Pas d’étés à 50°C! Front unique contre la canicule

La Suisse sort de trois épisodes de chaleur exceptionnels. Pourtant, les réponses politiques à l’urgence sanitaire et écologique sont quasi absentes. solidaritéS et Ensemble à Gauche Vaud ont donc lancé début juillet un appel intitulé «Pas d’étés à 50°C!» Et l’élan est déjà prometteur!

Une manifestante pour le climat devant une banderole avec des flammes
Il est urgent de rescusciter le large mouvement climat. Grève du climat, Genève, 22 octobre 2021

Depuis la pandémie et la fin des grandes mobilisations et grèves de la jeunesse, le mouvement climat semble au point mort. Les enjeux écologiques ont étés relégués au second plan dans le débat public, la désobéissance civile a été réprimée et les partis verts ont connu des reculs électoraux. 

Le second mandat de Trump et la montée globale de l’extrême droite entrainent un backlash inquiétant. Les dominant·es tournent le dos à leurs promesses de «capitalisme vert» et abandonnent la plupart de leurs timides objectifs climatiques. Le capitalisme semble absolument vouloir rester fossile. 

Remettre le climat au cœur des luttes

Mais les vagues de chaleur de ce début d’été et leurs conséquences sanitaires, agricoles et sociales, agissent comme un électrochoc: le climat se rappelle à nous avec une brutalité inédite. Davantage de gens semblent prendre conscience que la situation ne fera que s’aggraver à mesure que nous accumulons du CO₂ dans l’atmosphère. Les choses deviennent claires: notre survie collective ne dépend que de notre capacité à transformer les choses en profondeur.

Constituer un large front unitaire pour de grandes mobilisations à la rentrée vise deux objectifs: s’assurer que le sujet ne disparaisse pas avec la baisse des températures et mobiliser autour d’un plan de mesures combinant adaptation et atténuation. En deux semaines, ce sont plus de 60 organisations qui ont rejoint cette dynamique aussi enthousiasmante qu’exigeante.

De la nécessité d’un front large

L’unité est une stratégie incontournable. Car si l’on ne subit pas la canicule de la même manière dans un bureau climatisé ou sur un chantier, ces épisodes touchent désormais de très larges pans de la société. Or, pour toucher et embarquer le plus grand nombre, il faut dépasser le cercle des forces traditionnellement mobilisées sur ces questions. 

Parmi la soixantaine d’organisations ayant rejoint le mouvement, on trouve un large éventail d’organisations syndicales, sociales, paysannes, politiques, de quartier…  et bien sûr écologistes (liste complète sur notre site). Chacune a ses spécificités, son histoire et son degré de radicalité. Des désaccords nous opposent sur certaines mesures, sans parler des perspectives à long terme. Mais cela ne doit pas nous empêcher de tenter un rassemblement large autour de revendications concrètes. Le pari: créer un rapport de force susceptible d’arracher des avancées.

Changer le discours

Depuis des décennies, les scientifiques et les conférences sur le climat invoquent la limite de «+2°C de réchauffement global d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle». Si cette formulation est scientifiquement exacte, elle reste abstraite et peu mobilisatrice. En effet, que représentent +2°C quand la température varie couramment de plus ou moins 15°C au cours d’une même journée? Et que signifie l’horizon de 2100 quand il est déjà difficile, pour beaucoup, de se projeter au-delà de la fin du mois? À l’inverse, évoquer la possibilité d’étés à 50°C en Suisse d’ici vingt-cinq ans rend la menace bien plus concrète.

Politiser l’adaptation

Autre nouveauté de la démarche: combiner les revendications pour l’atténuation et pour l’adaptation. De fait, la catastrophe climatique est déjà là. S’il faut en limiter l’ampleur, il y a aussi urgence à protéger la population de ses effets. Ensuite, d’un point de vue stratégique, les enjeux d’adaptation répondent aux problèmes qui touchent tout le monde, en particulier les milieux populaires. Répondre aux expériences directes de la canicule est donc un puissant moyen de prise de conscience et de politisation.

Il s’agit d’un enjeu éminemment politique: nous défendons des mesures d’adaptation collectives, durables et solidaires, à rebours des réponses individualistes, court-termistes et marchandes. La généralisation de la climatisation individuelle comme solution miracle en est l’exemple parfait: elle ne profite qu’à celles et ceux qui peuvent se l’offrir, tout en réchauffant tous les autres. L’enjeu des moyens est également crucial: végétaliser les villes, réduire ou décaler les heures de travail, garantir des locaux frais ou encore sortir des énergies fossiles doivent être financés par les principaux responsables de la crise: les plus riches et les grandes entreprises.

Reste à transformer l’essai. L’élan ouvert par ce mouvement doit absolument être amplifié et doit pousser à l’auto-organisation de toutes et tous: sur les lieux de travail, dans les écoles, dans les quartiers… avant de culminer par de grandes manifestations le samedi 19 septembre!

Guillaume Matthey   Thibault Schneeberger