Non à l’initiative trompeuse sur «la neutralité»
Aux votations du 27 septembre, la population devra se prononcer sur l’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse (initiative sur la neutralité) », soutenue par l’UDC et d’autres organisations d’extrême droite. La majorité des forces politiques de gauche, ainsi que des associations, comme le Groupe pour une Suisse sans armée, s’opposent à ce projet trompeur qui s’appuie sur le mythe de la « neutralité suisse ».

Loin d’être pacifiste, cette initiative ouvre la voie au projet militariste porté par l’UDC.
Un projet qui limite la capacité d’action internationale de la Suisse !
Dans une période de crises, de guerres impérialistes et de génocide en Palestine, l’initiative de l’UDC veut pousser la Suisse dans l’indifférence et l’inaction vis-à-vis de la situation internationale.
Selon le texte, le pays ne pourrait plus appliquer de sanctions envers des pays impliqués dans des conflits armés, à l’exception de celles appliquées par l’ONU. Or, nous le savons, les sanctions onusiennes ne sont pas toujours suffisantes pour mettre un terme à des situations inacceptables.
Dans le cas du régime d’apartheid d’Israël, l’ONU n’applique pas de mesures coercitives à ce dernier en raison du pouvoir de veto des États-Unis.
Par conséquent, la Suisse doit garder une marge de manœuvre en termes de sanctions afin de mettre fin à toute collaboration de ses banques et entreprises avec des gouvernements commettant des crimes contre l’humanité ou des criminel·les recherché·es par la Cour pénale internationale. Ces sanctions n’interviendront pas sans pression populaire.
Intensifier les mobilisations internationalistes est notre seule option pour faire plier les autorités, faire cesser les collaborations avec les régimes coupables de ces crimes et obtenir des sanctions contre leurs responsables.
Un projet impérialiste au service des profits des multinationales !
En temps de guerre, la neutralité a permis à la Suisse de s’insinuer entre belligérants afin que ses entreprises puissent réaliser des affaires avec toutes les parties.
Les fabricants et marchands d’armes affichent d’ailleurs un grand « Non à la guerre » car ils ne veulent pas de sanctions pour pouvoir vendre à tout le monde. Nous sommes dans la caricature de la société de désinformation.
La place financière suisse et ses banques espèrent en tirer profit, malgré la situation internationale, comme cela avait été le cas avec le Troisième Reich et l’or nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Loin d’être un instrument de paix au bénéfice de la population, la neutralité a servi à masquer les liens étroits entre la diplomatie helvétique et les intérêts de ses multinationales.
Le cas de l’Afrique du Sud sous l’apartheid en est un bon exemple. Alors qu’un large mouvement international de solidarité appelait au boycott et aux sanctions, la Suisse a longtemps refusé de s’y associer, privilégiant le maintien de ses relations économiques avec Pretoria au nom de sa neutralité.
Pourtant, les sanctions économiques et financières ont joué un rôle important dans l’isolement international du régime et dans sa chute. En juin 1990 encore, Nelson Mandela appelait la Suisse à rejoindre les sanctions adoptées par d’autres pays européens. Le gouvernement suisse a toujours œuvré pour protéger les intérêts économiques de ses sociétés à l’étranger, peu importe le régime concerné.
Prétendre qu’inscrire le principe de neutralité dans la Constitution y changera quelque chose contribue à invisibiliser la responsabilité de la Suisse dans l’ordre capitaliste et impérialiste actuel. C’est précisément l’inverse de notre tâche principale en tant qu’internationalistes, celle de montrer sans cesse et de combattre sans relâche les complicités suisses avec l’État génocidaire israélien et avec tous les régimes tyranniques.
Un projet militariste et austéritaire !
Alors que ces dernières années les employé·es des services publics se mobilisent contre les plans d’austérité budgétaire imposés par les gouvernements cantonaux et fédéral, l’UDC insiste sur l’assèchement des caisses de l’État en faveur de l’armée. Celle-ci verra son budget augmenté à 1 % du PIB jusqu’en 2030, financé en partie par un relèvement de la TVA de 0,5 point, c’est-à-dire sur le dos de la population.
En mettant en avant l’idée de la « neutralité armée », l’initiative de l’UDC s’inscrit dans cet agenda militariste, pourtant contraire au principe de paix revendiqué par les initiants. L’acceptation de cette initiative affaiblirait le mouvement des salarié·es des services publics pour mettre fin à la vague austéritaire. Nous refusons que la défense de la neutralité serve de justification à la fuite en avant dans les dépenses militaires !
Refuser l’initiative sur la neutralité ne signifie pas soutenir l’OTAN
Certaines forces de gauche, bien que minoritaires, ont monté un comité pour soutenir ce projet, arguant qu’il éviterait une adhésion ou un rapprochement de la Suisse à l’OTAN. À cela nous répondons que refuser l’initiative ne signifie pas que nous sommes favorables à un rapprochement avec cette organisation politico-militaire. Au contraire, nous continuerons à nous opposer à tout rapprochement avec l’OTAN et à combattre toutes les formes d’impérialisme.
Nous refusons à la fois la logique militariste de l’OTAN et la conception réactionnaire d’une neutralité transformée en principe d’inaction. Cela implique que la Suisse doit cesser d’être un refuge pour le capital et les criminel·les, pour devenir un véritable acteur de la solidarité internationale, en imposant immédiatement des sanctions ciblées aux puissances impérialistes et guerrières.
Nous refusons de faire de la neutralité une obligation et un argument d’inaction. Notre position est claire : il faut mobiliser tous les leviers possibles pour sanctionner les gouvernements responsables de génocide, comme l’État colonial israélien, et les chefs de guerre, à l’instar de Netanyahou, de Poutine ou de Trump. Cette initiative n’est pas compatible avec cet horizon.
Pour toutes ces raisons, solidaritéS appelle à refuser massivement l’initiative trompeuse sur « la neutralité » !