Pour le droit à ne pas suffoquer

La protection de la santé au travail lors des canicules est un enjeu de santé publique et de justice sociale. Malgré des avancées, il devient urgent d’ancrer les droits dans les lois, à travers une collaboration entre les partenaires sociaux et l’État. Une contribution du syndicat SIT.


Ouvriers sur un chantier en pleine chaleur
Au delà du secteur fortement syndicalisé de la construction, les mesures contre la chaleur doivent concerner l’ensemble des salarié·es, en particulier les plus précaires.

Le monde du travail est lié à l’environnement naturel: les emplois dépendent des ressources naturelles limitées de notre planète et ils sont sensibles à la dégradation de ce même environnement, comme le sont les vagues de chaleur, précoces et intenses récemment.

Les impacts de ces dégradations sont multiples, notamment sur la productivité qui intéressera les économistes et sur les conditions de travail et la santé des travailleuses et travailleurs qui préoccupent plus spécifiquement le travail syndical, sa priorité.

Le stress thermique est l’état caractéristique d’un organisme humain qui ne parvient plus à réguler sa température interne face à une chaleur excessive, à un taux d’humidité élevé ou à un effort physique intense. Plus rapidement qu’on ne le pense, il peut se transformer en coup de chaleur dont l’issue la plus extrême est le décès, dans 25 à 30% des cas.

Il y a un enjeu majeur de santé publique et de justice sociale à se doter de politiques publiques plus incisives de protection de la santé en général et de la santé au travail en particulier, alors que refuser d’adapter structurellement le travail relève d’un choix mortifère.

Ecologie, santé et conditions de travail 

Le syndicat SIT (Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs, Genève) se penche sur les enjeux d’écologie et de travail depuis l’émergence des mouvements climatiques en 2019. Il a tenu son 18e Congrès sur ce thème cette même année. 

Les effets des canicules (nombre de décès excédentaires, malaises et coups de chaud au travail, etc.) sont insuffisamment documentés. Ceci concourt à leur invisibilisation et n’aide pas à imposer des mesures plus fortes de protection. Les lieux de travail en extérieur (construction et agriculture notamment, mais aussi voirie, livraisons à vélo, le travail temporaire, le service en terrasse…) sont concernés, tout comme les lieux de travail intérieurs équipés de machines comme les usines, dépôts, blanchisseries, cuisines, boulangeries, pâtisseries, les bâtiments des services publics, ainsi que les bureaux insuffisamment ventilés des PME.

Les mesures genevoises

Dans l’édition nº 4 du SIT­info (juillet 2026), Thierry Horner détaille que «d’importantes avancées ont été réalisées comme [la] création, en 2024, d’une application permettant d’identifier les degrés de risque et les mesures de protection à prendre en fonction de l’activité». Actuellement, c’est l’indice WBGT (température au thermomètre mouillé), qui est utilisée. 

Le 23 juin dernier, l’arrêt de toute activité extérieure quotidienne à partir de 13h et jusqu’à la fin de l’épisode caniculaire est ordonnée. Une décision saluée par les syndicats mais qui ne résout pas la question du rattrapage des heures perdues. À ce propos, les syndicats revendiquent la création de fonds intempéries canicule financés par l’État et les employeurs.

Ancrer la protection dans les lois

La protection légale demeure très insuffisante, par manque de courage politique et de moyens de contrôle: un article de la Loi sur le travail qui énonce la responsabilité de l’employeur de fournir des conditions de travail adéquates en termes de santé et de sécurité au travail. Il y a un enjeu politique à inscrire dans les lois des seuils pour ordonner les arrêts de travail, sous peine de lourdes sanctions et le droit à être rémunéré à 100% dans ces cas. Et donc à constituer des fonds qui couvrent ces indemnités.

Et ces mesures doivent couvrir l’ensemble des secteurs, pas seulement le secteur de la construction, secteur mobilisé et à forte syndicalisation et concerner également les salarié·es les plus précaires et moins organisés par égalité de traitement.

Justice sociale 

Le dérèglement climatique agit comme un puissant multiplicateur d’inégalités et la protection de salarié·es devient un enjeu incontournable pour une transition socialement juste et pour le travail syndical, notamment par l’amélioration des lois, règlements, conventions collectives de travail (CCT) ou contrats types de travail (CTT). 

Enfin, les mobilisations syndicales doivent converger avec l’ensemble des mouvements sociaux et environnementaux pour créer un front commun, offensif, afin d’imposer une véritable justice climatique et sociale qui passe aussi par une adaptation plus globale du travail salarié.

Commission climat SIT