Parascolaire en colère!
À Genève, le parascolaire est en grève! Après des décennies de stagnation salariale, d’augmentation des attentes professionnelles et de demandes ignorées, les employé·es du secteur se mobilisent pour exiger de meilleures conditions de travail et plus de reconnaissance. Entretien avec des grévistes.

Quelles professions sont rassemblées sous la bannière «parascolaire» et quel travail effectuez-vous au quotidien?
Le parascolaire, c’est l’entité qui s’occupe de garder les enfants pour les parents qui travaillent, ou qui ne peuvent pas s’en occuper, dans les moments clés de la journée, c’est-à-dire durant la pause de midi et juste après l’école jusqu’à 18h, en attendant que les parents finissent de travailler.
Comme professions, on retrouve des animateurs et des référent·es socioéducatifs (RSE) qui sont sur le terrain, assigné·es à une école. Au-dessus de ces deux catégories, on retrouve de multiples échelons hiérarchiques qui ne travaillent pas avec les enfants. Notre boulot, c’est d’accueillir les enfants à 11h30, de les accompagner à la cantine scolaire puis de faire des activités de groupe. L’école reprend à 13h30 puis dure jusqu’à 16h, heure à laquelle les enfants sont réaccueillis avant que leurs parents les récupèrent à 18h.
Comment ont évolué les conditions de travail ces dernières décennies?
La première chose à relever, c’est le nombre d’enfants. Comparé à 1992, l’année de création du Groupement intercommunal pour l’animation parascolaire (GIAP), le nombre d’enfants a explosé. Si le nombre de collaborateur·ices a augmenté, cela pose quand même la question du taux d’encadrement (nombre d’enfants par animateur·ice). Quand ce dernier augmente, la qualité de l’animation en pâtit et pose même des questions de sécurité lors des déplacements.
Un autre aspect est celui de l’évolution de la prise en charge pédagogique et psychologique. Le parascolaire ce n’est pas juste du «gardiennage». Nous suivons des formations continues pour apprendre à mieux communiquer avec les enfants, apprendre à les observer, les écouter. Les exigences ont évolué, les pratiques cherchent à s’améliorer, nous demandons logiquement que la reconnaissance de notre métier suive la même évolution!
Les horaires même de travail du parascolaire induisent une précarité du fait du peu d’heures qu’il est possible d’effectuer, est-ce que tu peux détailler ces difficultés?
Souvent, les employé·es du GIAP ne travaillent qu’à midi, puisque c’est à ce moment qu’il y a un pic de fréquentation du parascolaire. En fin de journée, la demande est déjà plus faible et le nombre d’animateur·ices baisse également. Pour une personne qui ne travaille que le midi, quatre jours par semaine, cela correspond à un 26% de taux de travail, pour environ 1200 francs par mois. Pour les RSE, on est à peu près à un taux de 80%, mais payé à 70% avec l’annualisation du temps de travail. Autant dire qu’il est impossible de vivre à Genève avec ce genre de taux de travail et de salaire.
Quelles sont vos revendications?
Tout d’abord, nous demandons une revalorisation salariale en faisant passer les animateur·ices en classe 9 et les RSE en classe 11, pour limiter la précarité des employé·es.
Certain·es collègues cumulent les emplois et se lèvent à 5 heures du matin pour commencer leur «première» journée avant de commencer leur «seconde» journée au parascolaire. Personnellement je cumule quatre emplois sur l’année…
De même, et cela rejoint les revendications de tout le service public, nous demandons notre droit aux annuités et à l’indexation.
Nous demandons également une augmentation du taux de travail, afin de donner aux équipes le temps de préparer leurs activités, mais également pour pouvoir faire des débriefings après chaque prise en charge des groupes. Un autre pan de nos revendications touche à la qualité des prestations et donc au taux d’encadrement.
Nous demandons l’abaissement du taux d’encadrement pour les 1P et 2P ainsi que la prévision d’un·e assistant·e en intégration scolaire (ASI) ou d’un·e éducateur·ice spécialisé·e dans les équipes en fonction des besoins des groupes. Actuellement, ces personnes travaillent pour le DIP et ne sont donc pas inclues dans les horaires du parascolaire. Mais si un enfant a besoin d’un suivi spécifique pendant les horaires de cours, son besoin ne disparait pas en sortant de classe!
On retrouve plusieurs élu·es PS et vert·es au sein de la direction, parvenez-vous à obtenir des concessions de la «gauche» institutionnelle?
Le parti socialiste est-il à gauche? c’est toujours une bonne question pour moi. Pour l’instant, nous n’obtenons pas grand-chose. On entend surtout la direction nous dire que «oui, effectivement, votre métier est important. Il mérite d’être mieux considéré» sans que cela ne débouche sur quoi que ce soit de concret. Du concret, c’est ce qu’on demande aujourd’hui.
Pouvez-vous expliquer les prémisses et la construction du mouvement de mobilisation et de grève?
Comme dit précédemment, la grève féministe de 2019 a été une étape importante avec la création d’un cahier de revendications.
En 2022, une pétition pour un accueil de parascolaire de qualité a été lancé et a récolté plus de 6400 signatures avant d’être déposée en mai 2023, suivie d’une petite manifestation des employé·es.
Par ailleurs, un des facteurs qui a cristallisé la colère des employé·es a été la réforme du GIAP annoncée en septembre 2024. Cette dernière, pourvue d’un budget de 12 millions, n’a pris aucune revendication en compte mais est venue ajouter de nombreux postes de cadres, en classe 17, dans la hiérarchie dont l’utilité reste à déterminer.
Comment envisagez-vous la suite?
Nous continuons à essayer de mobiliser au maximum les collègues. On communique par les réseaux sociaux, on a sorti plusieurs vidéos avec l’aide d’Alice Lefrançois, notre secrétaire syndicale, qui fait un super travail. On essaie de téléphoner aux collègues. De nombreuses personnes non-syndiquées rejoignent la cause parce qu’elles adhèrent aux revendications.
Là, nous sommes dans une phase charnière, parce qu’à la mi-juin, le budget du GIAP pour l’année scolaire 2026–2027 va être préparé par la direction pour qu’il soit voté par les communes en septembre. Nous avons déjà fait grève trois jours en mai. Une autre journée de grève est prévue le 2 juin.
Le mouvement est plutôt bien suivi parmi les collègues, malgré les menaces illégales reçues par certaines équipes concernant le besoin d’assurer un «service minimum». Mais cette notion ne s’applique que pour les métiers où des vies dépendent de la présence des salarié·es, comme dans les soins à l’hôpital et pour les fonctions régaliennes de l’État. La direction du GIAP semble nous inclure dans ces dernières. Et personnellement, cela ne me dérange pas que notre métier soit considéré comme «essentiel», mais dans ce cas, nous attendons des conditions de travail à la hauteur de ces attentes!
C’est une manœuvre claire d’intimidation face à l’arme ultime des travailleur·ses pour améliorer leurs conditions: la grève!
Propos recueillis par Clément Bindschaedler