Un autre budget est possible et nécessaire!
Après le succès de la brochure «L’austérité n’est pas une fatalité», le GT Budget s’est attelé, cet été, à la rédaction d’un contre-budget. Après la critique du projet d’austérité du Conseil d’État genevois, voici notre proposition! Le document est disponible sur notre site internet ou en version papier à notre local.

Au début de l’année 2026, plusieurs militant·exs de solidaritéS Genève ont créé un groupe de travail sur les finances publiques de l’État genevois. En réaction aux coupes drastiques annoncées – notamment issues du rapport Zuin – nous avons pris le parti de créer du contenu d’information et d’analyse pour sortir du piège de l’austérité permanente tendu par la droite et l’extrême droite.
En juin dernier, peu après la publication du rapport Zuin, nous avons sorti notre brochure «L’austérité n’est pas une fatalité», avec l’objectif de décrypter les mécanismes de la politique des caisses vides afin d’offrir un point d’appui technique et théorique pour permettre au plus grand nombre de contrer le discours austéritaire porté par l’État, le patronat et les médias.
Après la critique, les propositions
Les retours très positifs sur cette brochure nous ont poussé à entreprendre un projet plus large, pas seulement critique mais prospectif, celui d’un contre-budget. Pendant l’été, nous sommes allé·exs chercher auprès de militant·exs du plus grand nombre de secteurs possibles des chiffres et des retours d’expérience afin de rassembler les informations nécessaires à la création d’un vrai budget capable de répondre aux urgences sociales, écologiques et féministes.
Il n’a pas été possible de couvrir toutes les politiques publiques de l’État, par manque de données ou de temps. Certains secteurs sont par ailleurs sinistrés par des années de coupes et un seul budget annuel ne suffirait pas pour commencer à répondre aux besoins du personnel et de la population.
Nous faisons des propositions concrètes: de nouveaux postes dans la santé, l’éducation, l’aide sociale et la protection de l’enfance, la prise en charge des frais dentaires et optiques ainsi que des taxes d’études, l’ouverture de nouveaux foyers, la mise en place d’un congé prénatal, le renforcement des structures d’éducation spécialisée, etc.
Sur la bifurcation écologique, même si une grande partie du travail d’atténuation et d’adaptation vis-à-vis du changement climatique doit s’étaler sur plusieurs années, nous proposons des mesures pour accélérer radicalement le rythme de rénovation des bâtiments, favoriser le report modal vers les transports en commun et le vélo et adapter nos villes aux effets du réchauffement.
La Genève international(ist)e
Nous avons également travaillé sur la dimension internationaliste de ce budget, en proposant d’allouer au moins 2,7% à l’aide au développement et à la responsabilité internationale.
Plus de 20% des recettes fiscales genevoises proviennent du secteur du négoce, de multinationales écocidaires. La fabuleuse «prospérité» genevoise est bâtie, plus encore que dans le reste de la Suisse, sur le pillage et l’accumulation des richesses du Sud global, dont une fraction seulement est reversée en impôts locaux. Ces recettes, nous ne voulons pas les préserver pour mieux les partager entre nous. Nous voulons que ces activités destructrices reculent, pour des raisons de justice sociale autant que d’urgence climatique. Cela aura un coût réel: moins de négoce, c’est structurellement moins de recettes pour le canton. L’État ne manquera pas d’en faire un prétexte à l’austérité. Il faut anticiper ce narratif et faire peser la charge de ce changement de société sur les entreprises capitalistes, non sur la population. La vraie question n’est pas de préserver cette assiette fiscale, mais de penser dès maintenant la répartition juste, efficace et collective de ce qu’il en restera.
L’argent est là (dans les poches du patronat)
Enfin, il a fallu aller chercher les recettes nécessaires pour financer ces mesures. La question n’est pas de savoir si elles existent, mais où elles se trouvent et où elles doivent être investies pour financer les besoins collectifs. À travers quelques mesures faciles à mettre en œuvre comme la taxation progressive des entreprises, des héritages et des résidences secondaires ou la suppression des forfaits fiscaux, on peut trouver des sommes importantes et les mettre rapidement au service de la population et du personnel.
Nous ne sommes pas dupes: un budget cantonal ne peut pas être révolutionnaire et ne peut pas changer la société ni les rapports de pouvoir qui la structurent. Mais il peut servir à montrer qu’une autre voie est possible quand on fait passer les besoins humains et environnementaux avant l’accumulation du capital.
Ce contre-budget est un point d’appui pour ouvrir des perspectives et construire le rapport de force, remporter des victoires, sortir une bonne fois pour toutes d’une austérité dévastatrice et commencer à bâtir l’avenir solidaire, écosocialiste, antiraciste, féministe et internationaliste dont nous avons besoin.
Roman Gobet
Contre-budget 2027