Palestine

Des espaces s’engagent contre l’apartheid en Palestine occupée

Samedi 21 février, plus d’une vingtaine d’espaces lausannois – théâtres, salles de concert, festivals, commerces ou associations – se sont déclarés Apartheid Free Zone (AFZ), s’engageant ainsi à rejeter toute forme de partenariat avec des entreprises ou institutions complices de la politique coloniale d’Israël. Une campagne qui ne fait que commencer…

Soirée de lancement d’ Apartheid Free Zone Lausanne
Soirée de lancement d’ Apartheid Free Zone Lausanne au Centre culturel Pôle Sud (qui a rejoint AFZ), Lausanne, 21 février 2026

Alors que la guerre génocidaire menée par l’État d’Israël se poursuit à Gaza, les récentes attaques contre l’Iran soulignent l’ancrage impérial et les complicités occidentales qui rendent possible le régime sous-jacent de domination, de dépossession et d’effacement à l’œuvre dans l’ensemble de la Palestine historique. 

De nombreuses ONG, dont Amnesty International, B’Tselem et Human Rights Watch, qualifient la situation pour ce qu’elle est: un apartheid. 

Ce crime contre l’humanité désigne un régime institutionnalisé de domination systématique d’un groupe sur un autre, organisé par la loi et maintenu par la force. Il s’exerce dans le Territoire palestinien occupé comme à l’intérieur des frontières reconnues d’Israël. La loi de 2018 dite «État-nation du peuple juif» a notamment institutionnalisé cette discrimination en y réservant l’autodétermination nationale aux seul·es Juif·ves.

C’est contre ce régime que s’inscrit la campagne AFZ initiée par le mouvement «Boycott, Désinvestissement, Sanc­tions» (BDS), lancé en 2005 par la société civile palestinienne. Son principe est clair: refuser toute complicité. Les lieux qui rejoignent la campagne s’engagent publiquement à ne pas collaborer avec des entreprises ou institutions impliquées dans le maintien de cette domination, ni à participer à sa normalisation.

En Suisse, la dynamique avait débuté à Genève en 2021 avant de s’étendre au canton de Vaud. À Lausanne et environs, plus d’une vingtaine de structures, notamment les théâtres Arsenic et Sévelin 36, le Romandie, le Festival BDFIL ou le Festival Cinéma Jeune Public, ont franchi le pas le mois passé. Leur engagement participe à construire un réseau de solidarité tout en visibilisant les mécanismes de l’injustice et les marques à boycotter.

Se déclarer Apartheid Free Zone n’a rien d’un geste symbolique. Ici aussi, des entreprises et institutions sont liées à l’économie de l’occupation: produits d’entreprises israéliennes dans les grandes surfaces ; investissements de la CPEV ou de la SUVA dans des obligations d’État israéliennes ; participations d’UBS dans le fabricant d’armes Elbit ; projets culturels soutenus par l’État israélien. Autant de relais d’un système auquel il s’agit de ne plus prêter appui.

Des critiques invoquent une prétendue neutralité culturelle. Mais il n’y a pas de neutralité face à l’injustice. Loin d’être discriminatoire, la campagne se revendique de l’antiracisme et cible des complicités institutionnelles, non des identités

La Cour internationale de justice a rappelé en 2024 l’illégalité de l’occupation, et l’obligation pour les États de ne pas contribuer à son maintien. Refuser de participer à un système d’oppression n’est donc pas un acte d’exclusion: c’est un positionnement légal et moral.

Patrick Gross