Qui peut enseigner ou apprendre dans une salle à 38 degrés?
Le secteur de l’enseignement se mobilise depuis 2023 sur les enjeux écologiques. Il se confronte à un Département qui refuse de discuter et laisse la responsabilité aux enseignant·es. Pourtant, il y a urgence: le secteur de l’enseignement est durement touché par les vagues de chaleur… et par l’austérité. Entretien avec Cora Antonioli, enseignante et présidente du SSP Vaud.

Comment la canicule touche-t-elle les écoles? Et quels problèmes le syndicat pointe-t-il?
D’abord, elle pose un problème sanitaire, parce que de fait, à partir d’une certaine température, c’est dangereux pour la santé, que tu bouges ou pas d’ailleurs. Les enseignant·es ne restent pas assis·es à leur bureau! Selon les recommandations au niveau fédéral, à partir de 26°C, cela peut déjà poser problème. Là, on dépasse allègrement les 30 degrés dans de noombreuses écoles. Et cette année, on a atteint un record de 38°C dans une classe déjà tôt le matin! Or, on constate que plus la semaine avance, plus ça chauffe, et toujours plus tôt le matin. Déjà après 3–4 jours de canicule, ça n’est plus supportable dans beaucoup de locaux. Avec ces températures, il y a un vrai danger sanitaire.
La seule chose qu’a fait le Département de l’enseignement, c’est un guide avec des mesures inapplicables en l’état ou pour lesquelles il faut des moyens. Cette année des écoles ou classes ont été fermées par des directions puisque ce guide le leur permettait. Mais, ces fermetures ne sont pas une solution durable.
Nous, ce qu’on veut, ce sont des mesures pour avoir des locaux frais pour enseigner et apprendre plutôt que de fermer. On veut que nos élèves soient accueilli·es dans des conditions qui soient bonnes, voire meilleures qu’à la maison pour certain·es. On a une mission de service public et ce service public, il doit pouvoir continuer à fonctionner.
En quoi l’austérité qui s’exerce depuis un moment déjà pose un problème du point de vue de la protection face aux canicules?
L’austérité pose de gros problèmes sur le moyen et le long terme. Ce qu’on devrait pouvoir régler, c’est la question des bâtiments. Il en manque depuis 15 ans au moins, en particulier des gymnases. Trop d’élèves dans les classes, c’est un problème pédagogique, mais il y fait aussi tout simplement plus chaud. Les nouvelles infrastructures devraient aussi être pensées dans la perspective de ces chaleurs, par exemple en prévoyant des points d’eau.
En plus il y a aussi besoin d’investir dans l’isolation et la rénovation des anciens bâtiments. Dans ceux-ci, c’est impossible de faire baisser la température sous les seuils en période de canicule. Dans certains bâtiments, il y a des fenêtres qu’on ne peux pas ouvrir, donc on ne peut pas créer de courant d’air.
Autre enjeu, les coupes dans le nettoyage, les conciergeries, etc.
Là, on devrait avoir du personnel qui vient le matin pour aérer les locaux. Mais des postes sont supprimés, en particulier ceux des nettoyeuses. Les concierges, pour l’instant, ça tient encore, mais on ne sait pas ce que ça donnera lors des départs à la retraite…
Qu’anticipez-vous comme problèmes si l’initiative 12% et/ou un nouveau budget austéritaire passent?
Ce serait justement encore moins d’argent pour investir dans les bâtiments. Les classes vont rester mal isolées et trop chaudes pour travailler… avec encore plus d’élèves par classes. On nous propose d’aller donner cours dehors au frais quand il fait trop chaud. En admettant que ce soit pédagogiquement possible, comment fait-on en ville? Il faudrait beaucoup plus d’endroits ombragés. Cela demande des investissements.
La position de base du syndicat, c’est qu’il faut partir des besoins. Et les mesures d’adaptation à court terme ne sont pas forcément très chères. Mettre des ventilateurs dans les locaux de travail, engager et payer ponctuellement du personnel pour faire des courants d’air le matin, faire en sorte que tout le monde puisse boire régulièrement…
Pour la rentrée des classes à la fin de l’été, qu’est-ce qui se prépare, quelles sont les revendications du SSP? On peut tout-à-fait s’attendre à des fortes chaleurs et de la sécheresse en septembre, voire plus tard.
Notre revendication est simple: négocier avec le Département sur le guide qu’il a produit, de discuter de nos revendications, à un court, moyen et long termes.
D’abord, il faut un plan clair. Pas un guide, mais des mesures contraignantes. On ne demande pas tout dès demain, mais certaines mesures sont implémentables immédiatement. Le département doit agir, parce que cela fait quand même depuis 2023 que nous alertons.
On va vers des mobilisations un peu particulières parce qu’elles dépendent des conditions propres à chaque établissement. Nous appelons les salarié·es à immédiatement interpeller collectivement leur direction pour voir ce qui se passe, et s’il n’y a pas de possibilité d’obtenir des mesures, à se réunir en assemblée et à envisager d’agir, notamment en se mettant en grève.
Dans une lettre au Chef du DEF, nous lui avons annoncé que son inaction ne nous laissait pas d’autre solution que la grève pour protéger notre santé et celle de nos élèves.
Propos recueillis par Guillaume Matthey