Au boulot les jeunes!
Un postulat déposé au Grand Conseil voulait informer les jeunes sur les risques liés à la sortie du monde du travail – sans poser les questions de fond.

Sous le titre «Travail non payé, une preuve d’amour?», le Grand Conseil neuchâtelois vient d’adopter à une large majorité un postulat des Verts libéraux et du groupe POP–Vert·es, amendé par le PLR. Le postulat initial demandait au Conseil d’État une information chiffrée destinée aux jeunes pour les avertir «des risques de pertes et de la dépendance subie en cas d’arrêt de travail ou de diminution du temps de travail pour se consacrer au travail domestique, entre autres, afin qu’elles et ils prennent des décisions pour leur avenir en toute connaissance de cause».
Pas un mot sur le partage du travail domestique, pas un mot sur une réduction du temps de travail sans diminution du salaire ou sur une autre façon de prendre en compte le travail non rémunéré nécessaire à la reproduction de la force de travail. En demandant de biffer la mention faite au travail domestique – ce qui a été accepté haut la main – le PLR et toute la droite unie a pu se ranger sans hésitation derrière cet appel au boulot qui répond bien aux inquiétudes patronales de voir l’enthousiasme au travail se réduire chez les jeunes.
Mais il est effarant de constater que des député·es de gauche votent en faveur de l’amendement du PLR qui gomme la notion de travail domestique et qu’au vote final une grande partie de la gauche s’engouffre dans cet appel à la discipline bourgeoise du travail.
Et le travail invisible?
Quid des préoccupations féministes sur le travail de care gratuit et invisibilisé? Quid des discriminations raciales qui empêchent souvent des requérant·es d’asile de trouver un emploi et même un stage non payé dont ils et elles ont besoin pour valider une formation professionnelle? Pas un mot sur ces points pourtant essentiels.
Que les jeunes se posent des questions sur la finalité de notre société, sur le sens du travail, qu’ils·elles souhaitent des pauses pour voyager ou se cultiver et refusent de se soumettre aveuglément à l’ordre du travail bourgeois, nous réjouit. Le Grand Conseil (à majorité de gauche), lui, préfère leur faire la morale.
Marianne Ebel