juste
L’initiative pour un fonds climat propose des investissements publics massifs pour lutter contre l’urgence climatique mais elle reste insuffisante. Sans justice fiscale, sans remise en cause du pouvoir des industries polluantes, sans planification démocratique des investissements, elle restera prisonnière d’un capitalisme vert incapable de répondre à l’ampleur de la crise.
Voter oui reste primordial, ne serait-ce que parce que les investissements nécessaires pour la rénovation des bâtiments ou encore le développement des transports publics manquent et sont attaqués chaque fois que des budgets doivent être votés…
Angela