Le 14 juin 2027, faisons grève pour changer nos vies!
Héritière de la grève du 14 juin 1991 lancée par des ouvrières de l’horlogerie et décisive pour la Loi sur l’égalité, la grève agendée au 14 juin 2027 prolonge la grève féministe historique de 2019 et les mobilisations qui ont suivi. Faisons de la grève féministe une démonstration de force!

De l’Argentine à l’Espagne, les grèves féministes font du blocage du travail de production et de reproduction une arme contre l’exploitation et les violences patriarcales. La Suisse a souvent été le mouton noir des avancées féministes à travers l’Europe, tant sur le suffrage féminin que sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Le retard des institutions contraste avec la puissance du mouvement féministe. Nos droits, ici comme ailleurs, ne sont jamais tombés du ciel: nous les avons arrachés par la lutte.
La mobilisation de 2027 se prépare dans un contexte européen et mondial dans lequel le néolibéralisme a perdu toute légitimité auprès de la majorité de la population. D’un bras, il continue à imposer des coupes dans les services publics, et de l’autre, il durcit son autoritarisme à l’endroit de toute forme de contestation sociale. Le tout dans un contexte de montée des idéologies réactionnaires et d’une course à l’armement. Les femmes sont en première ligne: comme salariées des secteurs sacrifiés, comme usagères et dans les luttes.
Nos vies contre leurs profits
Élever des enfants, préparer les repas, nettoyer, soigner, s’occuper de nos personnes âgées: sans ce travail, aucune société ne tient. C’est ce que l’analyse féministe marxiste appelle la reproduction sociale: l’ensemble des activités qui entretiennent la vie et permettent de s’assurer d’avoir des individus en capacité de travailler. Le capitalisme en dépend, car il a besoin d’une main-d’œuvre exploitable afin de pouvoir accaparer le fruit de son travail. Les capitalistes s’appuient sur ce travail souvent gratuit ou sous-payé, historiquement effectué par les femmes. La période néolibérale actuelle se caractérise par une marchandisation de ce travail, permettant à la classe capitaliste de maximiser ses profits.
La recherche de rentabilité à tout prix aggrave cette contradiction. La casse des services publics et leur privatisation transforment les besoins en marchés. Quand les prestations publiques sont supprimées, dégradées ou privatisées, les besoins ne disparaissent pas et c’est la population qui en paie les frais, notamment les femmes et les plus précaires. Les plus aisé·es peuvent déléguer ce travail à d’autres femmes, souvent migrantes, pour des salaires faibles et dans des conditions précaires.
La Suisse, par sa position privilégiée dans la division internationale du travail reproductif et par ses politiques migratoires très dures, participe à un système d’importation de travailleuses étrangères précarisées et au creusement d’une dette du care mondiale.
Notre pays porte également la responsabilité de la crise de la reproduction sociale dans les pays du Sud Global par sa participation à l’extractivisme et son statut de paradis fiscal. Notre féminisme ne s’arrête pas aux frontières de la Suisse mais se construit dans une perspective de solidarité internationaliste.
La crise climatique, comme nous la montré la canicule de l’été 2026, met également à mal notre capacité à reproduire la force de travail. Par la pénibilité du travail sous 40°C et l’impossibilité de se reposer dans des logements surchauffés. Les catastrophes naturelles et les pénuries menacent nos capacités à nous nourrir et à nous loger. La crise du capitalisme est telle qu’elle met en danger la possibilité même de reproduire la vie humaine sur une planète habitable.
Du quotidien à la rupture
Une des forces de la grève féministe est de partir de conditions de vie indignes pour formuler des revendications concrètes. Réduire le temps de travail, avec une semaine de quatre jours sans baisse de salaire ni intensification des cadences, est une urgence féministe et écosocialiste. Mais il faut aussi partager le travail et socialiser les tâches de soin. Ces exigences vitales nous poussent à nous poser une question: qui décide de l’usage de notre temps et des richesses que nous produisons? Partir de nos besoins conduit à affronter un système qui leur préfère le profit. Pour améliorer durablement nos vies, nous devons abattre le capitalisme, pas simplement aménager ses injustices.
solidaritéS s’engagera pleinement dans cette bataille. Nous mobiliserons le plus largement possible, en participant aux comités sur les lieux de travail, d’études et dans les quartiers.
Fin février, nous organiserons les Journées féministes internationalistes autour de quatre axes: les violences sexistes et sexuelles, la crise de la reproduction sociale, notre féminisme internationaliste et la baisse du temps de travail. Faisons de ces rencontres un point d’appui pour construire ensemble une grève massive.
Le 14 juin 2027, arrêtons le travail pour remettre la vie au centre!
Le GTFQ vaudois