La canicule, une violence sociale

La canicule est mortelle

Après une première vague de chaleur précoce, la canicule. Suffocante, irréfutable et dangereuse. La manifestation prévisible d’un changement d’époque. Désormais, un interminable crime contre l’humanité s’est enclenché. 

Selon un responsable de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS): «La crise climatique est une crise sanitaire. Chaque fraction de degré de réchauffement coûte des vies et des moyens de subsistance.»Un partenaire de cette organisation a ainsi établi que «le taux de mortalité lié à la chaleur a augmenté de 23% depuis les années 1990, ce qui porte le nombre total de décès liés à la chaleur à 546000 par an en moyenne». Voilà le crime. Qui rend ridicule, même plus, indécent, le prétendu débat sur les climatiseurs. 

Ce crime, tous ceux et toutes celles qui ont, de bonne ou mauvaise foi, repris les mensonges diffusés par les compagnies pétrolières – qui, dès les années 1970 connaissaient parfaitement les risques liés à l’augmentation du taux de CO₂ dans l’atmosphère – devront l’assumer politiquement. Car ces dénialistes sont aujourd’hui à l’origine de la violence sociale qui frappe les populations les moins protégées des effets de la canicule. 

Le logement est l’un des secteurs où la discrimination sociale face à la canicule est évidente. Le travail en représente un autre. Et non seulement sous ses aspects les plus tangibles, pour ceux et celles dont l’activité professionnelle se déroule à l’extérieur, soumis·es alors aux risques liés à l’élévation de la température corporelle et au rayonnement solaire. Mais aussi pour ceux et celles qui travaillent dans des locaux inadaptés, comme souvent les écoles et les hôpitaux, mais aussi nombre de PME. 

Parce que le corps est soumis à un stress physiologique supplémentaire, chaque fraction de degré compte. La baisse de la productivité relevée à chaque vague de chaleur témoigne de ces difficultés accrues, comme des dangers encourus. 

En Suisse, une enquête menée de 2000 à 2015 par la Suva a montré une augmentation de 7% du nombre d’accidents dans la construction et les transports les jours où la température dépasse les 30 degrés. Ce n’est plus une question de confort, mais une forme d’agression contre l’intégrité physique et mentale des travailleurs et travailleuses. Une forme d’agression d’autant plus courante que la législation en vigueur est permissive et repose très largement sur le bon vouloir du patron. Le résultat est une vraie passoire. 

Pietro Carrobio, responsable vaudois d’Unia pour la construction, expliquait ainsi dans le «19h30» que, face à la canicule, certaines entreprises ont mis des mesures en place et… d’autres non. Un contrôle, effectué dans une même matinée par le syndicat SIT, chez dix entreprises du même secteur à Genève, montrait qu’aucune ne respectait les règles légales. Cela dans un secteur pourtant relativement bien organisé syndicalement. On vous laisse imaginer ce qui se passe dans les autres…

Les travailleurs et travailleuses du pays paient ainsi chèrement l’incapacité du mouvement syndical suisse à s’emparer de la question de la sécurité et de la santé au travail, d’en faire une base pour une action et un contrôle autonome des salarié·es organisés dans ce sens. Pourtant, ceux-là et celles-là sauraient protéger leur intégrité physique et psychique bien mieux qu’une supposée bonne volonté patronale. La lutte contre le réchauffement climatique et ses effets passe aussi par là.

Daniel Süri