Le féminisme, une ligne de front contre l’autoritarisme

Les projets autoritaires s’en prennent d’abord aux droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. Celles-ci sont aussi en première ligne de la résistance!

Femmes kurdes lors d'une manifestation féministe
Manifestation de la Journée internationale des luttes féministes, Lausanne, 8 mars 2025

Il y a des moments où l’époque change de température. Les mots se durcissent, les contre-pouvoirs deviennent «des obstacles», les minorités des «menaces», et la violence comme option politique s’étend. L’autoritarisme s’installe, banalise la brutalité, puis accélère. 

Ce n’est pas un hasard si les projets autoritaires s’en prennent d’abord aux droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ et cherchent à reprendre le contrôle des corps: restriction du droit à l’IVG, attaque contre une éducation à la sexualité et au consentement, moralisation de la famille nucléaire hétéronormée, redéfinition du sexe légal…  L’intime est plus que jamais le terrain d’une lutte politique. 

La Floride a par exemple mis en place un système de primes à destination de celleux qui dénonceraient des femmes ayant eu recours à une IVG, renforçant ainsi la répression tout en créant un climat de crainte et de suspicion. 

L’instabilité politique croissante à l’échelle internationale a aussi des effets très concrets sur la présence des femmes dans l’espace politique. 

En Turquie nombre de femmes kurdes élues à des postes de maire ou co-maire ont été destituées et remplacées par des administrateurs provenant directement d’Ankara, neutralisant ainsi leur pouvoir politique et délégitimant le processus qui a mené à leur élection. Dans ce contexte, les militantes kurdes offrent un exemple de ce que signifie résister. Elles ont montré dans l’organisation politique, dans l’autodéfense, dans les réseaux d’entraide, dans l’éducation qu’un peuple peut combattre l’oppression sans reproduire la même logique de domination.  

La montée de l’autoritarisme, de l’impérialisme et des guerres ne redéfinit pas seulement des frontières: elle détruit des vies. 

Elle fait s’effondrer les soins, les écoles, les réseaux d’entraide. 

Elle précarise le travail, multiplie les déplacements forcés, intensifie l’exploitation. 

Elle redouble les violences sexistes et sexuelles. 

Quand l’économie de guerre s’organise et prospère, le social devient quelque chose de lourd et «coûteux ».

Face à cela, la résistance féministe n’est pas un supplément d’âme: c’est une ligne de front démocratique. Parce qu’elle porte un projet politique à l’exact inverse de l’autoritarisme et qui revendique l’autonomie, l’égalité, la dignité, la solidarité. L’exemple des militantes kurdes au Rojava nous rappelle un principe central pour celleux qui luttent partout dans le monde: on ne résiste pas à la domination en rêvant d’un autre maître. On résiste en travaillant à construire des contre-­pouvoirs, en protégeant les plus vulnérables, en s’organisant même quand tout est fait pour isoler, épuiser, diviser, tuer.

En Suisse aussi ces tendances sont visibles. Les budgets militaires sont en hausse. En miroir, les politiques austéritaires attaquent de front les services publics, avec des effets délétères pour les femmes en particulier, qu’elles soient travailleuses de la fonction publique ou en première ligne pour prendre le relai du travail reproductif qui ne sera plus assuré par la collectivité. 

Mais ici aussi, les femmes et les minorités de genre s’organisent et résistent. Elles descendent dans les rues pour dénoncer les politiques d’austérité, la montée des autoritarismes et de l’impérialisme et revendiquer la solidarité internationale et une société qui place la vie et le soin au centre. 

Leo Gyger