G7: les architectes de la prédation des ressources

L’urgence de la crise écologique se fait sentir et appelle une grande bifurcation, mais la prétention à la protection de l’environnement est déjà sacrifiée par le G7. Il se réunira comme un club de gestion pour organiser l’accaparement des ressources du monde. Et sur l’autre rive du lac Léman, derrière sa «neutralité», la Suisse bénéficie et organise elle aussi cette économie écocidaire.

Manifestation contre le Commodities Global Summit, Lausanne, 19 avril 2026
Manifestation contre le Commodities Global Summit, Lausanne, 19 avril 2026

La France, hôte du G7, annonce que les pays participants vont «renforcer la coopération en faveur de la transition écologique». Cette prétention avait déjà été vidée de sa substance en avril 2026, lors de la réunion des ministres de l’Environnement du G7 à Paris. Des discussions sur la préservation des océans ou la sécurisation de l’eau douce se trouvaient bien à l’agenda, mais la France a assumé avoir omis la question climatique afin de ne pas «brusquer» les États-Unis.

Cette autocensure diplomatique, c’est le choix de la politique de l’autruche. C’est la confirmation que l’écologie est une variable d’ajustement, tant qu’on ne touche pas à la racine du problème: le capitalisme. Ironie amère onze ans après l’Accord de Paris et à quelques jours d’un record historique de températures pour le mois de mai.

Monopoly de la prédation des ressources

Ce déni trouve une nouvelle concrétisation dans l’agenda du sommet d’Évian de juin 2026. En parallèle des déclarations de principe, le G7 impulse un dialogue inédit avec les banques multilatérales de développement pour la «valorisation des ressources naturelles». Sous ce langage technocratique, se cache la relance d’un extractivisme néocolonial. Objectif assumé: sécuriser l’accès aux minerais critiques nécessaires à la transition énergétique, en créant des partenariats avec une dizaine de pays du Sud détenteurs de ces ressources.

Or, cette question révèle les fractures internes du G7 liées aux différents intérêts des puissances impériales. Ces ressources sont devenues un enjeu central dans la course aux technologies. En particulier pour l’IA, dont le développement repose sur des infrastructures voraces en minerais. Cette dynamique s’inscrit aussi dans la rivalité croissante avec la Chine; les États-Unis cherchant à rallier les membres du G7 à une stratégie de sécurisation des approvisionnements en minerais critiques et de réduction de leur dépendance à l’égard de Pékin. À l’image des divisions apparues autour des positions étatsuniennes concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz, les intérêts des puissances du G7 ne sont pas toujours alignés.

Ainsi, le G7 ne gère pas la crise écologique; il organise sa géographie. Il externalise les coûts environnementaux vers les populations les plus précaires, celles qui sont les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique tout en étant les moins responsables des émissions historiques.

Impérialisme discret de la Suisse

Sans être membre du G7, la Suisse est un maillon essentiel de ce système. Hub mondial du négoce de matières premières, avec des géants comme Trafigura, Vitol ou Glencore basés à Genève, Lausanne, Zoug, Lugano, elle tire d’immenses profits de cette circulation des ressources.

La place financière helvétique fournit les capitaux et le cadre financier qui permettent à l’extractivisme mondial de prospérer. Le gouvernement fédéral, quant à lui, s’aligne sur les positions du G7 pour défendre les intérêts de ce secteur, comme en témoigne son opposition à diverses initiatives très modérées visant à renforcer la responsabilité des multinationales.

Par ailleurs, le canton de Genève à lui seul peut s’attendre à un excédent budgétaire de plusieurs centaines de millions cette année à la suite du renchérissement des matières premières dû à la fermeture du détroit d’Ormuz.

Trafigura a vu son bénéfice semestriel monter à 4,1 milliards de dollars à la suite des tensions en Iran. La rareté des matières premières, induite par la fermeture des passages commerciaux, a fait flamber leur cours et l’entreprise genevoise peut les revendre au prix fort. Ce n’est pourtant pas un cas isolé: en 2022, un bénéfice similaire a pu être observé, cette fois lié à la guerre en Ukraine. Là encore, le canton de Genève a pu profiter de ce macabre excédent. En outre, des études récentes, notamment celles de Public Eye, soulignent que les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités de ces négociants basés en Suisse sont cent fois supérieures à celles du reste du pays. Un autre point qui dénote l’hypocrisie des déclarations du G7.

Solidarité entre les peuples contre le G7

Face à cette dynamique, des contre-pouvoirs émergent. Par exemple, le collectif Stop Pillage se mobilise chaque année contre le Financial Times Commodities Global Summit à Lausanne. Il propose un internationalisme par le bas, reliant les luttes des communautés affectées par l’extraction aux citoyen·nes des pays consommateurs.

Là où le G7 tente de verrouiller l’accès aux ressources par des accords interétatiques, ces mouvements soulignent que la justice sociale et la justice environnementale sont indissociables.

Ils rappellent que la sortie du «capitalocène» ne viendra pas des sommets fermés d’Évian, mais de la remise en cause des modèles socio-économiques en place, dont le droit de piller la planète et les pays du Sud global au profit du Nord impérial.

Oxana   Lilou   GTéco de solidaritéS Vaud