Palestine

À Gaza, la Suisse joue le jeu d’Infantino et de Trump

Cinquante mini-terrains, une académie, un stade de 20000 places, voilà la promesse faite par la FIFA pour «reconstruire Gaza par le football». Ce projet morbide révèle un changement de nature de la Fédération, qui a pourtant le soutien d’Ignazio Cassis.

Gianni Infantino et Donald Trump
Rencontre entre le président de la FIFA Gianni Infantino et Donald Trump à la Maison blanche, 22 août 2025

Le 19 février 2026 à Washington, Gianni Infantino, président de la FIFA, apparaît lors d’une réunion du «Board of Peace», l’organisation parallèle à l’ONU lancée par Donald Trump pour piloter la «reconstruction» de Gaza. Symbole de la complaisance institutionnelle, le Comité International Olympique (CIO) estime que sa présence ne viole pas la neutralité politique – Infantino paradant pourtant auprès de figures de l’extrême droite internationale comme Javier Milei, président argentin, et Viktor Orbán, premier ministre hongrois. 

Une «nouvelle Gaza» sans les Gazaoui·es 

Le président de la FIFA annonce un partenariat formel avec le Board of Peace estimé à 75 millions de dollars: 50 mini-terrains, 5 terrains aux normes FIFA, une académie et un stade national de 20000 places à Gaza. Une vidéo générée par intelligence artificielle montre des terrains surgir des ruines, des foules en liesse et des enfants sur des pelouses vertes. «Le football comme pont vers la paix, la dignité et l’espoir» annonce la voix off. Le communiqué de la FIFA ne mentionne pas de consultation préalable de la Fédération Palestinienne de football (PFA), qui représente officiellement le football palestinien. 

Et pendant qu’on promet des terrains aux Gazaoui·es, les footballeur·ses palestinien·nes sont assassiné·es. Selon la PFA, 421 footballeur·ses ont été tué·es par Israël depuis octobre 2023, dont 103 enfants. Cette violence contre les sportif·ves palestinien·nes ne commence pas en 2023: des cas d’athlètes blessé·es par des tirs israéliens sont documentés depuis des années. Peut-on prétendre reconstruire le football palestinien sans l’institution qui le représente et ses joueur·ses? La question ne semble pas effleurer Gianni Infantino. 

La Coupe du monde comme actif 

Infantino n’en est pas à son coup d’essai en politique. Le 5 décembre 2025, il remettait à Donald Trump le tout nouveau Prix FIFA de la paix, créé sans l’aval du Conseil de la FIFA. Mais ce virage est aussi financier. Le 28 juillet 2026, au sortir de la Coupe du Monde la plus financiarisée de l’histoire, la FIFA annonce la création de la FIFA Forward Enterprise (FFE), une filiale commerciale valorisée à 20 milliards de dollars, qui détiendrait les droits de la Coupe du Monde et d’autres compétitions. Jusqu’à 20% du capital serait ouvert à des investisseurs privés. 

L’investisseur principal est Thrive Eternal, fonds créé par Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump. JP Morgan pilote l’opération tandis que l’ancien patron de Liberty Media, Greg Maffei, et l’ex-PDG de Disney, Bob Iger, en sont conseillers. Ce montage appelé à commercialiser les compétitions de la FIFA témoigne d’une grande proximité avec la nébuleuse trumpiste. Si des fédérations se sont opposées au projet, c’est avant tout pour des raisons de guerre de pouvoir. Par exemple, la Ligue des Champions, sous son nouveau format plus lucratif que jamais, sert d’abord les intérêts de l’UEFA, dont le président, en conflit ouvert avec Infantino, nourrit l’ambition de placer un de ses proches à la tête de la FIFA. 

Et la Suisse dans tout ça? 

Le 26 novembre 2025, la Confédération alloue 23 millions de francs d’aide humanitaire au «plan de paix» étasunien pour Gaza, dont une partie doit financer un projet de la FIFA. Elle cofinance également des terrains de football en Cisjordanie, un projet prévoyant 10 mini-­terrains, dont 5 en territoires palestiniens occupés. Au total, la Suisse pourrait contribuer jusqu’à 600000 francs. 

Le DFAE, département d’Ignazio Cassis, avait alerté en interne sur les «risques pour la réputation de la Suisse». Mais Cassis a donné son «soutien total» à l’accord et décrit le projet comme «l’aide humanitaire dans sa forme la plus pure». Infantino s’est dit «fier» du soutien du gouvernement suisse. En plein génocide, la Suisse choisit de financer et légitimer une opération dite «humanitaire» qui utilise le football pour assoir la politique coloniale étasunienne en Palestine. 

Sous Infantino, la FIFA devient donc un acteur politique de même rang qu’un gouvernement national. La Fédération se transforme politiquement, en s’alliant à Trump ; financièrement, en cherchant des investisseurs privés; et en termes de gouvernance, Infantino distribuant des prix et contournant le Conseil de la FIFA. 

La Suisse, pays hôte de la FIFA, se rend complice de ce détournement du football à des fins impérialistes. Malgré tout, après trois ans de guerre génocidaire, le championnat de foot a repris ce mois-ci à Gaza: populaire et en résistance. Offrons-lui toute notre force et notre solidarité. 

CL