Financer son école à la place de l’État

Fin septembre, la population genevoise est appelée à voter sur les coupes prévues dans le budget de la HES-SO. Ce n’est pas une nouveauté dans l’espace de l’éducation supérieure helvétique, qui suit une profonde mutation depuis des décennies déjà. Retour sur le temps long pour mieux l’appréhender.

Rassemblement contre la hausse des taxes d’études
Rassemblement devant l’Université de Genève contre la hausse des taxes d’études, 1er octobre 2025

En 2024, le Comité gouvernemental de la HES-SO – son organe d’orientation politique, composé des Conseiller·es d’État de tous les cantons où elle est implantée – décidait d’une hausse massive des taxes d’études (40% pour les nationaux·ales, de 500 à 750 francs ; 110% pour les étranger·es, de 500 à 1050 francs). La Conseillère d’État Anne Hiltpold en avait alors profité pour réduire le budget genevois à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) de 2 millions de francs par année, soit 6 millions sur la période 2025-2028. Après l’aboutissement du référendum contre ces coupes, la population genevoise est appelée à trancher. 

Les HES et leur fonctionnement 

Créées juridiquement en 1995, les HES suisses sont doublement vassalisées aux gouvernements fédéraux et cantonaux qui déterminent leur enveloppe budgétaire dans un mélange fédéraliste Confédération-Canton. Leur orientation stratégique/politique globale est déterminée par le Conseil fédéral et leur orientation politique locale (en tant qu’institutions spécifiques) est déterminée au niveau intercantonal par le Comité gouvernemental et au niveau cantonal par les «Contrats de prestations» qui permettent aux gouvernements  de fixer eux-mêmes les prestations à fournir par les HES (et les budgets associés).

Les coupes actuelles

L’augmentation des taxes d’études puis la réduction du budget du canton de Genève visent à transférer une partie des coûts de l’État vers les étudiant·es. 

Puisque le financement étatique est basé sur l’impôt (progressif), il permet une répartition plus égale des coûts de ce domaine au sein de la population. La logique (de classe) d’Anne Hiltpold consiste au contraire à réduire l’aide étatique et à reporter les pertes budgétaires sur les étudiant·es, tandis que, selon le comité référendaire, des services disparaîtront. Contrairement à l’impôt, l’augmentation des taxes touche indistinctement les plus riches et les plus modestes… 

Une longue et unique érosion

Si le fédéralisme suisse a tendance à individualiser les coupes à chaque institution, c’est tout l’enseignement supérieur suisse qui se voit progressivement raboté. Des projets similaires ont déjà été réalisés (triplement des taxes d’études pour les étranger·es à l’EPFL en 2025) ou sont en préparation (notamment à l’UNIGE). 

Au niveau des HES, le Conseil fédéral prévoit des coupes à hauteur de 460 millions de francs pour 2027. Malgré des rythmes différents, toutes les institutions sont touchées par un même mouvement de fond néolibéral. 

Il faut donc combattre chaque coupe tout en unissant les résistances étudiantes. Ce 27 septembre, votez un grand non à la réduction budgétaire de la HES-SO!

Clément Bindschaedler