Canicule & stratégie

Lors des canicules de 2026, de larges couches de la population ont perçu le danger du changement climatique. Il y a un espoir qu’un mouvement de masse se relance. À nous de démontrer que l’écosocialisme présente une alternative de société vivable et désirable.

Pancarte “tuer le capitalisme, le petit est qui compte”
Manifestation nationale pour le climat, 28 septembre 2019.

Si l’écosocialisme a beaucoup progressé dans sa capacité à proposer une alternative globale de société, ses partisan·nes doivent encore prouver qu’iels sont capables de faire de la politique, c’est-à-dire de lutter pour le pouvoir. 

Le défi n’est pas mince, parce qu’il ne s’agit évidemment pas d’accéder au pouvoir dans le cadre institutionnel bourgeois. Il s’agit de lutter pour une rupture de classe impliquant une redéfinition du pouvoir au service des exploité·es et des opprimé·es, dans le respect des limites écologiques.

Une difficulté majeure de l’entreprise tient au dépassement de la plupart des limites écologiques planétaires. De ce fait, la rupture anticapitaliste passe obligatoirement par une décroissance de la consommation globale d’énergie, de la production matérielle et des transports. Or, cette contrainte est peu populaire parmi les travailleurs et les travailleuses parce que, sous le capitalisme, la croissance conditionne l’emploi, le salaire, les allocations sociales, etc. 

Les canicules de 2026 pourraient changer la donne. De larges couches de la population ont perçu le danger du changement climatique. Or, la menace de celui-ci, par sa nature existentielle, transcende les inquiétudes socio-économiques, et tend à révéler l’absurdité de la logique capitaliste qui dépossède les travailleur·ses de leur travail et de leur vie. 

La prise de conscience pourrait retomber. Mais ce ressac serait temporaire car 1) le capitalisme est incapable de stabiliser le climat et 2) avec ses 3°C de réchauffement l’Europe occidentale est particulièrement menacée par les canicules et autres phénomènes extrêmes.

Il y a ainsi une chance pour que le monde du travail rejoigne plus massivement le combat contre la catastrophe climatique, sur base de ses propres revendications et dans une perspective anti-­systémique. C’est un enjeu majeur car les salarié·es sont la majorité de la population et peuvent bloquer l’économie capitaliste.

Dans ce contexte, les écosocialistes ne peuvent se contenter de faire de la propagande: ils doivent aussi faire de l’agitation autour d’un plan d’urgence composé de revendications qui font le pont entre les problèmes perçus comme les plus brûlants par les classes populaires et le programme maximum.

Dans ce plan, il est d’une importance capitale de ne pas négliger les mesures d’adaptation. La catastrophe est là, en partie irréversible. Des mesures sont à prendre. Le terrain de la protection des plus faibles ne doit pas être laissé la démagogie de l’extrême droite climatonégationniste!

Nous ne concevons évidemment pas l’adaptation comme les gouvernements néolibéraux. Nous la lions au partage des richesses, lui donnons un contenu démocratique et social, et la combinons à la réduction des émissions (en matière de logement, transport, politique agricole, etc.).

Le programme écosocialiste d’ensemble est un outil de propagande irremplaçable parce qu’il présente une alternative de société. Faire de la politique concrète implique d’en sélectionner les propositions susceptibles, dans chaque situation concrète, d’enclencher la dynamique permettant d’avancer vers l’objectif stratégique: l’expropriation des fossiles et de la finance par un gouvernement aussi fidèle aux opprimé·es que les gouvernements actuels sont fidèles aux patronat.

Daniel Tanuro